Folles couleurs d’automne en terres québécoises

L’automne au Québec est un enchantement qu’il faut absolument vivre une fois dans sa vie. La Belle Province, magnifique mais aussi parfois rude, est un « pays » de contraste où la nature a toujours le dernier mot. Elle est aussi, incontestablement, à certains moments de l’année, une merveilleuse terre de bécasses…

Texte et photos (sauf mentions contraires) : Rémi Ouellet

Pour les Européens et plus particulièrement pour les cousins Français, le francophone Québec déborde de stéréotypes dont, entre autres, les grands espaces et l’été indien même s’ils ont depuis longtemps perdu une part de leur candeur. Pourtant, il y a bel et bien là une magie qui opère en automne. En ce qui nous concerne, cette magie c’est la chasse de la bécasse d’Amérique, un gibier sauvage roublard et splendide. Sa sauvagerie est elle aussi haute en couleurs. Le phénomène chimique complexe lié à l’apparition des couleurs est jumelé à la photopériode qui commande la vie des animaux et la migration.

Dès le mois d’août, les habitants des forêts changent de comportements. Les oiseaux grégaires tels les sansonnets, les mainates et les vachers à têtes brunes, pour ne nommer que ceux-là, sont plus visibles. Ils se rassemblent en groupes de centaines d’individus et fréquentent les prairies. Le matin et le soir des voiliers de canards survolent les champs de céréales en escadrilles serrées à la recherche de reliefs de moisson. Certains oiseaux forestiers se préparent également. Ainsi, les bécasses qui au cours de l’été sont éparpillées sur de grandes surfaces se regroupent dans de jeunes peuplements le long des ruisseaux. Sur les places où nous en voyons 3 ou 4 en juillet elles sont désormais plus nombreuses. Elles se préparent pour la migration d’octobre qui va les mener à travers l’Amérique jusqu’au sud de la Louisiane du Texas et du Mississippi où elles passeront l’hiver.

Terre de bécasses

Durant la jeune histoire du Québec il y a eu une révolution dite : “tranquille”. Dans la foulée des années 1960, qui ont donné le coup d’envoi à ce que l’on pourrait appeler le monde moderne, le Québec s’est affranchi du joug de la religion catholique pour plonger littéralement dans la modernité. L’ère industrielle battant son plein, les campagnes se sont lentement dépeuplées au profit des agglomérations urbaines laissant d’immenses territoires cultivés en friche. Je vous laisse imaginer l’habitat idéal qui se créa pour Scolopax minor quand, au fil des ans, la nature a repris ses droits. Car, sachez-le, la bécasse d’Amérique n’est pas un oiseau de grandes forêts, elle évolue plutôt dans les jeunes peuplements de feuillus.
C’EST DANS CE GENRE DE BIOTOPE QUE LA BÉCASSE D’AMÉRIQUE TROUVE LE GÎTE ET LE COUVERT.
La bécasse d’Amérique n’est pas un oiseau de grandes forêts, elle évolue plutôt dans les jeunes peuplements de feuillus.
Les aires de coupes de bois en régénérations et les terres cultivées abandonnées sont de belles places à bécasses et à plusieurs autres espèces dont la gélinotte huppée et le lièvre d’Amérique. Retenez au passage que la belle au long bec vit 8 mois par an au Québec.

Les temps changent, nos enfants grandissent et quittent la maison, des amis prennent quelques rides, d’autres disparaissent, mais une chose demeure : la chasse de la bécasse. Que seraient les contrées de l’Amérique du Nord sans ce fabuleux oiseau ? Juste le fait de savoir qu’il revient des états du sud sous les étoiles pour se reproduire chez nous, au Québec, relève de l’exploit. La mordorée doit sur ce voyage braver des vents contraires et des tempêtes de neige tardives. Son trajet est jalonné d’obstacles, de montagnes, de gratte-ciels, de pylônes électriques et de parcs éoliens pour revenir nidifier près du boisé qui l’a vu naître. La bécasse est comme le saumon de l’Atlantique qui voit le jour dans une rivière, redescend à la mer pour revenir systématiquement pondre dans le cours d’eau où il est né.

