À l’Assemblée, le RN défend les chasseurs. À Fréjus et Cagnes-sur-Mer, ses maires leur ferment la porte au nom de Brigitte Bardot. Ce courant est ancien au RN.
Le Rassemblement national prétend défendre les traditions françaises séculaires mais interdit la chasse dans les communes dont il a la charge. Le double discours est un jeu dangereux. Total soutien aux chasseurs.
— Mathieu Lefèvre (@MathieuMlefevre) October 16, 2026
Le 14 octobre, pendant les questions au gouvernement, la députée RN de l’Hérault Stéphanie Galzy interpelle le ministre de l’Intérieur sur les agressions visant les chasseurs et réclame leur protection. Les bancs du Rassemblement national et de l’UDR l’applaudissent. Deux jours plus tard, Nice-Matin publie les déclarations de Bryan Masson, maire RN de Cagnes-sur-Mer depuis mars : il ne signera plus d’autorisation de battue. « Avec moi, la chasse à Cagnes, c’est fini », résume-t-il. Il venait d’annoncer qu’une future rue de la ville porterait le nom de Brigitte Bardot.
Serge Berrenger, directeur de la fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes, a répondu qu’il enverrait la facture des dégâts en mairie. Chez certains maraîchers, les sangliers causent selon lui entre 10 000 et 20 000 euros de dégâts.
Trois semaines plus tôt, David Rachline avait montré la voie à Fréjus. Le 29 septembre, à la sortie de l’inauguration d’une esplanade Brigitte Bardot, le maire, qui a siégé à la vice-présidence du RN, annonçait sur Instagram vouloir interdire la chasse partout où la commune en a la possibilité, pour une durée indéterminée. Il citait les incendies de l’été et la canicule, puis une conviction personnelle en faveur des animaux, et concluait sur sa volonté de « faire vivre l’héritage de Brigitte Bardot ». La mairie annonçait dans la foulée le passage au végétarien de ses réceptions officielles. Laurent Faudon, président de la fédération des chasseurs du Var, évalue à 1 700 hectares les terrains communaux concernés.
.@david_rachline veut « dire stop » à la #chasse à Fréjus. Entre #cervidés inconnus de notre beau pays, #incendies et Brigitte #Bardot, son affiche est un monument de #propagande grossière (et en plus c’est un peu bête). A lire ⬇️ https://t.co/utoamELxbl
— Chasses Éternelles (@ChassesEtern) September 29, 2026
Le contraste entre Paris et la Côte d’Azur a déjà été relevé. On peut aller plus loin que le constat d’incohérence. Ces deux maires appartiennent à un courant identifié, ancien, qui a ses figures, ses causes et son héroïne. Ce courant pèse au RN, et il administre désormais des communes.
Brigitte Bardot rencontre Bernard d’Ormale en juin 1992, à Saint-Tropez, lors d’un dîner organisé par Jany Le Pen. L’homme d’affaires conseille alors Jean-Marie Le Pen : il deviendra son quatrième mari. L’actrice soutient Marine Le Pen aux présidentielles de 2012 et de 2017 et voit en elle une Jeanne d’Arc moderne. À sa mort, le 28 décembre 2025, Marine Le Pen salue une femme « incroyablement française » et se rend aux obsèques à Saint-Tropez. Jordan Bardella rend hommage à une ardente patriote.
Sur la chasse, Bardot n’a jamais varié. En août 2021, après l’incendie de la plaine des Maures, elle demandait au préfet du Var de décréter une année blanche. En mai 2025, à 90 ans, elle adressait au président de la République, au Premier ministre et aux parlementaires une lettre ouverte exigeant l’abolition de la chasse à courre. Cinq ans après la plaine des Maures, un maire RN du Var reprend l’argument des incendies pour fermer sa commune aux chasseurs, et le fait au nom de Bardot.
Bilde, Rachline et la vénerie
Ce courant a des relais dans l’appareil depuis plusieurs années. Le 12 septembre 2020, une centaine de chasseurs manifestaient devant la permanence du député RN Bruno Bilde à Liévin, dans le Pas-de-Calais. Il venait de signer le référendum d’initiative partagée pour les animaux lancé par Hugo Clément, qui visait notamment la chasse à courre et les chasses dites traditionnelles. En février 2021, David Rachline relayait sur Twitter une vidéo du collectif Abolissons la vénerie aujourd’hui. Le Journal du dimanche présentait alors Bilde et Rachline comme deux dirigeants nationaux influents favorables à l’interdiction de la vénerie. À Fréjus, la corrida avait été supprimée dès l’arrivée de Rachline à la mairie, en 2014.
En 2021 toujours, le parti confiait une commission de réflexion sur la chasse à un binôme : Paul-Henry Hansen-Catta, ancien président de la fédération des chasseurs de l’Aisne et membre du bureau national, et Christopher Szczurek, adjoint au maire d’Hénin-Beaumont et défenseur affiché de la cause animale. Szczurek n’écartait pas l’interdiction de la chasse à courre. Hansen-Catta lui répliquait dans le JDD : « Attaquer la vénerie, c’est attaquer la chasse. » Il prévenait qu’une position finale laissant ouverte la possibilité d’une prohibition ferait partir du RN les chasseurs comme lui.
