Le service public pousse le « fauxmage »

Les plumes de Richard
date 20 mars 2026
author Richard sur Terre

Dans un « article », Franceinfo présente comme un reportage ce qui ressemble surtout à la reprise docile d’un argumentaire d’entreprise. Quand un média public laisse un dirigeant fournir les chiffres, le récit, et même la conclusion, ce n’est plus de l’information. C’est de la pub.

Un papier construit par l’annonceur lui-même

Relisons tranquillement ce texte de Franceinfo. Que nous apprend-il ? Que le marché du “fauxmage” augmente de 30 à 40 % par an. Que Jay & Joy est le leader français. Que l’entreprise investit. Qu’elle va embaucher. Que sa clientèle dépasse désormais le cercle vegan. Que ses produits émettent “entre dix et quinze fois moins de CO2 qu’un fromage traditionnel”. Qu’elle représente moins de 1 % du marché. Qu’elle exporte dans une dizaine de pays.

Et d’où viennent ces informations ? Presque toutes de l’entreprise elle-même.

La directrice technique décrit le produit. Le PDG décrit le marché. Le PDG décrit les consommateurs. Le PDG donne les origines des ingrédients. Le PDG donne le chiffre climatique. Le PDG relativise la concurrence avec le fromage traditionnel. Le PDG raconte l’avenir. Le journaliste, lui, accompagne.

Le chiffre du titre n’est pas un détail

Le plus grave n’est pas dans le corps du papier. Il est dans son fronton. Le titre affiche : “Entre dix et quinze fois moins de CO2 qu’un fromage traditionnel”. C’est la promesse centrale. 

Or ce chiffre n’est pas démontré.

Les données publiques françaises issues d’Agribalyse situent par exemple un fromage à pâte molle autour de 5,14 kg CO2e par kilo et un fromage à pâte dure autour de 6,28 kg CO2e par kilo. Nous sommes donc déjà loin de l’image sommaire d’un “fromage traditionnel” uniforme, forcément écrasant sur le plan climatique.

Surtout, Jay & Joy met en avant sur son propre site une réduction d’émissions de l’ordre de 50 à 70 % par rapport au fromage laitier. Mais ça correspond à environ deux à trois fois moins, pas à dix ni à quinze. Autrement dit, même la communication détaillée de la marque ne confirme pas la formule spectaculaire reprise par Franceinfo.

Aucune vraie distance, aucun angle mort traité

Le plus révélateur, dans ce papier, est peut-être ce qu’il ne fait jamais.

Il ne confronte pas le chiffre climatique à une source indépendante identifiable. Il ne dit rien du profil nutritionnel souvent plus faible de nombreuses alternatives végétales au fromage, notamment sur les protéines et parfois sur le calcium ou la B12. Des travaux publiés sur ces alternatives montrent justement que ces produits ne sont pas automatiquement équivalents sur le plan nutritionnel.

Il ne rappelle pas non plus l’épisode grave de listériose associé à Jay & Joy en 2023, pourtant documenté par Santé publique France, avec cinq cas graves, dont quatre chez des femmes enceintes. Mentionner cet antécédent n’aurait pas consisté à “charger” l’entreprise. Ça aurait simplement empêché le portrait de flotter dans une atmosphère aussi promotionnelle.

Un reportage n’a pas besoin d’être hostile. Il a besoin d’être complet. Ici, l’incomplétude est flagrante.

Le service public n’a pas le droit de confondre récit et vérification

Le point le plus dérangeant n’est pas alimentaire. Il est déontologique.

France Télévisions revendique une information indépendante, fiable, honnête et vérifiée. Sa charte éthique insiste sur l’honnêteté de l’information et sur l’indépendance éditoriale. 

Or qu’est-ce qu’on voit ici ? Un acteur économique fournit le récit, fournit les chiffres, fournit l’horizon, fournit la morale du produit, et le média public lui tend la lumière. On n’est peut-être pas juridiquement dans la publicité clandestine au sens strict. Mais éditorialement, on glisse vers cette zone trouble où le lecteur ne sait plus très bien s’il lit un article ou une publicité déguisée. 

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Le service public ne peut pas demander au citoyen de lui faire confiance sur les sujets graves, sur la politique, sur la santé, sur l’économie, et relâcher sa discipline sur les sujets réputés “légers”. C’est souvent là que se voit la méthode réelle d’une rédaction. Dans les petits papiers d’ambiance, dans les tendances de consommation, dans les objets à la mode, dans les récits de marque déguisés en respiration éditoriale.

Une frontière qui cède

Ce papier n’est pas un accident isolé. Il s’inscrit dans un climat éditorial plus large, devenu parfaitement reconnaissable. Dès qu’un sujet permet d’opposer le végétal à l’animal, le Service Public fait pencher le récit. Le véganisme y bénéficie d’un préjugé favorable, comme s’il incarnait naturellement le sens de l’histoire, pendant que l’élevage est  ramené, plus ou moins subtilement, à un vieux monde encombrant.

