Villes vertueuses, campagnes coupables ?

Chasse Actu
date 06 juin 2025
author Richard sur Terre

Quand La Vie s’interroge sur la fracture écologique, elle recycle surtout de vieux préjugés urbains. Derrière la nuance affichée, le procès feutré des campagnes continue.

Dans un article publié le 21 mai 2025 sur La Vie, la journaliste Enola Richet pose une question en apparence ouverte : « Y a-t-il une fracture entre villes et campagnes face à la pollution ? ». La réponse, elle, semble orientée dès les premières lignes : si fracture il y a, elle est surtout du côté de la campagne, plus polluante, plus énergivore, moins accessible aux vertus du mode de vie bas-carbone. Malgré une volonté apparente d’équilibre, l’article reconduit, en douceur, un discours typiquement urbain : la modernité est citadine, la sobriété est urbaine, l’écologie est verticale.

Une moyenne pour mieux ne pas voir

Dès le départ, un économiste du climat, Vincent Viguié, rappelle que les émissions de CO₂ sont « en moyenne » plus faibles en ville. Pourquoi ? Parce que les gens roulent moins en voiture, vivent dans des logements plus petits, souvent mitoyens, donc mieux isolés. Ces données, que personne ne conteste, servent de socle pour un raisonnement glissant : ce n’est pas vous qui polluez trop, c’est votre cadre de vie. Sous-entendu : si vous habitez à la campagne, il va falloir vous adapter.

Mais on passe un peu vite sur ce que cache cette moyenne :

  • La ville délocalise son empreinte : l’agriculture, l’énergie, les transports, les déchets… tout cela repose sur des infrastructures implantées ailleurs.
  • Le rural subit les politiques d’aménagement qui ont centralisé l’emploi et vidé les services de proximité, obligeant à multiplier les déplacements.

Résultat : on reproche aux ruraux un mode de vie qu’on a organisé sans eux.

L’écologie du quotidien, celle qui ne se mesure pas

Dans un deuxième temps, l’article tente une réhabilitation du monde rural, en évoquant une « écologie invisible ». Simon Audebert, sociologue, rappelle qu’il existe des comportements sobres non quantifiables : réparer, composter, cultiver son jardin, acheter peu et durer longtemps. C’est vrai. Mais pourquoi ces pratiques sont-elles systématiquement reléguées à une forme d’exotisme ? Comme si elles relevaient d’un folklore minoritaire, et non d’un mode de vie enraciné dans une certaine forme de bon sens populaire.

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Le problème, c’est que l’écologie des villes est célébrée parce qu’elle est compatible avec les outils de mesure de l’administration, tandis que celle des campagnes est soupçonnée d’archaïsme parce qu’elle échappe aux grilles d’évaluation. On compte les mètres carrés chauffés, pas les stères de bois ramassés. On mesure les kilomètres parcourus, pas les heures passées à « faire soi-même ».

Voter vert ou vivre vert ?

L’article va jusqu’à évoquer, avec surprise, les campagnes qui votent écologiste. Là encore, l’intention est louable mais le regard demeure condescendant. Comme si le vote vert dans les Alpes ou les zones résidentielles périurbaines était un paradoxe à expliquer, au lieu d’être reconnu comme un choix rationnel, motivé par la volonté de préserver un cadre de vie concret.

Et surtout, pourquoi réduire l’écologie à un vote ? Des milliers de ruraux vivent déjà de manière sobre et durable, sans jamais s’identifier à un appareil politique qui les caricature dès qu’ils prennent un fusil ou un tracteur. Il ne suffit pas de glisser un bulletin EELV dans l’urne pour être vertueux, ni de ne pas le faire pour être coupable.

La fracture n’est pas écologique, elle est culturelle et sociale.

Dans un style doux et empathique, La Vie reconduit pourtant l’idée que l’avenir écologique se pense depuis les villes. L’enjeu, aujourd’hui, n’est pas de convertir les campagnes au dogme citadin, mais d’écouter les intelligences locales, d’admettre qu’il y a d’autres façons de vivre avec la nature que par le biais du tramway et du tri sélectif. Et surtout, de ne pas confondre empreinte carbone et empreinte culturelle.

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