Le chasseur : bouc émissaire de la France méprisée

Chasse Actu
date 23 mars 2026
author Richard sur Terre

Dans un post anodin sur les réseaux sociaux, le mot « chasseurs » s’intercale entre « racistes » et « homophobes » sans que personne ne sourcille. Ce glissement dit tout d’un préjugé devenu si banal qu’il n’a même plus besoin de se justifier.

Relisez le post. Prenez le temps. Un utilisateur de Bluesky, en réponse à un fil sur les médias, dresse la liste des tares supposées de l’électeur-type du RN : raciste, homophobe, égoïste, borné. Et entre les deux, glissé comme une évidence : chasseur.

Personne ne réagit. Quatre likes. Un repost. La vie continue.

Le préjugé le plus dangereux est celui qu’on n’aperçoit plus

Edward Thorndike, psychologue américain, décrit dès 1920 un mécanisme qu’il appelle l’effet de halo : quand on associe un groupe à un trait négatif suffisamment fort, ce trait finit par contaminer tout ce qu’on lui attribue. Le groupe n’a plus d’identité propre. Il devient le réceptacle de nos répulsions.

Les chasseurs en font aujourd’hui les frais avec une régularité troublante. Dans les discours urbains et « progressistes », la chasse est devenue le signal d’un monde qu’on rejette : celui des campagnes profondes, des hommes taiseux, des traditions jugées obsolètes, d’une France que certains préfèrent ne pas regarder dans les yeux.

Un million de personnes réduites à une caricature

La Fédération nationale des chasseurs revendique plus d’un million de pratiquants. Un million. C’est davantage que le nombre d’habitants de Lyon. Ce seul chiffre devrait suffire à dissoudre n’importe quelle généralisation…et pourtant.

A lire aussi : 160 000 bénévoles dans la nature : quand les chasseurs ramassent les déchets

Ce qu’on leur reproche aux chasseurs, c’est pas vraiment la chasse. C’est ce qu’ils représentent dans l’imaginaire de ceux qui les stigmatisent : la ruralité sale, la « masculinité toxique » et le vote supposément honteux. Le sociologue Benoît Coquard l’a documenté avec une précision clinique dans Ceux qui restent : les classes populaires rurales n’ont pas attendu les réseaux sociaux pour sentir le poids du mépris de classe. Elles le portent depuis longtemps. Elles savent très bien reconnaître le moment où l’on parle d’elles sans leur parler.

Le paradoxe de l’antiracisme sélectif

Il y a quelque chose d’ironique dans le fait que ce type d’amalgame circule souvent dans des espaces qui se revendiquent de la lutte contre les stéréotypes. Comme si la vigilance contre les généralisations abusives s’arrêtait aux frontières des terroirs. Comme si « chasseur » était une identité dont on pouvait se moquer librement, sans que ça compte vraiment.

C’est pourtant exactement le même mécanisme. La même paresse intellectuelle. Le même confort du groupe qui se définit par opposition à ceux qu’il juge inférieurs.

Ce que ce post nous coûte vraiment

La stigmatisation n’est jamais gratuite. Elle a des effets. Elle creuse un peu plus le fossé entre deux Frances qui se regardent avec incompréhension et mépris mutuels. Elle rend impossible tout débat sérieux sur des questions pourtant légitimes. Et elle alimente, mécaniquement, le ressentiment qu’elle prétend dénoncer.

Ce post ne changera pas la face du monde. Son auteur n’en a sans doute aucune conscience, mais il a produit, en quelques mots, quelque chose d’assez révélateur de notre époque : la capacité à condamner les préjugés le matin et à en fabriquer de nouveaux le soir.

C’est ça, l’effet de halo. Il opère à l’insu de tout le monde. Et c’est précisément pour ça qu’il est difficile à combattre.

A voir en vidéo :

Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
Site officiel de Richard sur Terre →
Partager cet article
4 Commentaires :
  1. Pineau
    23/03/26

    Plutôt que s’offusquer en se croyant n’être qu’une identité parmi toutes celles que la bienpensance méprise et veut faire disparaître, il serait urgent de comprendre qu’à la base c’est l’identité française qui est visée, et que la chasse parfois est une composante de cette identité.
    Deux France sont aujourd’hui face à face, l’une est bien alliée et sait très bien ce qu’elle veut détruire, l’autre a intérêt de comprendre vite comment faire corps et se défendre.

  2. Jean 2
    23/03/26

    Bonsoir,l’amalgame est souvent utilisé en politique,par calcul et mensonge, mais aussi par l’individu ou le groupe, et là, souvent par ignorance ou par désinformation (à la mode en ce moment d’ailleurs)d’où l’importance d’avoir toujours l’esprit critique ,encore faut-il faire l’effort ,quand cet urbain se fait livrer sa pizza d’un clic,j’ai un doute, et quand le niveau à l’école baisse,j’ai encore un doute, et que certains croient que le poulet est né sous cellophane, je doute toujours .allons nous devenir les derniers indiens?

  3. gilbert
    24/03/26

    Il est vrai que les habitants des villages sont tous des brutes alevinées ignobles égoïstes et racistes. Alors pourquoi y a t il autant de bons habitants des villes qui achètent des propriétés dans « la France profonde » dans la diagonale du vide, pourquoi autant de touristes dans les fermes auberges les tables d’hôtes ? Je suis à « la campagne » et bien heureux d’y être. La nature idéalisée, rêvée et fantasmée n’est pas la nature réelle, celle qui colle la terre aux bottes celle qui abrite des insectes celle où l’automne venue il faut allumer au petit matin le poêle à bois. Oui c’est contraignant oui il faut le couper le stocker oui il y a de la fumée et des poussières et oui c’est beaucoup plus simple de tourner un bouton. Et oui la nature ce n’est pas Walt Disney ce n’est pas un gentil raton laveur avec son petit masque de voleur ou un mignon renard qui joue dans le jardin. C’est plus dur plus froid plus NATUREL.
    Le chasseur dans ce tableau a sa place il est un élément de la vie à la campagne et ne pas aimer la chasse n’est pas répréhensible. Il faut simplement garder raison et ne pas jeter de l’huile sur le feu de bois ne pas applaudir à la mort d’un chasseur ne pas considérer les chiens de chasse comme des sous chiens. Il faut venir voir et apprendre et peut-être que les choses seront accessibles. Je reste disponible avec mon toutou qui m’aide à écrire ces lignes.

    1. Jean1
      24/03/26

      Complètement d accord,l intox parfois totalement mensongère de certaines ong , jamais démentie,voir certaines médias fait son effet.il y a peu,enfant on traversait le village avec mon père,lui le fusil sur l’ épaule, le dimanche matin et tout le monde trouvait ça normal.j ai même une carte postale de 1930 ou le facteur faisait sa tournée avec le fusil en cas de croiser un lapin et pourtant le petit gibier abondait.

Soumettre un commentaire

Dans la même catégorie

Articles les plus récents