Discours de vœux de Willy Schraen : on a lu entre les lignes

Chasse Actu
date 05 janvier 2026
author Richard sur Terre

Derrière les formules et les marqueurs attendus, le discours de vœux de Willy Schraen esquisse une chasse plus politique, plus exposée, et annonce des années de tensions durables. Décryptage.

Le discours de vœux de Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, ne se résume pas seulement à un exercice rituel de début d’année. Derrière les formules attendues, il dessine en creux une trajectoire politique, stratégique et culturelle du monde de la chasse. Une trajectoire qui dit beaucoup de l’état d’esprit actuel… et peut-être davantage encore de ce qui s’annonce.

Une chasse qui a intégré le conflit comme cadre durable

Premier élément frappant : le discours acte clairement que la chasse évolue désormais dans un climat de confrontation structurelle. Le vocabulaire employé – combat, tempête médiatique, responsabilité, victoires – n’est pas anodin. Il traduit l’idée que la contestation de la chasse n’est plus perçue comme conjoncturelle, mais comme un état permanent avec lequel il faut composer.

La mobilisation du 17 mai autour du Manifeste pour la chasse est présentée comme un moment charnière. Non pas seulement une démonstration de force, mais une preuve que le monde cynégétique est capable de s’organiser politiquement, d’occuper l’espace public et d’imposer ses sujets à l’agenda médiatique. En filigrane, un message : la chasse ne se contentera plus d’encaisser.

Le choix assumé du terrain juridique et scientifique

Sur les dossiers techniques, le discours met fortement en avant les décisions favorables du Conseil d’État, notamment sur les oiseaux migrateurs et la tourterelle des bois. Ce passage est central, car il révèle une orientation stratégique claire : tenir par le droit, les données et la méthode.

La gestion adaptative est revendiquée comme un levier structurant, y compris au prix de contraintes supplémentaires pour les chasseurs. C’est un choix qui acte une transformation profonde : la chasse accepte d’évoluer dans un cadre plus normé pour sécuriser son avenir juridique. Reste une interrogation sous-jacente, jamais formulée explicitement : jusqu’où cette logique pourra-t-elle être poussée sans créer de tensions internes durables ?

Sangliers, dégâts, financement : une ligne de fracture assumée

Le cœur politique du discours se situe sans doute dans le dossier des dégâts de grand gibier. Le constat est posé sans détour : le système actuel arrive à ses limites. Le financement quasi exclusif par les chasseurs est présenté comme une anomalie devenue insoutenable.

A lire aussi : Willy Schraen : son discours de rentrée 

Au-delà des chiffres, c’est une ligne rouge qui apparaît. Le discours laisse entendre que la patience du monde cynégétique n’est pas infinie et que l’absence de réponse structurelle de l’État et des territoires pourrait conduire à une remise en cause plus large du cadre actuel. Ce n’est pas une menace explicite, mais le signal est clair : le statu quo n’est plus considéré comme une option viable.

Médias, violence et sentiment de déclassement

Le passage consacré aux violences contre les chasseurs et au traitement médiatique de certains faits divers marque un durcissement du ton. Il ne s’agit pas seulement d’une réaction épidermique, mais de l’expression d’un sentiment d’injustice durable.

À travers ces propos, la chasse est présentée comme le symbole d’un monde rural caricaturé, disqualifié, parfois même méprisé. Cette lecture, qu’on y adhère ou non, structure de plus en plus le discours cynégétique et explique en partie la radicalité verbale observée ces dernières années. Elle participe aussi à une polarisation croissante entre usages, territoires et représentations.

Une politisation désormais assumée

L’appel à l’engagement lors des élections municipales constitue l’un des signaux les plus forts du discours. Il marque une étape supplémentaire : la chasse ne se contente plus de défendre ses intérêts, elle encourage désormais ses membres à entrer directement dans l’arène politique locale.

Ce choix traduit une conviction : les décisions structurantes pour la chasse se joueront de plus en plus à l’échelle communale et intercommunale, sur des sujets concrets de terrain, de cohabitation des usages et de réglementation locale. Là encore, on lit en creux une anticipation des conflits à venir.

