Luc Besson : l’appel et la justice sous le regard de la foule

Chasse Actu
date 25 février 2026
author Richard sur Terre

Après l’appel formé par l’un des chasseurs condamnés, Luc Besson dénonce un acte « barbare » et « répugnant ». L’émotion est réelle. Mais peut-elle devenir un critère judiciaire ?

Nous avons déjà écrit plusieurs articles sur cette affaire. Nous y avons consacré une vidéo. Les faits sont connus : un cerf poursuivi lors d’une chasse, réfugié à proximité d’une habitation, achevé à l’arme blanche. Une scène visible. Une riveraine choquée. Une condamnation.

Aujourd’hui, ce n’est plus le geste qui déclenche la réaction publique, mais l’appel formé par l’un des condamnés.

Sur les réseaux sociaux, Luc Besson écrit qu’il est « affligeant » qu’un homme ne comprenne pas que tuer « de 11 coups de couteau un cerf sous les yeux d’une femme, devant la porte de sa maison » suscite une immense émotion. Le réalisateur estime qu’on pouvait espérer que la condamnation suffise à faire réfléchir. Faire appel serait une manière de « faire perdre son temps à la justice ».

L’émotion, ici, est palpable. Elle est même compréhensible. Mais la question posée dépasse l’affaire elle-même.

L’appel n’est pas une faute morale

Faire appel n’est pas une déclaration de guerre à la sensibilité collective. C’est un droit. Un mécanisme prévu précisément pour que la première décision rendue ne soit pas sacrée par principe.

Dans n’importe quel palais de justice, les appels sont quotidiens. Ils ne signifient ni mépris ni déni. Ils signifient simplement que la décision peut être réexaminée, confirmée ou infirmée.

A lire aussi : Le cerf de Luc Besson

Depuis quand l’exercice d’un droit procédural devient-il en soi un geste condamnable ? À partir de quel moment considère-t-on qu’un justiciable devrait s’incliner, non devant le droit, mais devant l’émotion dominante ?

Une justice solide ne craint pas d’être rejugée. Elle ne tremble pas parce qu’un dossier remonte d’un étage.

L’émotion comme récit

Les mots employés dans cette affaire ont façonné la perception publique. « 11 coups de couteau ». « Sous les yeux d’une femme ». « Devant sa maison ».

Ces éléments sont réels. Mais ils construisent aussi une narration. Ils condensent en quelques phrases tout ce qui, symboliquement, heurte une société urbaine largement éloignée des réalités de la chasse : le sang visible, la proximité avec l’espace domestique, l’irruption de la mort là où elle n’est plus tolérée.

La puissance de ces images ne doit pas être sous-estimée. Elles produisent une indignation immédiate. Elles rendent toute nuance suspecte.

Or le tribunal ne juge pas un récit. Il juge des faits qualifiés juridiquement.

Confondre les deux, c’est accepter que l’intensité de l’émotion populaire devienne un paramètre implicite de la sanction.

Le risque d’une justice émotionnelle

Aucun système judiciaire sérieux ne peut fonctionner à la température du moment. L’émotion est un indicateur social. Elle dit quelque chose de notre époque, de notre rapport à l’animal, à la violence, à la visibilité de la mort.

Mais elle ne peut pas devenir le marteau du juge.

Si faire appel devient indécent, si contester une décision est interprété comme une faute morale, alors la procédure pénale cesse d’être un cadre protecteur pour devenir un rituel d’expiation publique.

Le geste a choqué. Il continue de choquer. Cela ne dispense pas la justice de fonctionner selon ses propres règles. Un État de droit ne se mesure pas à la force des réactions qu’il suscite. Il se mesure à sa capacité à juger sans céder à la foule, même lorsque la foule est sincèrement émue.

A voir en vidéo :

Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
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4 Commentaires :
  1. Jean 2
    25/02/26

    Bonjour, hé Oui !certains préfèrent une « justice expéditive » pour les autres ,mais pas pour eux.

  2. Hugues Sumac
    27/02/26

    Bonjour,
    Bien raisonné.
    A part ça, pensez quand même à la phrase-clé dans le film « A bout de souffle » ((tiens, tiens…)) de Jean-£uc Godard : « Ça veut dire quoi, dégueulasse ? » — NON, l’émotion…… n’est pas ƒorccément dérisoire.

    Plusieurs ƒois, j’ai échappé, d’extrême justesse, sur notre territoire de chasse ƒamilial, à l’exécution écervelée par des invités sur-excités ; que le Président réprimandait…… avec déƒérence.

    A 83 ans, je m’étonne encore que sauvagerie sans maîtrise de soi puisse passer pour une préservation de la noble pureté des Traditions ((des privilèges ?)).

    En tous cas, plus personne ne saurait nier qu’il y a, désormais, une ƒracture de plus dans notre Société. Et personne ne voudra transiger avant longtemps ? qui réussira la Réconciliation ?

    Post Scriptvm :
    J’ai sincèrement tenté l »enregistrement de mon adresse, comme proposé, mais ça reƒuse de ƒonctionner.

  3. Jean 2
    27/02/26

    Bonjour, Hugues sumac,vous avez raison, sauf que les agissements de certains ne doivent pas rejaillir sur tous(même chose pour les automobilistes)pour ce cas -ci s’etait mal venu,propriété privée et poursuite et mort de l’animal devant une personne non concernée, avec l’émotion d’une personne non habituée.Je suis d’accord avec vous le gibier doit être respecté et la sécurité de tous doit être de mise.La justice tranchera de nouveau. bonne soirée

  4. lxbfYeaa
    03/03/26

    555

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