Attention, ce chien est d’extrême droite

Les plumes de Richard
date 24 septembre 2026
author Richard sur Terre

Chez Slate, un député RN qui caresse un chien révèle, sans forcément le savoir, tout un imaginaire fait d’ordre, de contrôle, de propriété et de nation. Cocasse.

Il faut se méfier des chiens parce qu’ils peuvent aussi trahir votre conception de la société. C’est en tout cas ce qu’on comprend en lisant cet article publié ce 23 septembre par Slate sur la manière dont « l’extrême droite politise la cause animale »

Vous le savez, le Rassemblement national communique pas mal sur les animaux : Marine Le Pen sur ses chats, Jordan Bardella sur son chiot, et des députés sur leurs bestioles respectives. Comme tous les responsables politiques, ils utilisent l’animal pour travailler leur image. Jusque-là, pas besoin de convoquer Pierre Bourdieu.

Mais Slate ne s’arrête pas là. Ils ont tout compris t’as vu : « Le chien est utile, il protège le foyer, la propriété… et par extension la nation », nous explique doctement l’article. Voilà. Deux caresses dans Paris Match et on est déjà rendus aux frontières nationales. Dieu sait qu’ici on ne fait pas de politique mais c’est quand-même à se tordre de rire.

Marine Le Pen, qui bordaille depuis des années avec l’animalisme, propose d’interdire l’abattage sans étourdissement. Slate observe, à raison, qu’une telle interdiction vise en priorité l’abattage rituel juif et musulman. Bon pas besoin d’avoir fait science po pour deviner que c’est plus dans la ligne politique du parti que de s’attaquer à l’agneau pascal. 

Mais ensuite, Slate nous enfume. Enfin il essaye. En convoquant notamment les colliers électriques. Le canard nous rappelle qu’en janvier 2023, l’Assemblée nationale a voté une proposition de loi visant à interdire certains colliers de dressage…et écrit que « les seuls votes contre sont venus du Rassemblement national ». Avant de demander pourquoi le parti défendait « le droit d’électrocuter son chien ».

Sauf que le scrutin officiel nuance grandement l’analyse futée du journal : parmi les députés RN ayant pris part au vote, 19 ont voté pour le texte, 5 contre et 6 se sont abstenus. L’Assemblée nationale précise même ensuite qu’Edwige Diaz, comptabilisée parmi les cinq votes contre, a signalé avoir en fait voulu voter pour. Elle s’est trompée quoi. Ce qui est assez inquiétant tout de même. 

A lire aussi : LFI tacle le RN sur la chasse des animaux protégés 

Alors oui, les votes contre enregistrés ce jour-là venaient du RN. Mais passer de 5 votes contre, face à 19 votes favorables dans le même groupe, à « le parti défend le droit d’électrocuter son chien » …ça demande quand-même une certaine souplesse. 

Alors bien sûr on peut critiquer le RN sur la condition animale (suivant de là où on se place). Il existe largement matière à examiner les contradictions entre les déclarations de tous les partis et leurs votes réels. Mais dans ce papier, on sent quand-même une légère envie de raconter une théorie écrite à l’avance.

Si le RN montre des animaux, c’est donc une stratégie de dédiabolisation. S’il défend certaines traditions rurales, c’est bien la preuve d’une « hiérarchie des vies animales ». Et s’il s’oppose à une mesure animaliste ? Soumission et contrôle, tranche l’article.

La conclusion convoque d’ailleurs le classement réalisé par L214 lors des élections européennes de 2024. Le RN y obtenait 0,42 sur 5, très loin des Écologistes, de La France insoumise ou du Parti socialiste. Si on considère bien entendu que L214 délivre le contrôle technique universel de l’amour des animaux. L214 évalue les partis selon ses propres revendications. C’est pratique, c’est sûr. 

C’est tordant, je vous dis : Slate entend montrer comment l’extrême droite politise la cause animale, et produit pour le démontrer un article dans lequel absolument tout rapport de l’extrême droite à l’animal devient politique. Vous voyez l’enfumade ?

Le chat est politique. Le chien aussi. La manière même de tenir le chien est politique ! Le fait qu’il protège une maison nous conduit à la propriété, puis à la nation…puis aux frontières. 

On pouvait pourtant faire plus simple hein. Oui, les partis politiques (tous à différents niveaux), tentent de séduire les électeurs sensibles à la condition animale. Oui, leurs positions peuvent être incohérentes et leurs motivations parfois discutables.

Mais un décryptage ça devrait servir à distinguer ce qu’on sait de ce qu’on suppose. Sinon, il se passe un truc cocasse : on entend surtout aboyer les biais de confirmation du décrypteur.

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Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
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