Alors que la Cour d’appel de Bourges devait enfin juger sur le fond l’affaire de braconnage massif en Sologne, les prévenus ont formé un pourvoi en cassation. Nouveau report, nouvelle manœuvre procédurale. Et toujours aucune réponse judiciaire au fond.
Trois années de faits, des aveux complets, et une audience attendue comme celle du basculement : le 13 novembre 2025, la Cour d’appel de Bourges devait enfin se pencher sur l’affaire de braconnage organisé qui secoue la Sologne depuis 2022. Six hommes poursuivis pour des actes d’une brutalité inouïe, méthodiques, assumés, sur une période de près de trois ans. Un procès qui, après l’annulation de la première procédure à Châteauroux pour vice, devait marquer le retour du droit face à l’impunité.
Mais à peine l’audience ouverte, la défense des prévenus dégaine un pourvoi immédiat en cassation. Motif : la Cour aurait décidé de lier le sort de la procédure au fond du dossier, sans traiter d’abord — une nouvelle fois — les vices potentiels. Conséquence directe : l’audience est renvoyée. Prochain épisode, peut-être, en juin 2026. Si la Cour de cassation a d’ici là rendu sa décision.
Une justice empêchée de juger
Pour l’Association départementale des chasseurs de grand gibier du Cher (ADCGG18), partie civile depuis le début du dossier, cette fuite en avant judiciaire est un naufrage pour la lisibilité de la justice. « Une fois de plus, tout est fait pour éviter que l’affaire soit jugée au fond, alors même que les faits sont reconnus », déplore Me Michaël Grienenberger-Fass, avocat de l’association.
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Présente à l’audience, prête à plaider, l’ADCGG18 ne cache pas son amertume. « Il ne s’agissait pas d’une simple infraction, mais d’une entreprise de destruction délibérée et répétée de la grande faune. Écrasements volontaires, pratiques indéfendables, contraires à toute éthique. Et malgré cela, la justice est encore empêchée de juger. »
Refuser l’amalgame, réaffirmer l’éthique
Depuis le premier jour, les chasseurs de grand gibier du Cher ont été aux avant-postes de ce combat. Loin de couvrir les exactions, ils les dénoncent, les poursuivent, les exposent. « Il est absolument inacceptable de laisser croire que ces actes relèveraient de la chasse. Ce sont des actes de braconnage pur, de saccage organisé. Être chasseur, c’est respecter la vie sauvage. Ces hommes-là ont trahi ce nom. »
L’ADCGG18, soutenue par l’Association nationale des chasseurs de grand gibier (ANCGG), entend bien aller jusqu’au bout. Et si le terrain pénal est paralysé, la voie civile reste ouverte. « La responsabilité civile des prévenus est posée. Et notre détermination intacte. »
Une mission : défendre la chasse, pas l’excuser
À travers cette affaire, c’est une ligne de crête que les chasseurs français revendiquent haut et fort : défendre une chasse responsable, éthique, codifiée, à rebours de tout laxisme ou violence gratuite. « La Charte nationale du chasseur de grand gibier fait de la lutte contre le braconnage une mission fondamentale. C’est au nom de cette charte que nous sommes présents, et que nous le resterons. »
Et cette présence, malgré les reports, les détours, les manœuvres, continue d’imposer une évidence : non, le braconnage n’est pas une affaire de chasse. Et tant que la justice ne pourra pas le dire, ce sont les chasseurs eux-mêmes qui s’en chargeront.
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