Longtemps restée à distance, la chasse s’est imposée à moi comme une évidence. Récit d’un cheminement intime, entre peur, transmission et révélation.

Je n’ai pas grandi dans une famille de chasseurs. Et pourtant, depuis longtemps, quelque chose en moi tournait autour de cette idée. La chasse. Un mot chargé, un mot que j’ai longtemps regardé de loin. Comme si je n’avais pas le droit de l’approcher. Comme si ça ne m’était pas destiné.
Et puis, un jour, les choses ont commencé à bouger.
Pendant les compétitions de tir à l’arc, avec Jean-Charles Valladont, après les volées, on retombait dans une forme de calme. Et dans ce creux, il me parlait de ses affûts. Il ne disait pas “j’ai tué”. Il disait : j’ai attendu, j’ai ressenti, j’ai vu. Il parlait du silence, de la lumière entre les arbres, de la tension juste avant que l’animal entre dans le cadre. J’étais suspendu à ses mots.

Un jour, il m’a emmené.
C’était sur un affût au sanglier, pas très loin de chez lui. Rien n’était vraiment prévu. J’ai dit oui, sans trop réfléchir. On s’est installés. Moi, pas trop à ma place. Pas trop sûr. Et puis, au bout d’un long moment, un sanglier est sorti. Pas énorme. Mais là. Présent. À quelques mètres de nous. Jean-Charles a levé son arc. Une flèche a sifflé.
Et moi ? J’ai eu peur. Une peur brute, animale. J’ai bondi, et j’ai couru. Sans réfléchir. J’ai fui, littéralement. Comme si mon corps disait “je ne suis pas prêt”. Jean-Charles en rigole encore. Moi aussi. Un peu. Parce que je sais aujourd’hui que cette fuite disait quelque chose. J’étais là, mais pas encore dedans. Pas encore chasseur.
Entre admiration et intimidation
Je pêche depuis que je suis enfant. La nature, je la connais par l’eau. Par les silences au bord d’un lac, par les gestes précis, l’attente, l’intuition. J’ai toujours été sensible à ça. La chasse, elle, me fascinait. Mais elle me faisait aussi peur.
Je me disais qu’il fallait être “fils de chasseur”. Avoir un père ou un oncle qui t’emmène dès l’enfance. Avoir grandi avec un fusil dans la main, des histoires de battues plein les oreilles.
Moi, je venais du sport. Du tir à l’arc. De la technique, de la précision, de la concentration. Pas du monde des chiens, des bois, du gibier.
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Je pensais aussi que c’était un monde inaccessible. Horriblement onéreux. Qu’il fallait tout un arsenal, des hectares, des droits, des armes, une voiture adaptée, du matériel coûteux. Et puis… la responsabilité. Tuer un animal, ce n’est pas rien. Ça m’intimidait. Ça m’attirait autant que ça m’effrayait.
Au fond, j’avais peur de ne pas être à la hauteur. Peur de mal faire. Peur de ne pas être légitime.
La rencontre qui change tout
Tout a changé un jour de printemps, chez Pêche Center. J’étais là pour préparer une sortie brochet. Richard, lui, était là pour sa truite. Bruno, le directeur du magasin, nous a présentés. Et ça a tout de suite cliqué.
Richard Sur Terre. Un homme simple, enraciné, généreux. Avec cette manière de parler lentement, sans chercher à convaincre. On a parlé pêche, nature, bois. Et un jour, presque comme une évidence, il m’a lancé : “Et si je t’emmenais à la chasse ? Juste pour voir ?”
Cette phrase, elle m’a touché. Parce qu’elle ne demandait rien, n’imposait rien. Juste : viens voir. Viens sentir.
Et Richard n’en est pas resté là. Il m’a vraiment accompagné. Il m’a pris sous son aile. Il m’a aidé à m’inscrire au permis, à comprendre comment ça fonctionne. Il m’a expliqué les démarches, les délais, les documents. Il a été un vrai guide.

Et puis, il y a eu les apéros chez lui. Autour d’un verre, il me posait des questions de révision : “Tiens, la perdrix rouge, tu sais où elle vit ? Et les oiseaux de haut vol, c’est lesquels ? Et les conditions de transport d’une arme, tu les connais ?”
Petit à petit, il m’a fait réviser, sans que ça ait l’air scolaire. Il m’a même accompagné sur les journées de formation, et le jour du permis, il était là. Présent, tranquille, rassurant.
Je le dis sans détour : Richard a été mon parrain dans le monde de la chasse. Et je lui en suis profondément reconnaissant. C’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier. Vraiment.
Devenir chasseur
Je suis arrivé au centre de formation avec l’appréhension d’un élève un peu vieux pour l’école. Mais j’ai vite vu qu’on ne plaisantait pas. La sécurité, le respect, la connaissance du milieu : tout y passe. On ne t’apprend pas à tuer, on t’apprend à choisir de ne pas tirer. C’est ça, le plus dur, et le plus noble.
Et ça m’a parlé. J’ai vu que j’étais à ma place.
Depuis quelque temps, une scène revient souvent dans ma tête. Je ne l’ai jamais vécue, mais je la ressens déjà. J’imagine le premier animal que je vais tuer. Souvent, c’est un chevreuil. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que c’est un animal qui me touche. Peut-être à cause des récits de Richard.
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Dans ce rêve, il y a ce moment-là : je m’approche, je m’agenouille. Je remercie. Pour l’instant. Pour la vie. Pour la viande. Pour les repas partagés. Pour la simplicité.
Je ne sais pas si ça se passera comme ça. Mais je sais que si ça arrive, ce sera un tournant. Un moment fondateur.
Je ne suis pas encore un chasseur accompli. Mais j’avance. Et ce média, Chasses Éternelles, c’est mon carnet de route. Un journal, pas une vitrine. Un espace pour écrire mes débuts, mes maladresses, mes découvertes. Mes émotions aussi. Mes doutes.
Je veux aussi y faire des ponts avec ce que je connais bien : le tir à l’arc. Parce qu’il y a là aussi un rapport au geste, au vivant, à la tension, à la décision.
Si tu me lis, c’est peut-être que toi aussi, tu tournes autour.
Alors viens. On y va ensemble.
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Il est vrai que des morts humaines sont plus propres que des morts de sangliers prélevés lors de battues. Comme il est préférable de sauver son chien plutôt qu’un inconnu. La société dérive et comme disait Jacques « la maison brule et on regarde ailleurs ».
Ces drames ne sont pas prés de s’arrêter vu la quantité de sangliers que nous avons . Chaque années leur population augmente malgré les prélèvements toujours plus importants . Si le nombre de chasseurs continu à baisser , il faudra chasser de janvier à décembre pour compenser .
Quel parcours ! Fière de toi et ton parcours puisse être rempli d’humilité et de sagesse.
Votre partage est touchant, il nous rapproche de l’essence même de l’acte de chasse. C’est certainement par le fait que votre intérêt pour celle-ci est arrivée plus tardivement. Votre ressenti me rappel mon enfance, moment auquel j’ai été en contact assez tôt. Les mots manquaient à mes émotions vécues à cette époque. Mais les souvenirs sont encore bien là. Bienvenue parmi nous merci pour cet article. La « voie de la corde » est un chemin fastidieux dans lequel chaque chasseur est en réalité en opposition avec lui même. Et malgré les apparences je pense que cet élément est le même dans la compétition.