Le renardeau, le préfet et la fabrique d’un martyr

Chasse Actu
date 21 août 2026
author Richard sur Terre

À Tassin-la-Demi-Lune, un jeune renard mordeur doit être abattu sur décision de l’État. Un centre de soins propose de le sauver. Derrière la question légitime de son sort se joue une pièce de théâtre jouée 1000 fois.

Il lui fallait d’abord un visage. Ce sera celui d’un jeune renard qui déambule depuis plusieurs semaines dans les rues de Tassin-la-Demi-Lune, près de Lyon. Peu farouche, probablement habitué à l’homme, l’animal a mordu au moins deux personnes début août. La préfecture du Rhône a donc missionné la louveterie pour procéder à sa neutralisation, invoquant la protection de la population et le risque sanitaire.

Puis arrive le deuxième personnage indispensable à toute bonne histoire : celui qui veut le sauver.

Le centre de soins L’Hirondelle propose de capturer le renard, de le placer en quarantaine et d’observer son comportement avant toute décision définitive. L’association assure disposer des installations et des compétences nécessaires. Sur ce point, sa demande n’a rien d’absurde. Le droit sanitaire prévoit lui-même la surveillance vétérinaire d’un animal mordeur lorsqu’il est possible de s’en saisir sans l’abattre. Il est donc parfaitement légitime de demander à la préfecture pourquoi elle estime ici le tir préférable à une capture.

Mais autour de cette question technique parfaitement sérieuse s’est déjà mise en marche une autre machine.

En quelques jours, le renard de Tassin n’est plus seulement un animal sauvage au comportement anormal dont une administration doit gérer le risque. Il est devenu « le bébé renard ». Une pétition est lancée. Les publications se multiplient. L’Hirondelle appelle directement ses sympathisants à interpeller le préfet et la DDT, demande de reprendre son logo en photo de profil « pour amplifier la mobilisation » et obtient plusieurs milliers de signatures. Le 20 août, Lyon Capitale en comptait déjà plus de 4 400.

C’est une mécanique de communication extraordinairement efficace, parce qu’elle organise dès le départ une compétition que l’administration ne peut , pour ainsi dire, pas gagner.

D’un côté, un petit renard hautement instagrammable, jeune, isolé, auquel on promet la vie. De l’autre, une Direction départementale des territoires, un arrêté, un lieutenant de louveterie, une procédure sanitaire et cette phrase ingrate entre toutes : « protection des populations ».

Essayez donc de faire battre les petits cœurs avec ça.

Le phénomène dépasse largement Tassin. Une bonne partie de la communication contemporaine des associations animalistes consiste précisément à individualiser ce que l’État ou les gestionnaires doivent traiter comme une situation collective.

Cette personnalisation produit ensuite son propre feuilleton.

Le renard est condamné. Puis il faut le sauver. Une association propose une solution. L’administration refuse. Une pétition démarre. Les médias locaux s’en emparent. Une réunion est obtenue. Chaque nouvel épisode fournit une publication, une relance et une raison supplémentaire de mobiliser. Un animal dont personne ou presque n’avait entendu parler quinze jours plus tôt devient un symbole national.

A lire aussi : Renards : le service public au garde-à-vous derrière l’ASPAS

Et celui qui veut rappeler pourquoi l’État s’en est mêlé part avec vingt mètres de retard.

Car il y a tout de même des personnes mordues. Au moins deux selon les informations les plus récentes, contrairement au chiffre de quatre personnes repris ailleurs. Selon RTL, l’une des personnes mordues a dû être opérée et a reçu un traitement préventif contre la rage. 

Une administration confrontée à un animal sauvage anormalement familier qui mord en pleine zone urbaine n’a pas seulement à se demander comment préserver cet animal. Elle doit aussi se demander ce qui se passera à la prochaine morsure, notamment si elle décide de laisser perdurer la situation alors qu’elle en connaît désormais l’existence.

Ce risque est médiatiquement beaucoup moins rentable. Une prophylaxie antirabique, une procédure vétérinaire ou la responsabilité d’un préfet ne possèdent évidemment pas la puissance émotionnelle d’un renardeau promis à la mort.

Alors évidemment : celui qui n’a qu’un animal à défendre peut se permettre une position absolue quand celui qui doit protéger tout le monde doit arbitrer. Et celui qui arbitre finit presque toujours par apparaître plus froid que celui qui réclame qu’on sauve.

Cela ne signifie pas que la préfecture a nécessairement raison.

Au contraire, si L’Hirondelle peut réellement capturer le renard rapidement, sans exposer davantage la population, le placer dans des conditions réglementaires de surveillance et garantir qu’un animal fortement imprégné par l’homme ne sera pas simplement relâché ailleurs pour recommencer, alors l’État devra expliquer sérieusement pourquoi il refuse cette solution. Le fait qu’une association maîtrise parfaitement les ressorts émotionnels d’une affaire ne rend pas ses arguments techniques faux.

Mais l’inverse est tout aussi vrai : une photo attendrissante et quelques milliers de signatures ne transforment pas une décision de sécurité publique en barbarie administrative.

C’est peut-être finalement tout l’intérêt de ce petit renard de Tassin. Son sort mérite d’être discuté. La possibilité de le capturer mérite d’être examinée. Mais il offre surtout un cas d’école de notre rapport contemporain à la faune sauvage : dès qu’un animal peut recevoir un visage, un nom et une histoire, celui qui promet de le sauver possède immédiatement le beau rôle. Pendant que celui qui doit répondre de ce qui arrivera s’il mord encore garde le mauvais.

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Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
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4 Commentaires :
  1. Calila
    21/08/26

    Ca fait du bien un peu de sagesse sur ce sujet… merci.

    1. Taklow
      21/08/26

      Il y a un SDF dans ma rue. Il n’est pas très propre, parfois il boit trop… mais il est sympa! Dois-je lui conseiller de mordre quelques passants pour qu’un refuge accepte de le prendre en charge (je prendrai une photo de lui avec son visage triste pour le plan com..!?). C’EST Q’UN RENARDEAU P….!

      1. Jean 1
        22/08/26

        Complètement d accord, certains placent l animal au dessus de l humain, certains s éteignent dans la misère et l indifférence .cela ne veut pas dire ne pas s occuper des animaux mais il me semble qu il y a des priorités.

  2. Pineau
    24/08/26

    Je crois que ça aurait mérité un concert de chanteurs engagés.

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