La fièvre du brocard

Le tir d’été du brocard suscite un engouement croissant qui se confirme par une augmentation de l’offre de bracelets proposés par les ACCA aux chasseurs extérieurs. C’est un bel et difficile exercice qui s’adresse à un gibier aux ressources insoupçonnées.

Par Pascal Durantel

Il est vrai que le plus petit de nos grands gibiers a tout pour séduire, offrant d’abord l’avantage de sa disponibilité : il est présent partout, des grandes plaines picardes, beauceronnes ou berrichonnes aux sombres forêts vosgiennes et landaises, des bocages bourbonnais, gersois, vendéen, breton ou normand aux garrigues méridionales, des zones escarpées de montagnes aux étendues arides des causses. En outre, sa chasse ne coûte pas une fortune : de nombreuses ACCA revendent des bracelets à coûts réduits aux chasseurs extérieurs qui en font la demande. Et si vous ne trouvez pas votre bonheur en passant en direct par une communale, plusieurs prestataires très sérieux proposent des packages complets incluant hébergement, bracelets et guidage sur des territoires spécialement sélectionnés pour leurs fortes densités en beaux brocards.

Même si sa chasse, en tout cas celle qui se pratique en battue, ne suscite certainement pas le même engouement que celle de la bête noire, le chevreuil est très prisé des chasseurs à l’approche qui lui vouent un culte sans partage. Il est le gibier du débutant comme celui de l’expert, autour duquel s’est structurée toute une économie, notamment dans le Sud-Ouest, qui permet aux ACCA d’équilibrer leur budget. Notre ami Antoine Hémond, un amoureux de cette pratique subtile ne tarit pas d’éloges à son propos.

Menant une existence secrète, il est à la fois commun et méconnu s’enthousiasme ce grand spécialiste de l’approche. Certes il ne possède pas l’aura du cerf ou du chamois, mais sa chasse n’en demeure pas moins passionnante car difficile et nécessitant un long apprentissage.

Autre attrait et pas des moindres pour Antoine : l’animal porte souvent un trophée original, dont l’architecture des bois peut se révéler tout à fait inattendue. On parle alors de tête bizarde. Cette manifestation parfois très spectaculaire, temporaire ou définitive peut être d’origine hormonale. Plus régulièrement, il faut rechercher dans ces anomalies des causes accidentelles, les effets d’une quelconque pathologie ou bien des conditions d’existence difficiles. « Chez le brocard, la normale est presque l’exception » notait d’ailleurs le général Manhès d’Angeny, grand spécialiste du chevreuil dans les années 1950, à propos des irrégularités observées sur le trophée du petit cervidé.

Des anomalies fréquentes chez le chevreuil

La tête bizarde est une étrangeté que l’on retrouve plus régulièrement chez le chevreuil – elle affecte jusqu’à 10% d’une population – que chez le cerf (2%) ou le daim. La structure individuelle des bois, leurs dimensions et leur poids témoignent plus des conditions d’existence subies par l’animal ou d’éventuelles pathologies que de l’hérédité. Ainsi, le brocard développe des bois à l’aspect très variable d’une année sur l’autre, sans que l’on puisse mettre en parallèle l’aspect du trophée et le patrimoine génétique de l’animal. Les raisons des anomalies observées ont été clairement identifiées : si les bois du chevreuil présentent autant d’irrégularités, c’est tout simplement car le petit cervidé, au contraire des autres membres de sa famille, refait sa tête en hiver, à une époque où il est logiquement plus exposé aux rigueurs climatiques et aux carences alimentaires. L’animal se trouve en état de moindre résistance à une époque où son organisme, très sollicité, doit fournir un effort considérable pour refaire ses bois. Au fil du temps, on observe ainsi une évolution du trophée en dents-de-scie, comportant des variantes qui peuvent s’étendre à toute une population : les spécialistes évoquent des « bonnes » et des « mauvaises années à bois ». L’apparition des têtes bizardes les plus spectaculaires (mitres d’évêque et perruques) se trouve en relation directe avec un dérèglement hormonal lié à un dysfonctionnement testiculaire, lui-même dû à une castration ou à une atrophie des organes génitaux.

