Cerf mort dans un étang : la loi qui n’existe pas

Chasse Actu
date 06 novembre 2026
author Léa Massey

Un cerf pris dans un étang près d’Amboise, une vidéo virale, une règle de grâce brandie partout. Elle n’existe dans aucun texte, et des médias l’ont relayée.

Samedi 31 octobre, Estelle et Christophe déjeunent avec leurs enfants et les parents de Christophe sur leur domaine de Terre de Lumière, quelques hectares enclavés au milieu de la forêt d’Amboise. D’après le récit de la propriétaire à ICI Touraine et à La Nouvelle République, la meute s’entend depuis une vingtaine de minutes quand un cerf traverse la propriété vers 14 heures, contourne un abri et entre dans l’étang, à une quinzaine de mètres de la porte d’entrée. Une trentaine de chiens le suivent dans l’eau. Un homme de l’équipage siffle pour les rappeler. Le cerf meurt dans l’étang.

Le 3 novembre, Estelle publie la vidéo qu’elle a tournée. Sa thèse tient en une phrase : un animal réfugié sur un terrain privé doit être gracié. ICI Touraine en fait son titre le lendemain.

Cette règle ne figure dans aucun texte. Le droit de la vénerie rattache la grâce à l’état de l’animal et à la proximité de lieux habités ou fréquentés, quel que soit le propriétaire du sol.

Les rédactions qui l’ont relayée avaient les moyens de la vérifier. ICI Touraine la présente comme acquise et l’attribue à « un décret » de 2019 qui imposerait de gracier tout animal poursuivi jusque dans une zone habitée ou commerciale. Le texte est un arrêté, daté du 25 février 2019, et la condition centrale qu’il pose, l’état de l’animal, a disparu du résumé. Un autre site d’information ajoute les sites privés à la liste des lieux protégés, une catégorie absente de l’arrêté. Il suffisait d’ouvrir Légifrance. La vidéo a fait le tour des réseaux avec une règle fabriquée en légende, et des médias lui ont donné le poids d’une référence juridique.

Un équipage dans son droit de passage

Le 5 novembre, la Société de Vènerie a apporté les éléments que le récit initial laissait dans l’ombre. Selon elle, le Rallye Armor Amboise dispose des autorisations de chasse sur plus de 6 000 hectares du massif, pour l’essentiel privés. Le domaine de Terre de Lumière, acquis récemment par ses occupants, est soumis à une servitude qui laisse libre passage à la chasse, et les acquéreurs en avaient connaissance. L’image d’un équipage forçant l’entrée d’une propriété privée tombe avec ces précisions.

Le déroulé de la fin de chasse va dans le même sens. Aucun cheval n’est entré sur le domaine. Quatre veneurs y sont venus à pied, après avoir demandé l’autorisation, pour reprendre les chiens et sortir l’animal de l’eau. La propriétaire confirme elle-même la demande d’autorisation et le coup de sifflet lancé pour rappeler la meute.

Ce que dit le vrai texte

L’article 7 de l’arrêté du 18 mars 1982, inséré en février 2019, vise la grande vénerie. Il joue quand l’animal est aux abois ou au ferme, c’est-à-dire sur ses fins, pris, forcé ou à l’hallali courant, et qu’il se trouve à proximité d’habitations, de jardins privés attenants, de zones commerciales ou artisanales, de bureaux ou d’établissements accueillant du public. L’animal est alors gracié et les chiens doivent être rappelés. Si la situation ne se dénoue pas, l’autorité publique décide de faire anesthésier l’animal par un vétérinaire, aux frais de l’équipage, ou à défaut de le faire mettre à mort.

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Ce texte permet seul de juger la fin de chasse du 31 octobre. Il demande d’établir l’état du cerf à son entrée dans l’étang, la distance qui le séparait de la maison, la nature du domaine et la possibilité de rappeler la meute à temps. Les images tournées par la propriétaire contiennent une partie de la réponse. ICI Touraine les a commentées à l’aune d’une règle imaginaire.

Une vidéo pour AVA, un amalgame pour les militants

La propriétaire a transmis sa vidéo au collectif AVA, qui milite pour l’abolition de la chasse à courre. Le site militant suisse Wild beim Wild l’a intégrée à un réquisitoire qui agrège Amboise et l’accident du 3 novembre à Saint-Laurent-Médoc, où un participant de 19 ans a été grièvement blessé aux poumons par un cerf. Les deux affaires n’ont aucun lien. Le même texte reprend, sans chercher à la vérifier, l’affirmation de la propriétaire selon laquelle l’équipage aurait célébré la prise sur Instagram.

Depuis le 3 novembre, une règle qui n’existe pas circule avec la caution d’une radio du service public. Le texte réel tient en un article, consultable sur Légifrance. Si AVA porte l’affaire devant l’OFB, c’est sur cet article, et sur lui seul, que la fin de chasse du 31 octobre sera examinée.

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