Faisan : la “success story”

Comme beaucoup d’espèces de petit gibier sédentaire, le faisan a lui aussi connu de sombres années avec des populations en chute libre depuis l’intensification de l’agriculture. Mais… Haut en couleurs, le faisan a su reconquérir les campagnes et donner un élan d’espoir pour les chasseurs de petit gibier. Là où la perdrix grise échoue un peu plus chaque année, le faisan a, petit à petit depuis les années 90’, redonné du baume au cœur grâce à ses populations sauvages en croissance constante.

Texte et photos : Margaux Huntress

La collecte des données

Depuis de nombreuses années déjà, l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (aujourd’hui l’Office Français de la Biodiversité), la Fédération Nationale des Chasseurs et le réseau des Fédérations Départementales et Interdépartementales des Chasseurs s’attachent à collecter des données pour évaluer la dynamique des populations du faisan commun. Ils s’appuient sur différentes méthodes de recensement (la battue à blanc, le percher ou le brancher – méthodes ne pouvant être appliquées à tous les milieux), mais plus particulièrement sur les comptages des coqs chanteurs au printemps. Cette méthode permet de connaître l’effectif reproducteur, ou ses variations, par le dénombrement des coqs territoriaux et l’estimation du rapport des sexes. Entre mars et juin, les coqs territoriaux émettent des chants audibles permettant ainsi de les repérer aisément et ce même à plusieurs centaines de mètres. Des points sont préalablement définis grâce à un maillage précis mettant en évidence des zones de 15 à 60 ha pour chaque observateur. Il doit être muni d’une paire de jumelle, d’une montre, d’un plan de la zone d’écoute au 1/5000 ou 1/10000ème et d’une bonne paire d’oreilles. Durant une première heure d’écoute, l’observateur note l’heure ainsi que la position des mâles reproducteurs.

Ensuite il arpente pendant une seconde heure sa zone de comptage pour préciser au mieux la position des faisans. Le comptage doit être répété une seconde fois dans les 15 jours et les meilleurs résultats seront retenus. Grâce à cette méthode réalisée chaque année depuis 1999 il a été démontré que les populations de faisan commun ont augmenté de manière importante et constante dans le grand quart nord-est du pays.

Attention, si aujourd’hui le faisan se porte bien et devient un oiseau dont il n’est pas rare de croiser le chemin, cela n’a pas toujours été le cas. En effet, aux prémices des campagnes de repeuplement les échecs ont été nombreux. Le faible caractère sauvage des oiseaux de repeuplement en fut la cause principale. Les oiseaux n’étaient absolument pas adaptés pour résister. On pense notamment à leur capacité à résister aux intempéries et leur aptitude au vol, essentielle face à une prédation toujours plus forte.

Un travail de fond !

Les oiseaux issus de souches d’élevage n’offraient pas non plus une reproduction suffisante pour installer une population sur un territoire de manière durable. Pour répondre aux demandes de repeuplement, l’ONCFS a mis en place un conservatoire des souches de faisan commun. Des géniteurs sont capturés chaque année sur des territoires français qui abritent des populations naturelles importantes. Elevés dans les Yvelines, au cœur du massif forestier Rambolitain jusqu’à leurs deux mois sur des parcours en herbes, ils sont ensuite transférés dans des grandes volières. Il s’agit de la fameuse souche sauvage dite F1. Aucun traitement ne leur est administré afin de les préparer au mieux face aux conditions naturelles et pour ne pas modifier génétiquement leurs capacités immunes.

Une étude menée par l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) a mis en évidence que les individus issus de souche sauvage ont un comportement de plus grande discrétion, une réaction d’évitement de l’homme plus forte ainsi qu’une meilleure aptitude au vol des faisandeaux. Et ces trois caractéristiques sont les trois piliers essentiels pour le maintien d’une population d’oiseaux sauvages de manière durable.

Grâce aux progrès accomplis en matière de repeuplement, principalement dû au travail effectué sur les souches de faisan commun, de nombreuses populations naturelles ont pu s’installer sur les territoires. Suite à cette première victoire, une forte demande a émané du terrain pour pérenniser cette réussite et affiner la gestion de cette espèce. Les études menées au début du 21ème siècle ont permis de proposer quelques règles de gestion sur les prélèvements tant d’un point de vue quantitatif que qualitatif.

