Beccaccia amore mio*, envoutante et rusée

Récemment, le passionné bécassier calabrais Giovanni Mastroianni nous a confié sa conception de la chasse à la bécasse et son engouement pour l’élevage et le dressage de ses setters anglais. L’attachant personnage revient cette fois pour parler de son amour sans faille envers la mordorée et évoquer ses « ruses ». Des propos intéressants qui n’engagent cependant que lui.

* Bécasse mon amour
Texte et photos : Par Giovanni Mastroianni

La bécasse est un oiseau magnifique et mystérieux. Entre mythe et réalité, elle renferme une série de caractéristiques qui lui confèrent une personnalité véritablement unique à l’échelle ornithologique et cynégétique. Elle est aussi une icône littéraire. Au fil du temps, de nombreux ornithologues, écrivains ou poètes se sont intéressés, ont été inspirés et ont disserté sur la reine du bois. En plus des innombrables ouvrages et articles traitant des observations naturalistes ou des techniques de chasse, des milliers d’histoires ont été rédigées sur la mordorée, allant du modeste essai littéraire rédigé par de simples passionnés à des pages inoubliables d’auteurs illustres. La littérature sur Scolopax rusticola est vraiment très riche.

Magique

Quelle est la raison particulière qui force l’intérêt pour ce volatile par rapport aux autres ? Qu’est-ce qui pousse les bécassiers à posséder un chien d’exception pour la croiser ? Qu’est-ce qui les entraine à rechercher la belle dans les endroits les plus reculés ? Toutes les formes de chasse aux chiens d’arrêt sont passionnantes, toutes donnent satisfaction. Mais la chasse à la bécasse est autre chose, sa quête est tout simplement merveilleuse tandis que l’oiseau est magique. Magique pour sa forme, pour ses couleurs, pour ses vols imprévisibles et pour les environnements qu’il fréquente. Magique aussi car il peut toujours être différent et impondérable. Magique car il ne peut pas être reproduit en captivité, donc il ne peut pas être apprivoisé. C’est un esprit libre.
En fait, c’est l’un des rares oiseaux vraiment sauvages qui habite encore des environnements non contaminés, entourés d’atmosphères fascinantes.
La chasse à la bécasse et la passion qui anime le bécassier sont synonymes d’intenses émotions. C’est un feu adent qui imprègne totalement. C’est une histoire d’amour avec le scolopacidé qui conduit à une perception poétique de tout ce qui l’entoure, une perception picturale du chien, de la campane, du fusil, des couleurs de la forêt, du parfum des feuilles mortes d’automne. Bref, c’est la sublimation de la chasse. L’auteur J.L. Soucasse, bien connu des lecteurs de Bécasse Passion a écrit à propos de tout cela : « C’est la sublimation, qui constitue l’essence même de cette chasse ». Bref, l’amour que le bécassier nourrit envers la bécasse est quelque chose d’incompréhensible pour la plupart. Ceci explique la raison de tant d’études, de tant d’intérêt littéraire et de tant d’intérêt pour la chasse. Malgré tout, la bécasse est, et restera toujours, un représentant de la gent ailée enveloppé de charme et de mystère et cela rendra sa chasse toujours plus imprévisible et toujours plus mythique. Aussi parce qu’il y aura toujours des bécasses qui seront « Les exceptions qui confirment la règle ».

Gibier rusé ou simplement défensif ?

Cela fait pratiquement 30 ans que je cours la bécasse jusque dans les coins les plus reculés des bois de ma terre bien-aimée de Calabre pour tenter de découvrir quels sont ses usages et coutumes. Et, après plus de 20 ans d’observations réelles effectuées sur ce merveilleux migrateur pour essayer de comprendre à quel point il peut être perspicace, spirituel et adroit, j’en suis arrivé à la conclusion personnelle que son intelligence ou sa ruse (qui est alors directement liée à l’intelligence) est fausse.

