Aisne : la fin de l’agrainage à volonté (et c’est une bonne nouvelle)

Chasse Actu
date 20 août 2026
author Richard sur Terre

Le nouveau schéma cynégétique de l’Aisne restreint l’agrainage du sanglier à la période du 15 février au 15 octobre. Une mesure technique qui touche en réalité à une dérive bien connue du monde de la chasse.

Le schéma départemental de gestion cynégétique de l’Aisne 2026-2032, approuvé par arrêté préfectoral le 19 mai dernier, referme une fenêtre qui était restée grande ouverte pendant des années. L’ancien régime, celui de l’arrêté du 4 avril 2025, autorisait un agrainage raisonné du sanglier toute l’année. Le nouveau texte, dans son annexe consacrée aux modalités d’agrainage dissuasif, borne désormais la pratique à la période du 15 février au 15 octobre. En clair, la fenêtre d’automne et d’hiver, celle où les cultures ne sont plus en jeu, sort du cadre autorisé.

La fédération présente ce changement sobrement, comme une évolution réglementaire parmi d’autres, à intégrer dans les déclarations de territoire. Il mérite pourtant qu’on s’y arrête, parce qu’il touche à un usage détourné de l’agrainage que le monde cynégétique connaît bien, et qu’il n’assume pas toujours de nommer.

L’agrainage dissuasif a une justification claire : détourner les sangliers des cultures pendant les périodes où elles sont vulnérables, en leur laissant de la nourriture en forêt. C’est un outil de prévention des dégâts, financé et pensé pour ça, et personne (de censé) ne le remet sérieusement en cause sur ce terrain-là.

Sauf que parfois, l’agrainage change de fonction. Nourrir les sangliers en hiver, hors saison de sensibilité des cultures, ne protège plus rien : ça fixe simplement les animaux sur un territoire. Un territoire où ils seront plus nombreux, plus prévisibles, plus faciles à « présenter » à des chasseurs qui paient leur action de chasse le prix d’une bagnole. L’agrainage devient alors un argument commercial déguisé en mesure de prévention, et la case cochée sur la déclaration triennale sert d’alibi à autre chose : garantir un tableau de chasse plutôt que protéger un champ de maïs.

A lire aussi : L’agrainage du sanglier en question

Cette dérive-là coûte cher à tout le monde. Elle coûte aux agriculteurs, qui voient les effectifs se maintenir année après année sans que la pression de chasse ne suffise à les faire baisser. Elle coûte aux fédérations, qui indemnisent les dégâts sur des fonds mutualisés entre chasseurs, et qui financent indirectement l’entretien d’une population qu’elles sont censées réguler. Et elle coûte, en dernier lieu, à l’image de la chasse elle-même, qui peine à expliquer une contradiction que le grand public perçoit très bien.

En resserrant la période d’agrainage autorisé, l’Aisne en corrige l’usage. Le sanglier reste chassé, l’agrainage reste permis quand les cultures en ont besoin, mais il cesse d’être un outil au service des « marchands de cochons ». Evidemment, tout ça ne concerne qu’une poignée de détenteurs de plan de chasse, pas l’ensemble des chasseurs de l’Aisne. Mais il y en aura toujours quelques-uns pour contourner une règle dès qu’elle les arrange. Reste à savoir si les 27 unités de gestion du département joueront le jeu sans chercher la faille réglementaire suivante.

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Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
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3 Commentaires :
  1. Jean 2
    20/08/26

    Bonjour, bah…logique, et ce n’est pas le seul département qui adopte ce « régime « .mais…..y a t’il un ou des retours d’expérience, ex:plans
    De chasse réalisés ou pas,moins de dégâts ou plus,reproduction en baisse ou stable,etc …?questions légitimes.

  2. Nepalperou
    21/08/26

    L’indemnisation des dégâts agricoles est un sujet de plus en plus lourd que beaucoup de fedes de chasse ne veulent plus assumer.
    Alors que des mesures simples devraient être mises en œuvre.
    ARRÊT TOTAL DE L’AGRAINAGE, car il se transforme le plus souvent en nourrissage chez les marchands de chasse, 365 jours par an. Cette petite trêve ne changera pas grand chose.
    Car le véritable agrainage de dissuasion, excepté le nourrissage est très peu effectué du fait du coût de celui ci, les chasseurs de base ne sont pas enclins à faire cette dépense supplémentaire. Seuls les marchands de chasse , dont l’activité est très financiarisée transforme l’agrainage en nourrissage, ce qui permet d’entretenir des troupeaux dont les débordements causent d’énormes dégâts.
    D’autre part l’agrainage de dissuasion est incontrolable. Il n’existe aucune procedure de contrôle applicable, pour rappel les regles d’agrainage ne sont pas des procedure de contrôle, 50 kgs par centaines d’hectares par semaine n’est pas contrôlable, c’est ce que Viennent de me confirmer les responsables de l’OFB de mon département.
    Seule l’interdiction d’agrainage est contrôlable, ils m’ont par ailleurs confirmé qu’ils n’avaient pas les moyens humains pour faire ce travail.
    L’autorisation de l’agrainage n’est absolument pas la solution pour réduire les dégâts.
    Seule une Libéralisation totale de la chasse permettra de reduire les dégâts.
    Il faut sortir des lois et réglementations chasse qui datent de 1970 et qui ont conduit à ces saccages désastreux, agricoles, sylvicoles et dans bien d’autres sphères.
    Il faut peettre aux victimes de ses saccages de défendre leurs productions.
    Liberer la chasse, 365 jours par an, 24/24 heures, légalisation généralisée des visions thermiques nocturnes.

    1. Jean 1
      21/08/26

      Chez nous ,l agrainage est INTERDIT, uniquement effectué par les techniciens de la fédé, notamment au moment des semis, arrêtez de généraliser et de raconter n importe quoi.

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