Energies renouvelables : le catéchisme vert

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date 24 mars 2026
author Richard sur Terre

Pendant des années, les énergies renouvelables ont avancé sous escorte morale. La Cour des comptes rappelle brutalement ce qu’on n’avait plus le droit de demander : combien ça coûte, qui encaisse, qui contrôle, et combien de temps encore il faudra payer.

Pendant des années, on nous a servi le même refrain : les renouvelables, c’est le Bien. Point. Celui qui osait demander combien ça coute, et surtout qui paye la note, passait vite pour un sinistre climato-sceptique. La Cour des comptes vient de jeter un seau d’eau froide sur ce catéchisme. Et c’était pas du luxe.

Le rapport du 18 mars 2026 est d’une sobriété cruelle. Des chiffres, des contrats, des engagements hors bilan massifs, des contrôles insuffisants, et ce constat de fond : l’État a ouvert les guichets, garanti sur le long terme, et corrigé trop tard ce qu’il avait mal calibré.

Entre 2016 et 2024, le soutien aux énergies renouvelables a représenté 26,3 milliards d’euros. Fin 2024, les engagements hors bilan associés atteignaient 87 milliards. Quatre-vingt-sept milliards. De l’argent promis sur vingt ans dans un système dont le coût final dépend de paramètres que l’État ne maîtrise pas. C’est déjà énorme. 

Et pendant ce temps, la fameuse charge de service public de l’énergie fait le yoyo : 6,05 milliards en 2020, -3,12 milliards en 2023 sous l’effet de la flambée des prix de marché, puis 7,44 milliards estimés en 2025. On appelle ça une stratégie ? Ce que décrit la Cour ressemble plutôt à une politique exposée aux secousses du marché.

Mais le plus accablant n’est même pas là. Il est dans ce que la Cour formule avec son calme habituel : certains dispositifs ont conduit à des situations de sur-rémunération, à des effets d’aubaine, à des mécanismes trop généreux ou trop peu ajustés. Des appels d’offres ont souffert d’une concurrence insuffisante. Certains anciens contrats, notamment dans le photovoltaïque, continuent de garantir des niveaux de rémunération très éloignés des prix habituellement observés sur les marchés de gros hors période de crise.

Traduisons. Au nom de la transition, on a distribué l’argent public sur des bases beaucoup trop confortables. On a construit des mécanismes censés accompagner une politique énergétique nationale, puis on a découvert, stupéfaits, que certains savaient très bien en tirer parti pour s’en mettre plein les fouilles. Sur le dos des français évidemment.


A lire aussi : Quand la transition énergétique oublie le vivant

La Cour rappelle aussi que certaines modalités de soutien ont favorisé des épisodes de prix négatifs. En clair, on a pu continuer à rémunérer une production d’électricité au moment même où cette production contribuait à dégrader le signal économique du système. Le marché disait : trop d’électricité ! Le mécanisme de soutien, lui, continuait de payer. Le résultat est absurde : une politique pensée au nom de l’intérêt général qui finance son propre bordel.

On nous parlait de rationalité, de modernité, d’optimisation, de planification. La Cour décrit un empilement de dispositifs dont certains effets pervers étaient visibles, mais politiquement difficiles à discuter…parce que le dossier en France est sanctuarisé. Contester le mécanisme revenait à manquer de ferveur climatique.

Le contrôle, évidemment, suit la même pente. La Cour relève des contrôles insuffisants, des sanctions quasi inexistantes, des non-conformités mal traitées, et appelle à renforcer la lutte contre les fraudes. Là encore, tout est tristement français. On sait annoncer, promettre, labelliser, et communiquer dans les matinales. On sait beaucoup moins vérifier, sanctionner, corriger et remettre d’aplomb. Une politique financée sur des dizaines de milliards et adossée à des garanties publiques de très long terme ne peut pourtant pas fonctionner sans vrai pilotage.

On a traité ce dossier comme un dogme alors qu’il relevait d’une politique industrielle et budgétaire ordinaire. Donc discutable. On a moralement protégé un ensemble de mécanismes qui auraient dû être examinés avec froideur dès le départ.

Aujourd’hui, la note arrive. Et elle est salée.

Ce qu’il faudrait maintenant, c’est une stratégie adulte qui chiffre réellement les engagements pris. Une stratégie qui cesse de subventionner sans regarder l’utilité réelle pour le système électrique. Une stratégie qui pense les renouvelables à partir de la réalité française, donc avec le nucléaire, et non dans une opposition théologique héritée des vieux réflexes militants. Une stratégie, surtout, qui traite le contrôle et la sanction comme des fonctions centrales.

Tout marche comme ça maintenant : on donne une aura morale à une politique publique. On rend sa critique coûteuse. On neutralise le débat normal. Puis les chiffres finissent par nous revenir dans la tronche.

La Cour des comptes a rouvert un dossier que beaucoup auraient préféré laisser sous cloche. Il était temps.

On veut des adultes aux commandes. Pas des croyants !

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Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
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2 Commentaires :
  1. AJH
    24/03/26

    Retraité de l’énergie je n’aborde que l’aspect technique (celui ou j’ai quelque compétences) .
    Pour les panneaux photovoltaïques ils produisent un maximum quand il y’en a le moins besoin. Je m’explique : au printemps quand la lumière solaire est la plus présente alors qu’à cette période nous ne nous chauffons plus et que nous n’utilisons pas non plus nos climatiseurs pour nous rafraîchir. Pendant ce temps nos centrales nucléaires qui produisent de l’énergie decarbonée sont en baisse de production mais doivent quand même rester disponibles(si le photovoltaïque était digne de confiances et produisait jour et nuit il serait plus facile de programmer de la maintenance pour les centrales)Puis vient l’été avec de plus en plus de périodes de chaleur et un début d’affaissement de la course du soleil. Hor par forte chaleur le rendement des panneaux solaires s’infléchit ajouté à cela donc la moindre disponibilité de la lumière en période où justement nous utilisons des climatiseurs. Je répète les panneaux solaires produisent un maximum quand notre société qui les subventionne en a le moins besoin. Et je n’aborde pas les éoliennes qui sont probablement une des causes de la méga panne de l’an dernier en Espagne.

  2. jean walter
    03/04/26

    La construction des éoliennes est un vrai empilage de bricoleurs pour faire croire que l’on allait sauver la production électrique française.

    Il y a des sujets multiples qu’il faudrait évoquer. Quid des facilités fiscales qui ont même incité des entreprises étrangères à placer des billes sur cette activité tellement elle était juteuse, des sociétés intermédiaires qui s’empilent dans la construction d’un dossier de financement qui font qu’à la fin il n’y a plus de responsables pour assumer les problèmes, des sociétés étrangères pour la construction des éoliennes ou des panneaux solaires avec du matériel qui arrivent de l’autre bout du monde, des surfaces agricoles utilisées à tout va, des installations de réseaux de raccordement payés par le contribuable au lieu du promoteur, des contrats à vie sans sortie possible pour les propriétaires à qui on a vendu que c’était l’avenir et le paradis, de l’impact néfaste sur la faune, des rendements très aléatoires, des coûts exorbitants qui s’envolent, du militantisme redoutable de quelques verts plus verts que nature mais politiquement corrects car c’était l’idéologie prometteuse du moment, de jeunes gens qui sont dans des thématiques du tout est beau et rose sans jamais avoir travaillé ni payé d’impôts …

    Oui on veut des chiffres …

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