Sangliers, cervidés : le mensonge d’un “complot” des chasseurs

Chasse Actu
date 20 mars 2026
author Richard sur Terre

Le mensonge est pratique : accuser les chasseurs d’avoir organisé la surabondance des ongulés permet d’éviter toute réflexion sérieuse sur l’histoire, les milieux et l’évolution du vivant. Le problème, c’est que ce récit militant se fracasse contre les faits. Décryptage (sourcé).

Quand les ongulés n’étaient pas là

Pendant une bonne partie du XXe siècle, le sujet n’a pas été de contenir une surabondance d’animaux, mais d’organiser un retour à des populations viables. Le point de départ du dossier, c’est ça.

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer les réserves, puis le plan de chasse. Ces outils n’ont pas été conçus, à l’origine, pour freiner des ongulés envahissant. Ils ont d’abord servi à permettre le retour et la consolidation de populations jugées (y compris par le milieu de la protection animale) insuffisantes. La croissance spectaculaire observée plus tard ne doit pas faire oublier ce point de départ.

Pour le chevreuil, les travaux historiques sont clairs. L’étude publiée dans les Annales de géographie montre que l’espèce avait disparu de nombreuses régions françaises et que sa progression a été accompagnée par une politique de protection, de gestion et, selon les secteurs, de réintroduction. Le plan de chasse de 1963 n’avait pas alors la signification qu’on lui prête aujourd’hui : il servait d’abord à préserver et développer l’espèce. Il y avait là une logique cynégétique, évidemment. Sans animaux, pas de chasse. Mais il y avait aussi une logique de restauration d’une faune devenue rare. 

La même histoire apparaît dans l’évolution du droit cynégétique. Le document de l’ONCFS sur le plan de chasse montre que cet outil a d’abord été pensé pour encadrer et développer durablement les populations de grand gibier, avant que la nécessité de concilier plus fortement les intérêts agricoles, forestiers et cynégétiques ne s’impose ensuite. C’est toute la difficulté du débat actuel : les animalistes jugent avec les yeux de 2026 des décisions prises dans une France qui n’avait pas du tout le même visage faunistique. 

Les lâchers ont existé, mais ils ne racontent pas toute l’histoire

Il serait absurde de nier les lâchers, les renforcements locaux ou certaines pratiques d’élevage. Ils ont existé. Le CNRS le rappelle lui-même à propos du sanglier : élevage, lâchers dans des zones où l’espèce n’était plus présente, nourrissage, tout cela a fait partie du dossier. Mais ce constat ne permet pas de sauter à la conclusion militante selon laquelle les chasseurs auraient “organisé l’explosion” actuelle comme on déroule un plan industriel. Entre une contribution locale au retour d’une espèce et la fabrication délibérée d’une surabondance continentale, il y a un gouffre. 

Le point sérieux, c’est celui-ci : oui, des chasseurs ont participé à la reconstitution de certaines populations. Oui, leur intérêt cynégétique était engagé. Mais cela ne suffit pas à transformer tout le phénomène actuel en entreprise préméditée. Les sources les plus solides décrivent au contraire une dynamique beaucoup plus large, où interviennent la structure des paysages, l’évolution des cultures, le climat, l’abandon de certaines terres agricoles, la fermeture des milieux et la plasticité remarquable de ces espèces. 

Petit gibier en crise, grand gibier en hausse : lé récit de la machination

Il faut ici remettre un peu d’ordre. Oui, le petit gibier s’est raréfié dans de nombreuses plaines françaises. Oui, cette crise a modifié la pratique cynégétique. Oui, beaucoup de chasseurs se sont alors davantage tournés vers le grand gibier. C’est une lecture historique plausible, documentée, et presque banale. L’étude sur le chevreuil en Limousin évoque d’ailleurs explicitement la pénurie du petit gibier de plaine à la fin des années 1970. 

Ce qui ne tient pas, c’est la version militante du récit. Dans cette version, la raréfaction du petit gibier n’aurait pas seulement conduit les chasseurs à se reporter vers le grand gibier devenu plus présent ; elle les aurait conduits à organiser sciemment l’explosion de ce grand gibier pour remplacer ce qu’ils perdaient ailleurs. Ce glissement est capital, parce qu’il remplace un ajustement opportuniste par une intention générale. Or les sources qu’on mobilise d’ordinaire pour accuser les chasseurs établissent au mieux l’existence de pratiques locales et d’un changement de modèle cynégétique. Elles n’établissent pas sérieusement l’existence d’un grand plan coordonné capable d’expliquer la situation actuelle. 

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Dans les campagnes, cette différence se voit d’ailleurs très concrètement. On a vu disparaître le lapin des talus, s’éteindre des habitudes de plaine, se raréfier des matinées autrefois consacrées aux perdreaux ou aux lièvres. Et, dans le même temps, on a vu monter la place du sanglier et des cervidés dans la vie des sociétés de chasse. Ça raconte simplement une adaptation à une situation nouvelle. 