D’après mon expérience personnelle, ce que beaucoup définissent comme « ruse » n’est rien de plus qu’un fort instinct de survie. En fait, même ceux qui lâchent des rivières d’encre pour essayer de donner une explication aux mille astuces que la dame au long bec met en place pour se moquer de ses poursuivants n’ont jamais rien montré sur l’existence réelle des « trucs » qui lui sont attribués. Cependant, puisqu’il s’agit justement de la reine du bois, même si la raison domine l’imaginaire, le doute est vraiment fort. Donc, pour certains des comportements de la mordorée qui, aussi idéalisés et soulignés, pourraient friser la « magie », il est nécessaire d’apporter quelques précisions.

Tout d’abord, nous parlons d’un oiseau à la vue et à l’ouïe hyper développées qui, même au loin, grâce à ces deux sens, ressent très bien l’approche d’un prédateur, chien et chasseur compris. Autre élément d’une importance fondamentale, il faut considérer que les bécasses qui arrivent en Italie (Ndlr : comme en France d’ailleurs) sont déjà des migratrices expérimentées et averties, vétéranes de la forte pression de chasse à laquelle elles sont soumises. Ceci commence à partir de la fin de l’été, dans les pays d’Europe de l’est et du nord-est, y compris sur les zones de nidification et se poursuit jusqu’au début du printemps suivant. Ce gibier est donc chassé dans son aire de répartition environ 8 mois par an. De ce fait, des bécasses naïves, on en rencontre de moins en moins. C’est pourquoi il est intéressant d’énumérer quelques-uns des comportements défensifs dictés par l’extraordinaire instinct d’autoconservation de notre long bec favori pour échapper aux pièges des chiens et des chasseurs.

Effet surprise

Plantons le décor. Le chien est bloqué sur un terrain dégagé au couvert végétal bas où seulement quelques arbres sont disséminés çà-et-là. Le chasseur s’apprête à servir son auxiliaire canin. Or, la bécasse se sentant vulnérable va discrètement tenter de se dérober pour atteindre l’un des arbres, afin de trouver un refuge temporaire en attendant le bon moment pour prendre son envol derrière cet abri.
Son essor sera rapide et soudain. Il sera si surprenant qu’il ne laissera pas le temps au chasseur de risquer le moindre tir. Le même comportement se produira s’il y a un haut buisson à la place de l’arbre. En fait, la mordorée, dans de telles circonstances, adoptera toujours la même stratégie défensive. Entre sa voie de fuite et le chasseur et/ou le chien (c’est-à-dire le danger), elle interposera systématiquement un obstacle qui lui est favorable.

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Mort apparente

Passionnant travail du compagnon à quatre pattes, ferme cataleptique, le chasseur se positionne au mieux. Après un interminable moment d’attente, un vrombissement assourdissant révèle l’envol. Aussitôt, un coup de feu brise l’atmosphère feutrée des bois et interrompt la chandelle de la bécasse qui se ramasse sur elle-même et tombe au sol comme une pierre. C’est le terme d’une action digne d’un manuel. Le chasseur, satisfait de son tir, ouvre son arme tandis que son chien se prépare à rapporter.
Mais voici ce que l’inimaginable se produit. En effet, l’oiseau apparemment sans vie parmi les feuilles s’éloigne brusquement, d’un battement rapide de ses ailes, sous le regard incrédule et étonné du binôme de ses poursuivants. Est-il blessé ? Va-t-il tomber un peu plus loin sans vie ? Absolument pas, Il est en bonne santé et vivra. C’était simplement une autre de ses innombrables astuces.

