Le Sénat a revoté fin juin la réintroduction dérogatoire de l’acétamipride. Une partie du débat (l’argument agricole porté par les rapporteurs du texte) reste absente de la plupart des comptes rendus médiatiques de ce vote.
Oubliée la pétition aux 2 millions de signataires de 2025 ! Le Sénat a voté pour la réintroduction de l'acétamipride, le pesticide tueur d'abeilles cher à Laurent Duplomb. Les pollinisateurs devraient être fixés définitivement sur leur sort mi-juillet.https://t.co/QR24rMsoCG
— Le Canard enchaîné (@canardenchaine) July 3, 2026
Dans la nuit du 29 au 30 juin, le Sénat a adopté par 183 voix contre 129, contre l’avis du gouvernement, un amendement inséré à l’article 2 quater du projet de loi d’urgence agricole. Le texte, porté par les rapporteurs Laurent Duplomb et Pierre Cuypers, autorise le recours à titre dérogatoire à l’acétamipride et au flupyradifurone, deux néonicotinoïdes interdits en France mais encore utilisés ailleurs en Europe. La mesure n’a rien d’une levée générale d’interdiction : un an, renouvelable deux fois, pour l’enrobage de semence sur la betterave, avec une pulvérisation curative possible seulement si l’enrobage ne suffit pas. Quatre filières sont concernées (betterave, pomme, cerise, noisette) retenues parce qu’un rapport de l’Inrae les classe en situation d’impasse technique face à certains parasites.
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Les deux rapporteurs ont défendu la mesure sur un terrain précis : celui de la production et de l’emploi. Duplomb a rappelé que la France reste seule, depuis plus de dix ans, à interdire ces molécules en Europe, quand les mêmes fruits traités avec les mêmes produits continuent d’être importés. Cuypers, betteravier de métier, a chiffré la filière à 70 000 emplois directs et indirects et évoqué une perte de production comprise entre 30 et 75 % en 2025 en l’absence de néonicotinoïdes, avec six sucreries fermées en sept ans. Cet argument industriel et commercial a été prononcé en séance, documenté par des chiffres de filière, et il ne figure pourtant que rarement dans les résumés du vote qui circulent, concentrés sur l’axe pollinisateurs et lobbying betteravier.
Le dossier n’est pas clos. Le texte doit encore passer, mi-juillet, devant une commission mixte paritaire chargée de trouver un accord entre députés et sénateurs. Or cette même disposition, sous une forme très proche, avait déjà été censurée l’an dernier par le Conseil constitutionnel dans la loi Duplomb. Les défenseurs du texte disent avoir resserré le dispositif pour passer ce filtre : encadrement plus strict, durée limitée, critère de l’impasse technique.
Rien ne garantit qu’il y parvienne. Si la censure se reproduit, la dérogation votée au Sénat n’aura jamais été appliquée dans un seul champ de betteraves avant même la fin de l’été.
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