C’est ça qui gêne dans ce papier : le fait qu’il épouse trop bien l’air du temps d’une rédaction qui regarde certains modes de vie avec indulgence, et d’autres avec méfiance. Quand le service public cesse de vérifier parce qu’il approuve déjà l’horizon moral du sujet, il ne fait plus son travail. 

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Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
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18 Commentaires :
  1. Jean 2
    20/03/26

    Bonjour, à voir d’où vient le soja et le coco,voir l’amande ,tout ceci est beaucoup exporté,cela dit, ils finiront par nous faire bouffer du brun.

    1. Jean1
      20/03/26

      Ce faux mage est principalement fabriqué avec du lait végétal provenant des noix de cajou.ces noix sont décortiquées a la main , souvent par des femmes du matin au soir pour un petit revenu, importées,enfin cela ne dérange pas nos vegans.je croyais que nous étions le pays du fromage,le VRAI,au lait non pasteurisé avec tous ces bienfaits.

    2. Dédé
      20/03/26

      Les amandes mondiales sont produites à 90% en Califormie, le cout carbone de ces exploitations est énorme et la dépense en produits phytosanitaires aussi. La noix de cajou est produite par des pays en substitution des cultures vivrières, ce qui fait quelques fortunes qui se créent, mais laisse les gens sans accès aisé à leur nourriture de base. Les chiffres annoncés par l’entreprise qui les produit sont à mon avis largement tronqués. Le tout consomme ENORMEMENT d’eau aussi !
      Ces faux mages sont de la malbouffe autant que Mac Do et à mon avis bien pires pour la planète que le fromage à condition évidemment de ne pas en abuser…voir certains Comtés de maintenant…

      1. Eléonore
        20/03/26

        C’est ce que croient la plupart des gens, mais en réalité le coût carbone d’un aliment ne dépend pas du fait qu’il soit importé ou local. Le transport ne compte que pour 10% du bilan carbone total. Ce qui compte, c’est le type d’aliment et le mode de production.
        Ainsi, la viande et les produits animaux en général ont un très mauvais bilan carbone, alors que celui des produits végétaux est faible.
        Du simple point de vue du climat, des amandes importées sont nettement préférables au lait de vache local. C’est ce qui explique que les fauxmages ont un meilleur bilan carbone que leurs homologues animaux.

        1. Jean 2
          20/03/26

          Bonsoir Eléonore ,je vous laisse le fauxmage et le steak végétale,et je prends le fromage et la côte à l’os, bon appétit quand-même.

        2. Jean1
          20/03/26

          Ces bilans sont à charge pour l élevage et sont loin de prendre tout en compte et je préfère voir des vâches pâturer que des ronces.mangez vos faux mages(et j en suis pas sûr),a moi un vrai brebis accompagné d un bon rouge.

          1. Eléonore
            21/03/26

            En réalité, les bilans carbone prennent en compte l’ensemble des facteurs et les très nombreuses comparaisons qui ont été faites entre régimes alimentaires concluent invariablement à la supériorité des régimes les moins carnés. Je vous donne un exemple récent pris au hasard parmi plein d’autres:

            « Empreinte carbone de régimes alimentaires avec différents degrés d’exclusion de produits d’origine animale – A. Choreziak – Revue Nutrients 2025

            L’analyse révèle une diminution de l’empreinte carbone proportionnelle au degré d’élimination des produits d’origine animale du régime alimentaire. L’empreinte carbone journalière moyenne du groupe végétalien était de 1,38 kg éq. CO₂, significativement inférieure à celle des groupes végétarien (2,45), consommateur de poisson (2,72) et consommateur de viande (3,62). Pour 1 000 kcal, le régime carné générait respectivement 39,7 %, 58,3 % et 93,9 % d’éq. CO₂ de plus que les régimes consommateur de poisson, végétarien et végétalien. Sur une semaine, un groupe de 10 végétaliens présentait une empreinte carbone totale inférieure de 42,9 %, 52,2 % et 61,8 % à celle des végétariens, des consommateurs de poisson et des consommateurs de viande, respectivement. Conclusions : L’empreinte carbone alimentaire varie considérablement selon le régime alimentaire, une consommation moindre de produits d’origine animale étant associée à des émissions plus faibles. »

          2. Jean1
            21/03/26

            Vous pouvez sortir les chiffres que vous voulez,je suis très crédule et de toute façon suivant les études les résultats sont différents,tout dépend si on veut voir le verre a moitié vide ou plein.contrairement a ce que vous pensez beaucoup de chasseurs mangent en quantité des légumes et on laisse le choix a tout le monde.

          3. Eléonore
            23/03/26

            Quelles sont ces études qui donnent des résultats différents?