L’attaque

Dans certaines situations, comme lorsque la bécasse se sent fortement pressée de tous côtés par le chien et le chasseur, elle décolle en direction du bécassier et fond littéralement sur lui. Est-ce là un instinct de survie ou une stratégie défensive calculée ? On ne le saura jamais (même si à mon avis c’est un instinct atavique). Le fait est que, le plus souvent, ce comportement incroyable permet à la fuyarde de s’en sortir indemne. En effet, le nemrod, plus souvent habitué à tirer des bécasses partant vers l’avant ou sur les côtés, se trouve déstabilisé quand l’oiseau lui fonce dessus car le tir est pratiquement impossible. Puis, lorsque la belle a dépassé l’homme et s’éloigne en zigzaguant, il est bien difficile de se retourner de garder son équilibre et donc trouver de bons appuis pour ajuster la cible.

Saut de crapaud

C’est un classique qui, je crois, est arrivé à chaque chasseur de bécasses au moins une fois dans sa carrière. Ainsi, pour se sortir rapidement d’un danger imminent, le plus souvent représenté par le chien, la mordorée fait un saut en avant ou sur le côté, tout comme celui du crapaud, ou bien elle réalise un petit vol puis se repose un peu plus en avant, mais pas plus de dix mètres. Extrêmement léger, son battement d’aile est lâche et très silencieux, à tel point que souvent chien et/ou chasseur ne le remarque(nt) même pas. La bécasse préfère adopter ce comportement plutôt que de s’envoler au loin car elle est parfois peu encline à quitter un site qui lui offre de la nourriture et un abri dans lequel elle se déplace comme la propriétaire des lieux. Ce faisant, elle économise non seulement de l’énergie qui peut être utile à d’autres occasions, mais garantit également une autre possibilité d’évasion.

« Trompe chien »

Le « trompe chien » est une expression du dialecte calabrais pour parler d’un autre comportement classique des bécasses, surtout palpable avec celles très légères de fin de saison. Cela se passe de la sorte : L’auxiliaire canin prend un point avec beaucoup d’assurance tandis que le chasseur se place le mieux possible pour faire feu. À un certain moment, le chien semble perdre sa concentration, devient hésitant, commence à douter et « interroge » le sol à plusieurs reprises.
De toute évidence, il a perdu le contact avec son objectif qui, pourtant, semblait très proche. Pendant ce temps-là, l’oiseau exécute un demi-cercle et se prépare à “tromper” le chien et le chasseur. En effet, ayant maintenant complètement perdu l’émanation qui le tenait attaché à la bécasse, le chien, surtout s’il n’est pas sujet aux faux arrêts, se met à chercher de manière désordonnée le gibier qui s’est déjà faufilé rapidement dans le dos de ses poursuivants. Et prend son essor sans essuyer, la plupart du temps, le moindre coup de fusil.

Odeur conservée

Parfois, il arrive d’abattre une bécasse et, même si les chiens passent et repassent sur le point de chute, il n’est plus possible de la trouver. Selon les chasseurs les plus expérimentés, l’explication, de science-fiction, est la suivante : « La bécasse est tombée blessée et retient son odeur pour échapper aux mâchoires des chiens. »

Scientifiquement, aucune explication ne peut justifier la rétention des molécules olfactives d’un oiseau. Physiologiquement parlant, on pourrait cependant supposer qu’un animal blessé et /ou très menacé pourrait modifier son odeur afin d’échapper à ses prédateurs. Mystères de la nature et, surtout, de la bécasse. De tout cela et bien plus encore vient le mythe des ruses ou des trucs de la bécasse.

Cloche et fantômes

Toujours avec les bécasses de fin de saison qui connaissent parfaitement le territoire et sont régulièrement dérangées par les mêmes « persécuteurs », il peut arriver que le chasseur voie son chien multiplier les arrêts sans, pour autant, jamais apercevoir une mordorée. À ce stade de la campagne de chasse, les belles des bois sont expertes en reconnaissance du son de la cloche qu’elles associent au danger.
Au moindre tintement elles s’envolent devant le chien à grande distance, au moins 50/100 mètres. Tout cela se passe dans un silence absolu, à tel point qu’au bénéfice de la densité de la végétation elles ne sont jamais vues. Parfois, le bécassier a la sensation de courir après des fantômes.

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