Certains brocards portent aussi des dagues indéfiniment. On les appelle assassins, sans doute en raison des blessures qu’ils peuvent alors infliger à leurs congénères. Chez les brocards dit à boutons, les bois ne se développent pas, se résumant à deux moignons sur les pivots. Ce phénomène est plus fréquent que la perruque ou la dague. L’animal peut aussi ne porter qu’une seule dague. Baptisé licorne, son trophée est très convoité.

La conquête d’un beau trophée de brocard à l’approche figure parmi les quêtes les plus exaltantes du chasseur de grand gibier. Le déduit qui nécessite vraiment de rentrer dans l’intimité de l’animal constitue la meilleure des écoles pour s’initier à l’approche des grands animaux, qui ouvre la porte à toutes les autres, du gibier de montagne aux animaux africains. La chasse à l’approche du brocard est aussi et surtout – on l’oublie trop souvent – un outil de gestion. « Tirer est la portée de n’importe quel chasseur ; ne pas tirer est l’apanage du grand chasseur ». En quelques mots, Tony Burnand résumait bien le principe du déduit, qui consiste avant tout à effectuer des tirs sélectifs de manière à maintenir un bon équilibre entre les âges et les sexes ratios, et de favoriser ainsi un accroissement optimal des populations de chevreuil. Il va sans dire que cette chasse requiert une parfaite connaissance du territoire, des habitudes et de la biologie des animaux.

Privilégier le tir sélectif

« On oublie trop souvent cette logique de sélection », souligne Antoine Hémond, qui fut un temps guide conseil chez Orchape et s’est ainsi forgé une solide expérience de chasseur à l’approche. Antoine aime autant cette quête pour sa dimension « contemplative » que pour la notion de gestion à long terme qu’elle nécessite.

La quête de grands trophées n’est pas l’unique but de l’approche. En tout cas, ce n’est pas une priorité mais une finalité, la récolte d’un bel animal devant être considérée comme la récompense d’une bonne gestion préalable souligne t’il. Quand vous chassez le brocard, vous opérez toujours dans le souci d’améliorer l’espèce en éliminant les déficients au profit des bien constitués. 

Aujourd’hui, de nombreuses ACCA multiplient les offres aux chasseurs étrangers. La démarche favorise un développement économique de bon aloi structuré autour de la vente des bracelets d’été par les communales qui équilibrent ainsi plus facilement leur budget. Ceci malgré quelques dérives, dont ces sociétés qui réservent l’intégralité de leur plan de chasse chevreuil aux chasses individuelles à l’approche ou à l’affût. Il faut en effet prendre garde aux conséquences du sur prélèvement de mâles ainsi effectué, qui peut générer à terme des déséquilibres dans les sexes ratios, et faire chuter les effectifs d’autant plus sûrement les années où s’ajoute à ces prélèvements sélectifs une surmortalité ponctuelle. Pour éviter la raréfaction des grands brocards et revitaliser les effectifs, mieux vaut donc limiter le nombre de bracelets d’été accordés.

Un bon compromis consiste à n’utiliser que la moitié des attributions, et ne faire tirer que de vieux brocards, âgés d’au moins 5 ans, uniquement lors du rut. Tous les animaux plus jeunes, surtout s’ils sont prometteurs et quelque soit la qualité de leur trophée doivent être épargnés pour réduire l’impact génétique des prélèvements.

Ces fameux vieux brocards sont des fantômes insaisissables qui ne se dévoilent que fortuitement aux heures crépusculaires. Ils ne sont pas seulement très discrets mais occupent aussi, en dehors du rut, des remises improbables. D’une manière plus générale, ils montrent une nette tendance à adopter des comportements inhabituels. Toutes ces particularités vous obligent à rentrer dans l’intimité de l’individu convoité, de façon à bien connaître ses habitudes et les emplacements qu’il fréquente. A retenir cette première vérité : les plus vieux brocards sortent toujours les derniers le soir, et les premiers le matin. On ne les voit généralement que très fugitivement, souvent à l’extrême limite des horaires légaux de chasse, toujours à la minute près aux mêmes heures et aux mêmes endroits. Notez que ces animaux peuvent aussi sortir à découvert en pleine journée, notamment entre 11h et 13 h pour se dégourdir les pattes ou s’alimenter. Vous les cherchez tôt le matin ou en fin de soirée, alors qu’ils ne se livrent que vers midi !