Recrutement, transmission, image : tenir dans la durée

Enfin, le discours se projette clairement vers l’avenir. L’étude Ifop évoquée sert de point d’appui à un message stratégique : la chasse dispose encore d’un potentiel de renouvellement réel, à condition de ne plus rester passive.

Le chasseur est présenté comme le premier ambassadeur de sa pratique. La transmission, l’accueil des nouveaux venus et l’image deviennent des enjeux centraux, non pas par idéalisme, mais par nécessité. Sans renouvellement, aucun rapport de force ne tient dans le temps.

Ce que ce discours dit, au fond

Lu entre les lignes, ce discours ne promet pas une période d’apaisement. Il acte au contraire l’entrée dans une phase longue de tensions, où la chasse cherche à se structurer, à se défendre et à peser politiquement, parfois au prix d’un durcissement assumé.

Il esquisse une chasse plus politique, plus organisée, mais aussi plus exposée. Reste une question ouverte, que le discours ne tranche pas : cette stratégie permettra-t-elle de rassembler durablement, ou accentuera-t-elle certaines fractures, internes comme externes ?
C’est sans doute là que se jouera, bien plus que dans les déclarations, le visage réel de la chasse dans les années à venir.

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Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
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20 Commentaires :
  1. Bruckner daniel
    05/01/26

    Ce sont des victoires, mais de petites victoires. Tant que la gauche sera aussi présente dans le pouvoir décisionnel des hautes sphères politiques et de la justice la situation ne changera gère. Déjà avoir les moyens judiciaires de rabattre le caquet aux associations et aux personnes foncièrement anti-chasse serait une sacrée avancé. Mais il serait faux de nier que la situation va dans la bonne direction.

    1. FOUGÈRE
      06/01/26

      Je suis une personne résolument anti-chasse, la chasse est inutile et cruelle, aucun intérêt, je me batterrais jusqu’au bout pour interdire cette ignominie, ne vous en déplaise…
      A bon entendeur !!!

      1. Guillaume
        07/01/26

        Je suis une personne résolument pour la chasse, la chasse est utile et non cruelle, elle a tout intérêt, je me battrais jusqu’au bout pour continuer cette pratique, ne vous en déplaise…
        Bien entendu !!!

      2. billabong
        07/01/26

        cette acharnement imbécile me fait penser à une mouche essayant de traverser une vitre …

    2. Françoise
      10/01/26

      Votre simple mention de la gauche ici montre que vous ne cherchez qu’à cliver. Affilier la chasse à la droite voire l’extrême droite la met cruellement en danger. Ce n’ est pas ainsi que vous convaincre les indécis !

  2. Ch Bultez
    05/01/26

    je suis en phase et avec la ligne directrice choisie par la FNC et cette analyse. D’ailleurs, ce choix offensif est cohérent avec la politique menée depuis plusieurs années par Willy Shraen : sortir du réflexe  » vivons heureux, vivons cachés », pour exprimer clairement et notre attachement à notre loisir et la volonté de lutter contre tous ceux qui veulent restreindre la chasse.
    Cette ligne de conduite, certes risquée est sans doute la plus adaptée pour inciter les Français à chasser et à peser dans le débat publique.

  3. Richard
    05/01/26

    Perso,je ne vois aucune avancée,( la tourterelle ouvre lorsqu elles sont parties de France)plus de contraintes,certaines signées pas monsieur schraen.quant a chassadapt ça ne freinera absolument pas les attaques de nos opposants et pour moi qui ne possède qu un vieux téléphone fini les passées occasionnelles.(En plus idem pour la pêche à l’ océan du bar).Europe de me…. mais notre président est un européen convaincu même s il reconnaît qu elle ne nous avantage pas.

  4. Jean 2
    05/01/26

    Bonsoir, le sujet est vaste,mais on pourrait dire que nous sommes de plus en plus dans une société de bisounours herbivores (et un gars loin à l’EST,lui carnivore,pourrait bien les bouffer)et on peut rajouter loin de la nature souvent ,et n’y comprennent rien. Alors bon courage quand-même !

