Willy Schraen annonce pour novembre une campagne nationale « Gibiers de France » destinée à faire entrer la venaison dans le quotidien des Français. Mais derrière la publicité, la FNC veut surtout lever les verrous réglementaires et logistiques qui freinent encore la filière.
La France a prélevé près de 881 000 sangliers lors de la saison 2025-2026, un record, mais une grande partie de cette ressource ne rejoint toujours pas les circuits commerciaux. Dans le même temps, la FNC rappelle que 51 % du gibier commercialisé en France est importé.
Pour Willy Schraen, la prochaine étape consiste donc à aller chercher directement le consommateur. Le président de la Fédération nationale des chasseurs annonce une campagne nationale diffusée notamment à la télévision en novembre, sous la bannière « Gibiers de France ». Son slogan : « Réveillez vos sens ! ». L’idée est de sortir définitivement le gibier de l’image du repas de fête pour le présenter comme une viande du quotidien, sous forme de burgers, saucisses, steaks hachés, brochettes ou plats cuisinés.
Mais avant de convaincre les Français d’en acheter, encore faut-il que le gibier français puisse arriver jusqu’à eux. Et c’est là que l’affaire se complique sérieusement. Le droit commun impose toujours, pour une remise directe au commerce de détail, que le gibier soit fourni sous forme de carcasse entière, en peau et éviscérée, la dépouille et la découpe par le premier détenteur étant normalement interdites. Une expérimentation lancée par l’arrêté du 26 juin 2024 permet toutefois à certaines associations de chasse de dépouiller et découper du grand gibier avant de céder la viande à un boucher, un restaurateur, un traiteur ou un commerce de proximité situé dans un rayon de 80 kilomètres. Elle est limitée notamment à trois grands gibiers par semaine et prévoit des exigences précises de traçabilité et de contrôle sanitaire.
Sur le papier, cette expérimentation devait ouvrir la voie aux circuits courts. Sur le terrain, elle patine : dix territoires avaient été autorisés, mais seuls trois sont effectivement engagés, selon la FNC. Après discussion avec la Direction générale de l’Alimentation, plusieurs contraintes viennent toutefois d’être assouplies : exigences moins lourdes pour l’organisation des locaux, simplification du plan de maîtrise sanitaire, validation directe par les services départementaux, tableaux de suivi allégés et possibilité pour le commerçant de venir récupérer les morceaux avec son propre véhicule frigorifique. L’expérimentation pourra également être étendue à des territoires ne disposant pas d’un établissement de traitement du gibier.
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Reste l’autre gros morceau : la collecte. 53 % des départements ne disposent toujours pas d’une collecte organisée du gibier, tandis qu’une vingtaine seulement d’établissements de traitement couvrent aujourd’hui le territoire. Les solutions mobiles n’ont pas, pour l’instant, réglé le problème : l’administration considère qu’un camion ou une remorque frigorifique classique ne garantit pas nécessairement le refroidissement suffisamment rapide d’une carcasse chaude jusqu’aux températures réglementaires. Résultat, la création d’un point de collecte peut nécessiter l’installation d’une chambre froide fixe, investissement difficile à rentabiliser lorsque les volumes restent faibles ou très saisonniers.
C’est donc ce que recouvre concrètement la volonté affichée par Willy Schraen de « libérer » la filière : simplifier la première transformation du gibier, rendre les circuits courts réellement praticables et densifier un réseau de collecte encore très incomplet. La FNC estime qu’environ 17 500 tonnes de viande désossée de grand gibier français pourraient être disponibles chaque année, alors que seulement 7,2 % seraient orientées vers le marché. Là encore, il s’agit d’une estimation issue du rapport CGAAER de 2021, et non d’une mesure récente.
La campagne de novembre dira donc aux Français qu’il faut manger davantage de gibier français. Reste maintenant à connaître son ampleur et, surtout, à vérifier que lorsque le téléspectateur aura été convaincu par le spot, il pourra effectivement trouver cette viande chez son boucher. La publicité peut créer l’envie. Elle ne construit pas, à elle seule, les chambres froides et les circuits de distribution.
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