Marine Le Pen, contre « à titre personnel »
La cheffe du parti a tranché pour elle-même. Le 9 mars 2021, en marge d’une conférence de presse consacrée à l’écologie, Marine Le Pen déclarait : « À titre personnel, je suis contre la chasse à courre. » Elle jugeait que certaines chasses expriment une cruauté inutile et ne sont plus admises par une majorité de Français. Une rencontre avec le président de la Société de vénerie était aussitôt programmée pour déminer le sujet. En mars 2022, en pleine campagne, elle redisait devant des chasseurs que la poursuite et la mort de l’animal n’étaient pas à son goût, tout en se défendant d’être « un dictateur » qui interdirait tout ce qui lui déplaît.
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Le 12 septembre 2023, cinquante-cinq députés RN déposent la proposition de loi n° 1642. Portée par le député varois Frédéric Boccaletti, elle vise à priver d’indemnisation des dégâts de grand gibier les propriétaires qui refusent l’accès de leurs terres aux chasseurs. L’exposé des motifs estime à 30 % la surface non chassée du Var et rappelle que les fédérations paient les dégâts nés sur une commune, une réserve ou une propriété fermée. Il pose le principe que « nul ne peut être tenu d’une chose dont il n’a pas la maîtrise ». Bryan Masson figure parmi les cosignataires, aux côtés de Stéphanie Galzy, Jean-Philippe Tanguy, Edwige Diaz et Julien Odoul.
Frédéric Boccaletti avait préparé le terrain par une question écrite au gouvernement, publiée en août 2022 et renouvelée en septembre 2023. Il y relayait l’alerte de Laurent Faudon, président de la fédération du Var, et écrivait que les maires et propriétaires interdisant la régulation du grand gibier « participent activement à leur prolifération ». Trois ans plus tard, le même Laurent Faudon affronte un maire RN de son département. Bryan Masson, devenu maire, applique à Cagnes ce que son texte de 2023 désignait comme la cause du problème.
Sa décision reste largement symbolique. Il reconnaît lui-même que le préfet pourra ordonner des opérations administratives sans son accord. La régulation des sangliers se fera donc sans l’élu, qui en garde le bénéfice d’affichage, et la fédération continuera d’indemniser les dégâts agricoles.
Une fidélité adossée à la carte électorale
Le RN compte de vrais défenseurs de la chasse. Le 24 juin 2025, une tribune lancée dans le JDD par le député de l’Aisne Eddy Casterman réunissait plus de vingt députés RN, dont Jean-Philippe Tanguy, Sébastien Chenu et Edwige Diaz, contre le projet de moratoire sur neuf espèces de gibier d’eau. La même année, plus de quatre-vingts députés RN et UDR cosignaient la proposition de loi de Stéphanie Galzy créant un fonds national d’indemnisation des dégâts de grand gibier. En mai 2026, l’amendement d’Eddy Casterman intégrant la venaison sauvage aux projets d’avenir agricole était adopté. Lohan Ferretti, maire RN de Salernes et chasseur, a publiquement invité les maires varois à ne pas suivre Fréjus.
Ces élus assument aussi un raisonnement électoral. En 2021, Paul-Henry Hansen-Catta justifiait la place des chasseurs au RN par le poids du vote des chasseurs de gibier d’eau, notamment dans le Pas-de-Calais. Sébastien Chenu, alors tête de liste aux régionales dans les Hauts-de-France, assurait la ruralité, la chasse et la pêche de son soutien. Un candidat d’un département rural du Sud-Est expliquait vouloir rassurer les chasseurs localement en se démarquant de la ligne de certains cadres.
L’électorat du parti, lui, ne partage pas la sensibilité de ses circonscriptions rurales. Selon un sondage Ifop réalisé en mars 2025 pour la Fondation Brigitte Bardot, 69 % des sympathisants RN approuvent une réduction de la période de chasse alignée sur les recommandations européennes. La défense de la chasse au RN repose largement sur la géographie des sièges à conquérir.
Le RN d’aujourd’hui défend la chasse à l’Assemblée, souvent avec sérieux, et sa direction a toujours refusé de promettre une interdiction. J’ai pourtant du mal à lui faire confiance pour la suite. La frange animaliste dont Fréjus et Cagnes donnent l’exemple a occupé des postes de direction, revendique l’héritage d’une figure que Marine Le Pen et Jordan Bardella ont célébrée en décembre, et rejoint la position personnelle exprimée par la cheffe du parti sur la vénerie. Ce qui la contient relève du calcul électoral, et ce calcul se modifie une fois le pouvoir conquis.
Une fois élu, un(e) président(e) dépend moins chaque matin des voix de la Somme ou du Pas-de-Calais. Un ministre de l’Environnement issu de la ligne Bardot signerait les arrêtés de quotas, de moratoires et de listes d’espèces chassables. Bien entendu il sera alors trop tard pour s’en émouvoir.
A voir en vidéo :











Je pense que chacun roule pour son image et son petit bien être, ses revenus et petits privilèges il est loin le sacrifice pour le bien de la nation.
Bonsoir, il y a un parti qui a toujours défendu nos traditions et la chasse ,hélas en baisse dans les sondages,et celui cité plus haut doit faire ses preuves ,mais nous a déjà défendu il faut le dire !
DOUBLE LANGAGE ! DES SPÉCIALISTES !!