Les précautions à prendre

Ceci nous amène à un autre constat : la nécessité, pour parvenir à nos fins, de changer nos habitudes. Ainsi, l’emplacement de la remise principale d’un vieux brocard se trouve généralement toujours au centre du territoire, dans un endroit très sale dont la superficie n’excède pas quelques dizaines de mètres carrés. Il peut s’agir d’un site complètement improbable où nul ne songe à le chercher : le talus bourru d’un axe routier, une grosse haie en plaine, une île sur un étang ou un fleuve ou tout autre endroit jamais chassé bénéficiant de la plus parfaite quiétude.

Quand vous cherchez cet animal observé une seule fois, outre la discrétion requise, veillez donc aussi à varier vos heures de sorties. Vous devez mener votre quête comme celle d’un grand élan ou un vieux maral, en limitant vos déplacements au strict minimum, car ils laissent toujours des odeurs et autres indices de votre passage susceptibles de l’alerter : branche cassées, herbe foulée…. S’il soupçonne le moindre danger, l’animal videra les lieux et n’y reviendra plus : un vieux brocard offre rarement une seconde chance ! Il sait reconnaître vos itinéraires de repérage et s’en tient très à l’écart, se méfie du son particulier de votre véhicule, surtout quand vous restez fidèle à des plages horaires.

La plus grande discrétion s’impose dans l’approche, en prenant garde à la direction du vent bien sûr, mais aussi aux parties claires de notre anatomie, mains et visage qui doivent être masquées, le brocard étant très attentifs aux contrastes suspects. Nous ne vous apprendrons rien en vous recommandant aussi le plus grand silence, le moindre craquement de brindille, froissement de feuille sèche ou d’un vêtement qui s’accroche à la végétation, le claquement d’une culasse suffisant à alerter l’animal soupçons et peut même les faire fuir.

Bien employer l’appeau

Devenu très en vogue, l’appeau est efficace à condition de savoir s’en servir. De très nombreux échecs surtout quand on chasse plus spécifiquement les vieux brocards sont imputables à une mauvaise maîtrise de cet accessoire utilisé par un (trop) large public hélas souvent mal formé, et qui l’emploie de manière abusive. Résultat : sur de nombreux territoires, les brocards n’y sont plus du tout réceptifs, l’appeau éveillant même leur méfiance.

Cet outil doit donc être employé avec modération, pendant le rut plutôt qu’en juin. Le rut est sans aucun doute la période la plus propice pour chasser les vieux brocards, dont le comportement territorial s’exacerbe, qui se déplacent davantage et se livrent plus volontiers à découvert. Selon le modèle utilisé, l’appeau est censé imiter plusieurs cris : l’appel du faon qui attire la mère et le brocard à sa suite, celui de la chevrette en chaleur, de celle malmenée par un mâle en rut, ou encore le halètement caractéristique du jeune brocard poursuivant une chevrette. .

Il ne fait aucun doute que le tir d’été du brocard est un phénomène qui prend de l’ampleur, notamment grâce à ces structures qui proposent des séjours sur mesure parfaitement organisés. Et l’engouement se confirme d’autant plus que cette chasse reste très accessible, ce qui n’est pas forcément le cas du gibier de montagne ou du cerf, dont le tir à l’approche nécessite des budgets plus conséquents. Sans aucun doute, la fièvre du brocard n’est pas près de retomber car cette chasse offre tous les plaisirs d’une quête authentique, ce sentiment de liberté éprouvé à la poursuite d’un animal prestigieux, en communion avec la solitude et les éléments.

Reconnaître un vieux brocard

Stature, silhouette et couleur du pelage sont des critères assez fiables de reconnaissance. On observe ainsi un changement de physionomie dû à l’élargissement du crâne, qui le fait paraître plus court, tout en formant un triangle plus ouvert. L’apparition de fortes ganaches renforce cette impression. Le port de tête, qui s’incline au fil du temps devient horizontal et non plus haut et fier comme c’est le cas chez l’adulte en pleine force de l’âge. On observe un déplacement du centre de gravité vers l’avant. Le dos s’arrondit, tandis qu’une tache claire entoure l’œil. A partir de 6 ans, la face devient uniformément grise, et la partie pré orbitale s’éclaircit encore.

Le Salon de la Chasse et de la Faune Sauvage 2023

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