Libre évolution : qui gère ce qui déborde ?

Chasse Actu
date 28 septembre 2026
author Richard sur Terre

Le 30 septembre, un colloque organisé à l’Assemblée nationale doit promouvoir la « libre évolution ». Vous savez cette idée qui consiste à laisser les espaces naturels fonctionner sans intervention humaine. La question absente : que se passe-t-il quand les effets produits à l’intérieur de ces « sanctuaires » se manifestent à l’extérieur ?

Accepter que tout ne soit pas piloté en permanence peut avoir un intérêt écologique, et sans doute scientifique. L’ASPAS défend (depuis longtemps) ces espaces « en libre évolution ».

Mais l’ASPAS ne dit pas qu’un sanglier va dormir le jour au « sanctuaire », sortir la nuit pour dévaster un champ, traverser une route, puis revenir au matin se mettre en sécurité. Une étude publiée en 2021 dans Science of the Total Environment, menée dans le parc naturel du Montseny en Catalogne, a montré que des sangliers utilisaient davantage les zones protégées lorsque la pression de chasse augmentait autour (pas fous les types). 

Les auteurs décrivent un effet refuge et des concentrations d’animaux dans les secteurs non chassés, et bien sûr autour. Donc dire « ici, nous n’intervenons plus » ne crée pas un système écologique fermé. On fabrique des poches de déséquilibres dans lesquels toute « réparation » deviendrait impossible.

Donc les dégâts augmenteront autour du sanctuaire. Et bien sûr, ça va râler fort. Donc des battues administratives seront organisées. Ou alors ont enverra des courriers recommandés à l’ASPAS pour qu’elle régule, selon la loi. L’article L. 422-15 du Code de l’environnement prévoit que le propriétaire ou détenteur du droit de chasse qui a fait opposition est tenu de « procéder ou de faire procéder » à la destruction des animaux susceptibles d’occasionner des dégâts et à la régulation des espèces présentes sur son fonds qui causent des dégâts.

A lire aussi : Lieutenants de louveterie : les fantasmes de l’ASPAS

Et l’article L. 425-5-1 permet d’engager financièrement la responsabilité du détenteur du droit de chasse qui ne régule pas alors que son territoire contribue aux dégâts : le préfet peut même lui notifier un nombre d’animaux à prélever dans un délai donné lorsque l’équilibre agro-sylvo-cynégétique est fortement perturbé autour du territoire. Ça rime à quoi tout ça ?

Et un détail que personne ne semble relever : une surpopulation d’ongulés cause une pression majeure sur le milieu. Et ce n’est pas une affirmation de chasseur en crise de biais de confirmation : une revue portant sur 433 études en forêts tempérées conclut que des densités élevées d’ongulés affectent négativement la régénération forestière, la structure des peuplements et leur fonctionnement dans environ 70 % des cas étudiés. L’abroutissement répété modifie la composition du sous-bois, sélectionne les espèces végétales capables de résister, et produit des effets en cascade sur les insectes, les oiseaux et les petits mammifères. 

Donc sanctuariser un espace puis considérer toute densité d’ongulés comme l’expression légitime d’un processus naturel n’a aucun sens, puisque la dynamique démographique générale de ces animaux est largement due à des déséquilibres d’origine humaine. Vous voyez le biais énorme ?

La libre évolution n’est pas l’absence de choix. C’est un vrai choix de gestion parmi d’autres, avec ses bénéfices et ses effets de bord. N’est pas forcément « naturel » ce qu’on refuse de gérer quand on concentre tous les problèmes modernes dans quelques hectares. À ce compte-là, on ne laisse pas faire la nature. On laisse faire les autres.

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Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
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1 Commentaire :
  1. Pineau
    28/09/26

    Libre évolution….dans le caddie de ces gens il n’y a jamais un insecticide, et quand ils sont malades jamais un antibiotique, et quand ils prennent leurs voitures c’est à 2 à l’heure pour ne pas écraser d’insectes…
    Au colloque ne ratez pas les conférences  » Taenia, mon animal de compagnie » ,  » bichidés et retour à la vie sauvage des fauves de cirques » et un débat sur  » libre évolution de son jardin ou grosse feignasse »

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