L’évolution des conditions météorologiques, les changements de paysages (refaçonnés par l’homme au fil des ans) ajoutent aux embûches du voyage du charadriiforme pour compléter son cycle vital. Avec l’hirondelle, le chant nasillard du mâle bécasse dans la campagne annonce le retour du printemps. La croule du coq pour séduire une poule est spectaculaire. Après une suite de vocalises appelées « peent », il s’élance pour accomplir une série de figures aériennes très vives, ailes sifflantes dans l’air humide du soleil couchant. Cette danse nuptiale assez spectaculaire du mâle bécasse lui a d’ailleurs valu le nom de “Sky dancer ” dans la langue de Shakespeare. Au Québec, la chasse de la bécasse et des oiseaux migrateurs relève du gouvernement fédéral. L’ouverture générale et celle de la mordorée se situent le troisième samedi de septembre. Ce jour les bécassiers l’attendent avec fébrilité et leurs auxiliaires canins sont prêts, mentalement et physiquement.

Juillet…

La saison du bécassier québécois débute dès le premier juillet. Évidemment la chasse n’ouvre pas au cours de ce mois estival mais la loi nous autorise à aller au bois avec les chiens. À cette période, les jeunes de l’année ont atteint leur taille adulte et sont bien volants. C’est un réel bonheur que de se retrouver entre amis avec nos auxiliaires canins et de se régaler des premières notes des cloches tôt le matin, c’est un genre d’ouverture. Ces sorties estivales donnent un avant-goût de la véritable saison de chasse à venir. En été, les oiseaux sont éparpillés dans la forêt verte et dense.

Comme le mercure indique souvent plus de 30 degrés avec un facteur d’humidité très élevé, nous sortons les chiens très tôt pour bénéficier d’un peu de fraîcheur. Il faut bien avouer que sans l’aide du beeper il serait difficile de localiser nos compagnons à quatre pattes arrêtés sous les feuilles et dans les fougères. Dans ces conditions, à plus de 15 mètres le son de la sonnaille de NAY # 2 est fatalement étouffé par la végétation.

Août…

En août, les chiens qui sortent régulièrement retrouvent vite le tonus. C’est à la fin du mois que se manifestent les premiers signes du changement de saison. Parmi ceux-ci, la présence de forte rosée du matin. Avec subtilité la grande migration se prépare mais ne commence pas encore. Les bécasses se déplacent. Elles se regroupent sur les meilleurs terrains leur offrant abri et nourriture. Il n’est pas rare de dénicher des rassemblements de 8 ou 10 oiseaux le long d’un ruisseau là où la terre est meuble afin qu’elle y enfouisse son long bec en quête de vers.

Chaud Septembre…

Arrive enfin septembre avec sa féerie de couleurs et le grand jour de l’ouverture de la chasse à la bécasse mais aussi de la gélinotte huppée, notre fameuse « perdrix sylvestre ». Comme en plein été pour l’entrainement de nos chiens, nous chassons avant midi avant de nous accorder une longue pose pour reprendre en fin de journée afin de profiter de la fraîcheur des ombres. Depuis quelques années, soit depuis les chambardements climatiques, le temps chaud persiste tard en septembre.

Je me souviens de la décennie 1980 quand je débutais la saison avec une veste Barbour sur le dos et un foulard autour du cou. Ce temps là a disparu. Quoi qu’il en soit, le plaisir de chasser est toujours présent même quand il fait chaud.

Comme rien n’est statique, les boisés accueillants pour la gente bécasse changent et vieillissent vite. Il nous faut constamment être en quête de nouvelles places. C’est le crédo des bécassiers du Québec d’explorer et de prospecter.

En plus du vieillissement naturel de nos tènements, il y a l’évolution de la société, l’étalement urbain, la construction d’autoroutes et des parcs industrielles qui grignotent année après année les jeunes peuplements des zones périurbaines. Pour le chasseur clairvoyant la technologie moderne est un atout majeur. En plus des cartes papiers conventionnelles, il y a maintenant les cartes électroniques où sont indiqués les plans de coupes et les stades de régénération des essences. Ce précieux outil évite à bien des égards des déplacements inutiles en donnant en temps réel l’évolution du couvert forestier. Sachant que la bécasse affectionne les jeunes peuplements de 10 à 15 ans la prospection n’en est que plus précise et amène le chasseur sur les terrains prometteurs. Mais là encore rien n’est gagné. Il faut parcourir ces places avec les chiens pour apprécier la vivacité des sites répertoriés.