          4. Jean1
            23/03/26

            Eléonore,il y a plein d étude,mais certaines prennent par exemple en,que les prairies permanentes dues a l élevage stockent 85t de c/h,que ces prairies enrichies par les déjections servent à la préservation de la biodiversité ect.ect.

          5. Eléonore
            24/03/26

            Le stockage de carbone par les prairies est régulièrement invoqué comme un argument en faveur de l’élevage bovin, en effet. Cependant, le bilan carbone net d’une prairie pâturée est négatif, car si la prairie stocke du carbone (quelques centaines de kg/ha/an), en revanche les ruminants qui sont dessus en émettent nettement davantage (plusieurs tonnes/ha/an). Au total, un élevage extensif reste une source de carbone, non un puits, et cela s’aggrave avec le temps puisque le sol arrive à saturation au bout de quelques années et ne stocke plus de carbone, alors que les ruminants continuent à en émettre.

          6. Jean1
            24/03/26

            Eléonore,ce que je constate ,fidèle a vous même,vous ne voyez que le néfaste et occulter les bienfaits de l élevage.entretenir des prairies bénéficie a toute une faune endémique à ces milieux car sans ruminant ,des fougères ,des ronces,des arbres.ex.une reserve cousseau,on a réintroduit des vaches rustiques avec l appuis de scientifiques,puisque vous les citez sans arrêt,pour éviter que l espace soit envahi par les joncs et les roseaux.libre a vous de ne pas consommer de produits issus de l élevage mais beaucoup de gens les apprécient.il y a certainement des excès mais un peu de raison.

          7. Eléonore
            24/03/26

            Les exemples que vous donnez relèvent de la gestion conservatoire d’espaces naturels, pas de production commerciale. C’est quelque chose de très marginal et qui n’a rien de représentatif de la réalité de l’élevage.

          8. Jean1
            24/03/26

            Eléonore,des l instant que l on vous apporte des exemples ,qui vous contredisent ,c est marginal,c est bon,devant autant d obscurantisme,vous avez raison.

  2. Enzo
    20/03/26

    J’avoue, ils sont trop bons les Jay&Joy!

  3. Thierry
    20/03/26

    Bonjour,
    Ce qui me frappe c’est qu’on a des « steaks végétaux » des « fauxmages », etc.
    Bien. Mais pourquoi copier l’image d’un steak de viande ou d’un fromage ?
    Si on veut être cohérent avec ses idées, ou ces idées, il faudrait dire « pavé de soja », et encore c’est limite, ou bien « pavé lait et noix ». Non?
    Pourquoi vouloir se rattacher à nos valeurs ancestrales si on veut tout changer ?
    Burger végétarien, couscous végétal, etc. etc. Ça démontre la pauvreté de ces démarches.
    On veut faire croire que c’est pareil pour convaincre. Ben non, ça ne marche pas.
    On peut très bien cuisiner végétarien, ce n’est pas la question. Je le fais pour ma fille et certains amis. Pas besoin de se contorsionner pour faire croire que c’est un steak ou un fromage on fait un Wellington végé, des lasagnes végé, des choux farcis aux légumes. Au moins là on comprend ce que mange. Pas un erzats de plat « normal ».
    Tout ça ne m’empêche pas de manger du chevreuil, de la terrine de sanglier, des grives rôties, des brochets au court bouillon, et ainsi de suite.
    Bon appétit,
    Thierry

  4. Eléonore
    20/03/26

    Les consommateurs de ces produit ne cherchent pas à « tout changer ». D’ailleurs, la majorité d’entre eux n’est même pas végétarienne. Ils cherchent plutôt à faire, de temps en temps, un repas « comme d’habitude » mais avec un moindre impact sur le climat ou sans souffrance animale. L’avantage d’un terme comme « steak végétal » ou « burger végétal », c’est qu’on comprend tout de suite de quoi il s’agit. Avec « pavé de lait et de noix », on ne sait pas si c’est un plat ou un dessert, ni comment ça se cuisine. Avec « steak végétal » ou « saucisse végétale », on comprend tout de suite que ça se sert en plat principal avec une garniture de légumes. C’est donc plus clair et plus simple pour le consommateur. D’ailleurs, vous parlez de « lasagnes végé » et de « Wellington végé », c’est la même idée que « couscous végé » ou « burger végé ». Tout le monde comprend de quoi il s’agit.

  5. Drago
    20/03/26

    Le 27 Mars est la journée nationale du fromage.
    Un emblème gastronomique Français, patrimoine incontournable de nos régions .
    1200 fromages Français dont 45 AOC , 9 IGP , et 4 label rouge , c est un voyage gastronomique exceptionnel .
    Comme Jean , je vais rester entre un Maroilles ,un Tomme des Pyrénées et un Morbier , un Crottin de Chavignol avec bon petit rouge .
    Un plaisir pour les papilles avec le plaisir de soutenir nos producteurs laitiers , nos producteurs de fromages et nos viticulteurs.

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