À Privas, le procès d’un homme ayant abattu sept chiens de chasse ravive les tensions. Une affaire emblématique d’un malaise profond.

Ce jeudi à Privas, sur les marches du tribunal, les chasseurs sont venus nombreux. Calmes mais déterminés, ils ont fait bloc. Car au-delà du procès qui s’ouvre, ce sont deux mondes qui s’observent et s’opposent en silence : d’un côté, des ruraux enracinés dans des pratiques ancestrales ; de l’autre, une communauté autogérée.
En décembre dernier, sur les hauteurs de Chanéac, sept chiens de chasse sont abattus. L’auteur des tirs vit dans la communauté Longo Maï, née dans les années 70 dans le sillage de l’utopie révolutionnaire. Ce jour-là, il dit avoir agi pour protéger des cochons attaqués. Un cochon est mort. Mais sept chiens sont tombés, et un chasseur a été violenté. Et ce que certains présentent aujourd’hui comme un « incident » n’en est pas un.
« Tuer un chien c’est inacceptable, mais sept, c’est inadmissible », résume un chasseur venu soutenir les siens. On pourrait ajouter : c’est un acte de rupture. Car derrière ces carcasses, ce sont les liens entre voisins, les règles tacites du vivre ensemble en zone rurale, qui volent en éclats. On ne règle pas un conflit en vidant un chargeur.
Quand le passé ressurgit
Le procès prend une dimension presque tragique quand on découvre que le tireur n’est autre que le fils de Pierre Conti, le « tueur fou de l’Ardèche », figure sombre des années 70. Comme si l’histoire familiale – celle de la violence – ressurgissait là où l’on s’efforce depuis toujours de régler les conflits autrement : par la parole, les usages, la patience rude des campagnes.
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Mais la justice, elle, ne juge pas une généalogie. Elle devra démêler une scène trouble : des chiens hors de vue, une propriété privée, un cochons tué, des hommes choqués. Et, point trop souligné dans certains récits médiatiques, trois des chasseurs sont eux aussi poursuivis pour mise en danger d’autrui, divagation d’animaux dangereux, et atteinte involontaire à la vie d’un animal domestique.
Une ruralité fatiguée d’être diabolisée
Ce procès ne dit pas seulement l’histoire d’une balle de trop. Il dit aussi une colère sourde. Celle de ceux qu’on caricature trop souvent : les ruraux, les chasseurs, les éleveurs, ceux qui vivent dans ce que certains nomment encore avec condescendance la « France périphérique ». Une France qu’on ne comprend plus, qu’on surveille de loin, et qu’on accuse trop vite.
Car s’il est intolérable de tirer sur des chiens, il est tout aussi insupportable que des chasseurs soient traînés dans la boue, rendus responsables d’un drame dont ils ne sont pas seuls à porter le poids.
À Privas, ce n’est pas seulement un procès. C’est un miroir tendu à une époque qui peine à faire dialoguer les contraires. Une époque où ceux qui parlent de « vivre-ensemble » le brandissent souvent comme une arme contre ceux qui, justement, vivent ensemble depuis toujours – parfois avec leurs chiens, parfois avec leurs cochons, mais toujours avec la conscience aiguë de la complexité du réel.
A voir en vidéo :
En marge de cette histoire minable. Se pose encore la question de la possession illégale d’armes par des gens en marge de la société. Alors que les chasseurs peuvent s’en voir interdits pour une simple engueulade avec un voisin.
Les gènes ont parlées ! Il est taré ! On met le feu et on balaye la cendre !
On ne touche pas aux chiens !
Les chasseurs adorent la chasse et les chiens ou les chiens et la chasse. Je vais à la chasse pour faire plaisir à ma petite chienne et j’ai adopté cette petite chienne pour aller à la chasse. Mais je ne lui parlerai pas de cette affaire, elle est trop sensible (la chienne et l’affaire). Cette triste histoire laisse apparaitre un gros problème de société où il devient très complexe de se parler et d’accepter la vie de son voisin.