Enfin l’ouverture

Troisième samedi de septembre, le jour tant attendu est enfin arrivé. Malgré plus de 40 permis je dors toujours mal la veille de l’ouverture. Bah, c’est comme ça et c’est pareil pour les copains. Il y a déjà plusieurs jours que l’équipement est révisé, vêtements, chaussures, fusil, cartouches et colliers des chiens. Dès 7h00, les amis sont au rendez-vous. Le soleil brille. Rien de surprenant il en fut ainsi tout l’été. Nous devons marcher 1 kilomètre, nos auxiliaires en laisses, avant d’accéder à notre paradis. Il s’agit d’une ancienne ferme abandonnée il y a plus de 30 ans. La régénération naturelle est salvatrice pour la faune sauvage, autant pour la grande que pour la petite. Il y a des ours, des cerfs de Virginie que nous appelons « chevreuils » et parfois un orignal qui passe.

La végétation est dense. Les arbres sont en feuilles et le sol est recouvert de broussailles, de framboisiers, de hautes herbes, de terribles ronces tranchantes comme des lames ou encore de fougères qui font en sorte que lorsque les chiens prennent un arrêt la fenêtre de tir est limitée. Il y a aussi le cornouiller sanguin que nous appelons hart rouge dont les longues et fines branches de couleur rouge sang s’entrelacent et forment une infranchissable barrière quand vient le temps de monter servir les chiens à l’arrêt. Graduellement, il y a également l’aulne, le noisetier, le peuplier faux tremble et le bouleau. Quelques érables et merisiers croissent lentement ici et là et enfin on trouve les résineux. Ces exploitations agricoles abandonnées sont de plus en plus rares, il faut garder le secret sur ces sites. Les prairies se referment petit à petit mais le phénomène est lent et laisse toujours de bénéfiques trouées. Les bécasses affectionnent le pourtour des ouvertures. Ce sont des places de choix pour la qualité de l’abri qu’ils procurent.

UN TABLEAU DE CHASSE QUÉBÉCOIS AUX MAGNIFIQUES COULEURS D’AUTOMNE.
Les pourtours des ouvertures sont des places de choix pour la qualité de l’abri qu’ils procurent.
Rendus sur place nos chiens s’excitent pendant que nous les équipons des colliers supportant les cloches et les sonnaillons électroniques avant de les découpler sur ce beau plateau enluminé par les couleurs de l’automne. Nos auxiliaires sont heureux. Parmi ceux-ci se trouvent deux setters et un pointer qui ont été démarrés à l’ancienne, exclusivement sur gibier sauvage. Nous n’utilisons pas le collier de dressage parce que nous n’en voyons pas l’utilité. Nous prenons notre temps et nos protégés nous comblent. Ils sont de brillants chasseurs dotés d’arrêts fermes. C’est toujours un bonheur que d’entendre le concerto de clochettes et de voir ces athlètes travailler avec avidité. Soudain le roulement des sonnailles cesse. Les chiens sont loin, du moins ils semblent loin. C’est l’illusion dû au couvert végétal. Les beepers en harmonie, le trio canin est là. Il indique la pointe d’une frange de peupliers. Pour s’échapper l’oiseau devra sortir de la canopée. Ces instants sont d’une extrême intensité, les yeux sont exorbités, les mains crispées sur le fusil tandis que le son lancinant des sonnaillons qui ne semble pas déranger outre mesure ni l’oiseau, ni les chiens.

Quand la pression fait exploser le couvercle de la marmite c’est l’apothéose. La bécasse choisit l’envol en chandelle et traverse les feuillages. Bruit d’ailes, boucan des cloches qui s’affolent la manœuvre a réussi… Elle a gagné. Nous la perdons de vu 2 secondes pour l’entrevoir une dernière fois avant qu’elle ne disparaisse derrière le mur de forêt.

Roublardes locales

Les bécasses d’ouverture sont nées ici, elles connaissent le terrain par cœur. Vu à hauteur d’homme la végétation semble impénétrable mais quand on se baisse et que l’on regarde attentivement, le sol est dégagé sous les fougères. Les oiseaux s’y déplacent allègrement et à grande vitesse. Il y a 40 ans nos mordorées québécoises avaient la réputation de tenir devant le chien, de ne pas piéter. Or, depuis 20 ans c’est différent.

Les natives, celles que nous appelons les « locales » se défilent à patte sous le couvert à une vitesse ahurissante pour échapper au travail des limiers. Ce sont surtout les jeunes chiens qui se laissent prendre au jeu. Il n’est pas rare que le débutant arrête ferme un oiseau qui s’envole 20 mètres plus loin. C’est au fil des rencontres, et elles sont nombreuses, qu’il prend confiance et qu’il ajuste ses distances. Les actions « bécassières » ne manquent pas au Québec. A l’ouverture, les arrêts se succèdent comme les tirs et les rires au cours de cette journée qui sonne le coup d’envoi de la saison dans les folles couleurs de l’automne.

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