Face à une série d’attaques d’ours, dont une mortelle, la Slovaquie autorise l’abattage massif de 350 spécimens. Une décision qui défie les règles européennes et relance le débat entre protection de la faune et sécurité des populations.
“Nous ne pouvons pas vivre dans un pays où les gens ont peur d’aller dans les bois.”
Robert Fico, Premier ministre slovaque.
La phrase a le mérite d’être claire, et elle signe un tournant. Après plusieurs attaques — parfois mortelles — de plantigrades, la Slovaquie a décidé de reprendre le contrôle : 350 ours pourront être abattus. Une décision rare en Europe, et aussitôt qualifiée « d’illégale » par les défenseurs de la faune sauvage.
Mais dans un pays où les forêts ne sont pas un décor de carte postale mais un espace de vie, de travail, de cueillette, de chasse et de promenade, le retour en force de l’ours brun n’a rien d’anodin.
Un prédateur protégé, mais de moins en moins toléré
Officiellement, les ours sont protégés par une directive européenne. Dans les faits, ils sont de plus en plus nombreux : 1 300 pour un pays de 5,4 millions d’habitants, soit un ratio sans égal en Europe de l’Ouest. Et leur présence n’est pas qu’une affaire de chiffres. Dimanche dernier, les restes d’un homme attaqué par un ours ont été retrouvés dans le centre du pays. D’autres attaques ont déjà eu lieu. L’émotion publique a fait le reste.
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En mai 2024 déjà, le Parlement slovaque avait tenté d’assouplir le régime de protection de l’espèce. Mais Bruxelles veille. Officiellement, seules les bêtes « problématiques » peuvent être tuées. Ce que les défenseurs de l’environnement traduisent par : quasiment aucune. Car dans les faits, les chasseurs slovaques, selon une enquête, n’ont jamais tué d’ours réellement responsables d’attaques sur des humains.
Prévention ou réaction ? L’écologie dans son dilemme
Face à la décision du gouvernement slovaque, les ONG ont réagi avec virulence. Pour elles, le problème n’est pas l’ours, mais l’homme. « Il faut éduquer les populations à la sécurité dans la nature », réclament-elles. Traduction : changeons nos habitudes, pas celles des grands carnivores. Ce discours, s’il est cohérent avec une vision très intégriste de la protection de la nature, est-il encore entendable dans un pays où la population, elle, n’a pas choisi de cohabiter avec un prédateur ?
L’affaire renvoie à un dilemme fondamental de l’écologie politique : faut-il adapter l’homme à la nature, ou la nature à l’homme ? En Slovaquie, le choix semble fait. Le gouvernement n’hésite plus à invoquer l’état d’urgence et annonce clairement la couleur : 800 ours, ce sera le seuil acceptable. Au-delà, c’est non.
La tentation roumaine
La Roumanie, de son côté, a déjà ouvert la voie. Avec environ 8 000 ours — un record hors Russie — le pays a autorisé l’abattage de près de 500 bêtes. Là encore, Bruxelles proteste. Mais les États commencent à répondre : peut-on gouverner un pays à distance en imposant une cohabitation avec des espèces potentiellement dangereuses ?
Ce que la Slovaquie nous dit : le retour du réel
L’épisode slovaque pourrait bien être un signe. Celui d’un retour du réel, où les gouvernements nationaux se réapproprient des décisions de terrain face à des injonctions théoriques. Là où certains rêvent d’un monde où l’homme et l’ours se croisent paisiblement dans les clairières, d’autres rappellent que les montagnes ne sont pas des parcs d’attractions, et que la protection d’une espèce ne saurait valoir plus que la sécurité d’un village.
A voir en vidéo :
C’est malheureux mais ces grands prédateurs n’ont plus leur place dans ce monde , l’urbanisation c’est trop étalée sur les territoires et leurs proies trop dispersées sont difficilement accessibles . Dans certaines régions les colonies de vautours sont tellement importantes et les charognes tellement rares qu’ils sont obligés d’attaquer le bétail dans les prés pour survivre .