  5. Jullan
    06/01/26

    Merci Willy pour cet engagement et effectivement indispensable d’être présent dans les conseils municipaux avec nos amis pêcheurs et aussi agriculteurs nous sommes les seuls a avoir une bonne connaissance de noe territoires.De mon côté j’arrête avec 6 mandats d élus en charge de l’agriculture et de l’environnement

  6. Jullan
    06/01/26

    Merci Willy pour cet engagement et effectivement indispensable d’être présent dans les conseils municipaux avec nos amis pêcheurs et aussi agriculteurs nous sommes les seuls a avoir une bonne connaissance de nos territoires.De mon côté j’arrête avec 6 mandats d élus en charge de l’agriculture et de l’environnement

  7. FOUGÈRE
    06/01/26

    Je suis une personne résolument anti-chasse, la chasse est inutile et cruelle, aucun intérêt, je me batterrais jusqu’au bout pour interdire cette ignominie, ne vous en déplaise…
    A bon entendeur !!!

    1. Richard
      06/01/26

      C est bien le problème d aujourd hui,on aime pas ce que fait l autre donc faut interdire,quelle ouverture d esprits !comme d habitude aucun argument, certains peuvent être débattus et la plupart accepte le débat mais avec les gens comme vous c est peine perdue.autrefois deux millions de chasseurs et du gibier abondant, bizzare.

    2. MARTINEZ
      13/01/26

      Fougère ! On va découper l’herbe sous les pieds ! 🤣

  8. Legrand
    06/01/26

    Quand le met on à poil dans une forêt , on lui laisse 30 mns .Puis on lâche les chiens et on le traque fusils à la main. Il comprendra peut être ce qu’est le plaisir de la chasse quand on n’a rien pour se défendre et juste la possibilité de fuir.

    1. billabong
      07/01/26

      la vie normale d’un gibier en somme, une proie reste une proie , imaginer la situation d’un point de vue humain est ridicule, c’est leur condition de vie , la nature. il y a que dans les mondes enchantés et chez les témoins de jéhovah que les lions mangent dans la même gamelle que les gazelles…… en toute logique vous empêchez donc votre chat de tuer des oiseaux bien sûr…

    2. Richard
      07/01/26

      Dans la nature ,la vraie,pas celle de Walt Disney, parfois bien plus cruelle que nous,hormis ceux qui se trouvent en haut de la chaîne alimentaire,tous sont des proies et des prédateurs.on massacre tellement qu il n y a jamais eu autant de cervidés et de sangliers.grace aux plans de chasse.

  9. Guillaume
    07/01/26

    Curieux ce monde qui prône la violence envers son prochain mais se cache les yeux pour manger un steak.

    1. Richard
      07/01/26

      👍

  10. Chtivarois
    07/01/26

    Nous ne pouvons plus continuer comme ça ! A propos du paiement des dégâts de grands gibiers. C’est entendu cher Willy! Mais est-ce que vous seriez d’accord de changer totalement les règles pour la chasse des sangliers ? Par exemple, plus de superficie minimum pour le chasser, supression des bracelets pour permettre à tous les chasseurs de tuer un sanglier en chasse individuelle à l’approche, à l’affût, à la rencontre. Permettre la chasse à l’arbalète du sanglier dans les friches urbaines. Il est certain que du côté d’Eperlecques, Watten, Nieppes, en Meuse etc on ne soit pas d’accords, mais la question c’est bien de faire diminuer les dégâts, non? J’ai bien compris ! C’est bien cela?
    De nombreux citoyens seraient prêt à passer leur permis de chasse. Vous proposez un grand plan de restauration des populations de petits gibiers. Je l’ai dit depuis très longtemps, les chasseurs reviendront avec la chasse du petit gibier, alors, il ne vous reste plus qu’à transformer l’essai. Excellente année à toutes les chasseresse et tous les chasseurs de France et que la Providence protège la chasse car je pense que 2027 sera une année difficile si nous ne donnons pas un grand coup de balai.

  11. Chtivarois
    12/01/26

    Et j’ajouterais que si les règles pour chasser le sanglier ne changent pas, c’est qu’il y a une volonté assez répandue de conserver des populations pour certains lots de chasse. Nous ne nous sortirons donc pas de cette ornière.

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