Le scénario est mondial

C’est ici que l’accusation adressée aux chasseurs français s’effondre complètement. La grande synthèse scientifique publiée sur l’Europe conclut à une augmentation cohérente des populations de sangliers sur le continent européen, alors même que le nombre de chasseurs est resté stable ou a diminué dans de nombreux pays. Ce simple constat suffit à relativiser fortement le récit militant qui fait du chasseur français des années 1970 l’origine du problème. Quand un même phénomène se retrouve dans des pays aux histoires cynégétiques, agricoles et politiques très diverses, il faut chercher des causes plus larges qu’une prétendue stratégie française. 

Le Japon raconte la même histoire avec d’autres acteurs. Des travaux récents publiés dans Communications Earth & Environment montrent que l’extension de plusieurs grands mammifères terrestres, dont le sanglier et le cerf sika, est liée à l’abandon agricole et à la diminution de l’enneigement à cause du réchauffement climatique. Le décor change, les hommes se retirent de certains espaces, les hivers deviennent moins rudes, et les grands mammifères avancent. Là-bas, personne ne peut sérieusement venir expliquer ce phénomène par les chasseurs français. 

La Suède offre un cas encore plus brutal. Une étude de 2024 parle d’un passage “de quasi éteint à surabondant en 35 ans”. La trajectoire suédoise montre comment une espèce rare ou absente peut, en quelques décennies, devenir un enjeu de dégâts, de sécurité routière, de gestion publique et de conflits d’usage. Ce n’est pas un cas français. C’est une dynamique générale d’expansion, favorisée par des conditions nouvelles. 

Même chose en Tunisie. Une étude de 2025 sur les oasis du sud tunisien montre que les sangliers affectent de plus en plus les agroécosystèmes arides, avec des dégâts liés aux caractéristiques des oasis, de la végétation, des saisons et des pratiques agricoles. Là encore, le moteur explicatif est écologique et spatial. Un coup des chasseurs français ? 

Accuser les chasseurs de tout, c’est surtout éviter de regarder le réel

Le sanglier n’est pas devenu ce qu’il est parce qu’une poignée de chasseurs français auraient appuyé sur un bouton il y a cinquante ans. Le sanglier est une espèce extraordinairement adaptable. Il profite des paysages remaniés, des ressources agricoles, des hivers moins rudes, de la déprise de certains espaces ruraux, de la fragmentation des territoires et de toutes les contradictions modernes. Les chasseurs ont pu accompagner localement son retour. Ils n’ont pas inventé sa plasticité biologique, ni les transformations du monde qui l’ont favorisée. 

Le procès qui leur est fait repose sur une vieille mécanique militante : prendre un morceau de vérité, l’arracher à son contexte, puis en faire une cause totale. Oui, il y a eu des lâchers. Oui, le monde cynégétique a voulu reconstituer du grand gibier dans une France où il manquait. Oui, la crise du petit gibier a déplacé la pratique de chasse. Mais le passage de ces faits à l’accusation générale ne repose pas sur une démonstration sérieuse. Il repose sur un récit commode de militant. 

Ce récit a un avantage : il offre un coupable simple. Le réel, lui, est comme d’habitude moins confortable. Il oblige à admettre qu’un phénomène mondial ne se résume pas aux fautes supposées d’un groupe social français. Il oblige à regarder les paysages, les cultures, le climat, les usages du territoire, la démographie humaine et l’écologie propre de l’espèce. C’est plus compliqué que de brailler sur un réseau social, certes. 

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Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, spécialisé dans la chasse, la ruralité et la biodiversité.
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4 Commentaires :
  1. Jean 2
    20/03/26

    Bonjour, je ferai un parallèle avec les phoques dans mon secteur, à mon avis bientôt en surpopulation si ce n’est pas déjà le cas,qui mangent du poisson mais pas que,les grèbes sont dévorés, les jeunes tadornes idem(vu par moi même et d’autres),et en plus certainement porteurs de parasites intestinale expulsés dans la mer et dangereux pour l’homme,(en cas de poissons contaminés)certes pas chassés(autrefois oui),mais une maladie apparaîtra un jour,et l’évolution d’une espèce peut surprendre, et poser des problèmes .

  2. Manu
    21/03/26

    Si on prends le même type de raisonnement, les écologistes sont responsables de la destruction de beaucoup de milieu naturel et de la mort de milliers d’oiseaux en nous imposant les éoliennes pendant des années. Et pour en fin de compte venir nous dire qu’elles ne sont pas bien……

  3. Chareyre
    22/03/26

    Personnellement j’ai plus de 70 ans j’ai toujours chassé mais j’ai arrêté pour revenir au sanglier bien sûr que la grainage existe c’est un fait s’il n’y a plus de sanglier il n’y a plus de chasseur tout le monde se retrouve au chômage c’est du business malheureusement

    1. Jean1
      22/03/26

      Faut pas prendre votre cas pour une généralité,je chasse sur deux acca,une, aucun agrainage car pratiquement pas de culture et l autre uniquement au moment des semis par la fédé et je connais beaucoup de chasseurs qui ne participent pas aux battues.peit être que l on agraine dans le monde entier .

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