Un post militant présente Lyreco comme un partenaire du Salon de la chasse contraint de reculer. Quelques jours plus tard, l’entreprise conteste avoir jamais été sponsor. Les organisateurs maintiennent qu’un accord existait. Le maire, lui, a déjà tranché.
"Lyréco n'était pas sponsor du salon de la chasse de Châteauroux ": l'entreprise rectifie et affirme sa neutralité alors que la polémique monte ➡️ https://t.co/33IjfJ4kmU pic.twitter.com/FJeAf7MIa4
— ICI Berry (@ici_berry) April 17, 2026
Le 6 avril 2026, l’association FUTUR ASSO publie sur Facebook un post saluant le départ de Lyreco du 16e Salon de la chasse de Châteauroux. Le ton est celui d’une victoire : l’entreprise est présentée comme l’un de ceux qui, contrairement à Feu Vert, Crédit Agricole, Groupama ou AXA, a eu la lucidité de ne pas « sponsoriser la maltraitance animale en 2026 ». Le carré bleu Lyreco avait bien figuré sur les supports de communication du salon, aux côtés d’autres logos. La Nouvelle République titre sur un sponsor qui « tourne les talons ». L’affaire tourne.

La rectification de Lyreco
Passé l’événement, Lyreco sort du silence. La version de l’entreprise, livrée à ICI Berry par son directeur marketing clients Simon Tancré, est radicalement différente de celle que FUTUR ASSO avait diffusée. Lyreco affirme n’avoir jamais été sponsor du salon. La demande de retrait du logo ne serait pas un désengagement idéologique mais une simple régularisation : le logo avait été utilisé sans cadre formalisé. La seule forme de participation de l’entreprise à l’événement aurait consisté en un geste commercial ponctuel (mise à disposition de lots pour des jeux, selon les éléments rapportés).
Cette version heurte celle des organisateurs. Le président de la Fédération de chasse de l’Indre confirme, de son côté, qu’un accord existait bel et bien. Deux récits incompatibles, et entre eux un logo qui a disparu des affiches sans que la nature exacte du lien entre l’entreprise et le salon soit clairement établie au moment où la pression s’est exercée.
Alors ?
La séquence mérite d’être lue dans l’ordre. Une association contacte les partenaires d’un salon de chasse avant son ouverture. Un logo disparaît. La presse locale titre sur un retrait de sponsoring. L’association publie et se félicite. Ce n’est qu’après que l’entreprise prend la parole pour contester la qualification même du lien qui l’unissait à l’événement.
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Que Lyreco ait été sponsor, partenaire commercial, ou simplement associé sans contrat formalisé, le résultat visible était le même dans les deux cas : son nom sur un support de communication du salon. La nuance entre « sponsor » et « logo utilisé sans cadre formalisé » n’a pas eu le temps d’exister publiquement. Elle est apparue après, une fois l’affaire déjà construite.
Ce décalage chronologique est au cœur de la polémique. FUTUR ASSO a activé un mécanisme rodé : identifier des noms sur des affiches, les exposer, obtenir un retrait, le documenter publiquement. La question de savoir ce que chaque nom recouvrait réellement est arrivée trop tard pour peser sur le récit initial.
La riposte du maire
Gil Avérous n’a pas attendu la clarification de Lyreco pour réagir. Dans un communiqué publié au lendemain du salon, le maire de Châteauroux annonce que toute relation commerciale avec l’entreprise prendra fin au 1er janvier 2027, à l’issue de l’accord-cadre en cours. Depuis 2021, la Ville de Châteauroux, Châteauroux Métropole et le CCAS passent entre 30 000 et 45 000 euros par an chez Lyreco, via une centrale d’achat.
Le maire parle d’un « signal grave » et qualifie sa décision de « choix politique assumé ». Il vise explicitement la méthode : exercer des pressions sur des entreprises pour obtenir un retrait de soutien à des activités légales. Que Lyreco ait été ou non un sponsor au sens strict du terme, il a suffi que son logo figure sur une affiche pour qu’il devienne une cible.
La décision d’Avérous ne dépend pas de la version des faits de Lyreco. Elle est antérieure à la rectification de l’entreprise. Elle porte sur un comportement (céder sous pression) et non sur la réalité d’un contrat.
Une bataille de mots
L’affaire Lyreco-Châteauroux se joue désormais sur un terrain étroit : celui de la qualification. Sponsor, partenaire, participant, logo non formalisé, chaque mot engage des responsabilités différentes, une image différente, et une exposition différente. FUTUR ASSO a choisi le mot « sponsor » dès le premier post. Lyreco le rejette après coup. Les organisateurs maintiennent leur version.
FUTUR ASSO a célébré la chute d’un sponsor que Lyreco assure n’avoir jamais été. Si cette version est la bonne, l’association n’a rien fait céder du tout. Le salon a eu lieu. Le statut réel de Lyreco, lui, reste à établir.
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