Entre 2013 et 2016, une nouvelle étude de télémétrie de grande ampleur, sur plusieurs départements, est venue ajoutée une plus-value à la gestion de l’espèce en termes de démographie et d’utilisation du milieu dans le but de montrer qu’au-delà des individus, la gestion de l’habitat est primordiale. Deux grands paramètres y ont été étudiés : la survie des adultes et la reproduction. La survie des oiseaux dépend de beaucoup de paramètres. C’est notamment un taux moyen de 55% de survie qui a pu être démontré. Elle a également pu mettre en évidence que le taux de mortalité des poules est d’autant plus important en période printanière, correspondant avec la période de reproduction. En effet, les poules sont davantage sensibles à la prédation lorsqu’elles nidifient et défendent leurs poussins face aux prédateurs. La prédation est la cause principale de mortalité chez les faisans. Les principaux prédateurs, sans surprise, sont les renards et les fouines. Les collisions routières sont également un facteur important. Cette étude a également révélé que les poules n’affectionnaient pas plus particulièrement que cela les espaces cultivés que les autres milieux. En revanche, les milieux cultivés et non cultivés sont propices à l’installation des nids et le devenir des pontes y est bien meilleur. Quant aux zones vitales elles évoluent selon les saisons. En hiver, les cultures étant basses, les faisans sont obligés de se déplacer de couvert en couvert pour chercher de la nourriture et s’abriter, tandis qu’au printemps, le gîte et les ressources sont présentes en abondance, permettant ainsi de limiter leurs déplacements.

Une gestion de territoire indispensable

Contrairement à ce que beaucoup de chasseurs peuvent penser, le faisan n’affectionne pas particulièrement le bois pour y installer son territoire au printemps et pour y nidifier. Dans cet esprit, et pour aider les populations de faisan naturel à s’installer durablement, il est nécessaire de concentrer conjointement ses efforts sur deux points importants. Dans un premier temps, sur l’amélioration de l’accueil des individus en s’attachant à travailler sur l’habitat. Aucun résultat des différentes études menées met en évidence une sélection d’habitat dans le choix du domaine vital. Le faisan utilise l’habitat à la hauteur de sa disponibilité. En revanche, les milieux cultivés semblent être utilisés de manière très marginale en hiver car ils n’offrent que très peu de couvert. Les oiseaux sont ainsi bien plus vulnérables face aux prédateurs. Au printemps, les faisans affectionnent davantage les milieux cultivés, offrant couverts lors de la reproduction. 

Un maillage de parcelles cultivées, non cultivées, friches, bosquets ou encore haies semblent être l’habitat le plus adapté pour répondre aux différents besoins de chaque individu tout au long de l’année.

Cette offre de lisières, de milieux différents articulés de manière régulière permettra aux individus de se déplacer facilement pour rechercher nourriture mais aussi pour pouvoir trouver protection à proximité immédiate lors d’attaques de prédateurs. Il ne faudra pas oublier, si le territoire n’offre pas de ressource en eau naturellement via des mares par exemple, à apporter de l’eau tout au long de l’année et surtout en période de sécheresse. Autre point indispensable pour espérer faire perdurer les populations, il s’agit bien évidemment de la régulation des prédateurs et ce de manière régulière. Des prédateurs présents en trop grand nombre pourraient mettre en l’air tous les efforts réalisés. Piégeage et tir d’été semblent être deux méthodes efficaces lorsqu’elles sont réalisées conjointement.

Face aux résultats encourageants de bon nombre de territoires grâce aux campagnes de repeuplement, aux travaux menés en termes d’aménagement et aux efforts engagés dans la régulation des prédateurs, les plaines et milieux bocager reprennent vie. Quoi de plus agréable, pour tous les utilisateurs de la nature de croiser au coin d’un chemin ou d’une haie de si beaux oiseaux ? Là est peut-être le renouveau de milieux devenus désertiques. Et face à ce succès, les chasseurs peuvent peut-être se surprendre à rêver qu’un jour des solutions efficaces existeront également pour la belle des plaines, notre chère perdrix.

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