Poulet : comment la réglementation a bloqué la filière française

Faits-divers
date 16 juillet 2026
author Richard sur Terre

La France importe plus d’un poulet sur deux. Une enquête du Point documente les blocages réglementaires et les recours qui freinent la construction de poulaillers.


Le Point rappelle, données du ministère de l’Agriculture à l’appui, qu’en 2000 la France produisait 2,02 millions de tonnes de volaille pour une consommation de 1,28 million. En 2025, la production est tombée à 1,73 million de tonnes quand la consommation atteignait 2,17 millions. L’hebdomadaire chiffre le déficit commercial de la filière à 1,7 milliard d’euros l’an dernier, et relève que la Pologne a livré 326 000 tonnes de poulet à la France en 2025, en hausse de 18 % sur un an. Son enquête souligne aussi le rôle des Pays-Bas, plaque tournante pour du poulet ukrainien, brésilien ou thaïlandais transformé sur le sol européen puis vendu sous étiquette CE, sans obligation d’affichage de l’origine pour les produits transformés ou la restauration.

Selon les précisions apportées par Géraldine Woessner, depuis 2017 tout élevage dépassant 40 000 volailles relève en France du régime des installations classées pour la protection de l’environnement, le même régime que l’industrie lourde : étude d’impact, enquête publique, avis d’une commission réunissant associations environnementales et syndicats, décision préfectorale. L’Union européenne fixe ce seuil à 85 000. La loi d’urgence agricole, portée par la ministre Annie Genevard, prévoit d’aligner la France sur ce seuil européen par ordonnance. Le Point indique que la ministre recensait fin mai 23 projets de poulaillers bloqués, et cite le directeur général d’Anvol, Yann Nédélec, selon qui il faudrait construire 2 200 poulaillers standards dans les dix prochaines années pour ramener la part des importations d’un poulet sur deux à un sur trois.

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Le reportage du Point à Sarry, dans la Marne, retrace le parcours de Pierre Maillet, qui a mis plus de quatre ans à obtenir l’autorisation de construire deux poulaillers de 50 000 volailles : étude environnementale, validation de la DDETSPP, enquête publique de deux mois, passage devant la commission Coderst. Le préfet a autorisé le projet en février 2026. D’après l’article, un titre de presse sur le « poulailler XXL » a suffi à déclencher trois recours successifs : celui de L214, celui d’une association de riverains, puis celui d’une autre association basée à plusieurs kilomètres du site. Le Point précise que le projet, chiffré initialement à 1,6 million d’euros, dépasse désormais 2 millions. L’hebdomadaire rapporte aussi le cas de Saint-Josse-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, où un éleveur de chèvres porteur d’un projet de deux poulaillers Label Rouge en plein air a vu un notable local organiser une cabale de riverains, avant de porter plainte après une menace d’incendie contre ses bâtiments.

Le Point relève que l’élevage français moyen classé « grand élevage » compte 60 000 volailles, contre 125 000 en moyenne européenne, 150 000 en Pologne et plus de 2 millions au Brésil ou en Ukraine, et rappelle que le seuil de densité reste fixé à 39 kg/m³ en France. La loi d’urgence agricole ne touche à aucun de ces seuils de bien-être animal : elle ne modifie que le seuil déclenchant la procédure ICPE. Les recours contre les projets déjà autorisés, eux, resteront possibles quel que soit le sort de l’article 17. À Sarry, l’alignement du seuil français sur le seuil européen n’aurait rien changé au calendrier du dossier de Pierre Maillet, déjà validé sous l’ancien régime et bloqué non par la réglementation mais par les recours qui ont suivi son autorisation.

L’article 17 relève un seuil administratif, pas les délais de recours. Un projet autorisé par le préfet reste attaquable pendant des mois par n’importe quelle association constituée, où qu’elle siège. Tant que ce point-là reste hors du texte, chaque poulailler qui sort de terre le fera au rythme du contentieux, pas de la demande. Et pendant ce temps-là, les poulets thaïlandais inondent nos supermarchés.

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2 Commentaires :
  1. Drago
    16/07/26

    Aujourd’hui si vous laissez vos jeunes s installer en agriculture , c est en faire tôt ou tard des malheureux .

    1. Jean 1
      17/07/26

      Ces propos malheureusement graves mais réalistes sont le résultat de gens qui pondent des normes sans jamais avoir mis une graine dans le sol et en plus aujourd’hui ils ont des conditions climatiques de moins en moins favorable.conclusion,on importe de plus en plus.

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