Les agriculteurs en colère

Chasse Actu
date 23 janvier 2024
author Léa Massey

À l’approche des élections européennes, les agriculteurs français expriment un mécontentement grandissant, mobilisant leurs forces contre diverses sources de frustration.

Image d’illustration

Les raisons de leur colère s’étendent de la hausse des charges aux retards de paiements des subventions agricoles, en passant par l’interdiction de pesticides autorisés ailleurs et le sentiment d’être écrasés par des normes au nom de la transition écologique.

Depuis l’automne, le monde agricole est secoué par des actions symboliques, telles que le retournement de panneaux de signalisation, une expression de ras-le-bol face à un sentiment d’abandon des pouvoirs publics dans un contexte difficile de transition climatique. La colère des agriculteurs s’est intensifiée avec le blocage de l’autoroute A64 et des rassemblements rappelant les manifestations des « gilets jaunes », soulignant ainsi une profonde insatisfaction des campagnes.

Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a souligné l’importance de redonner une forme de dignité au métier d’agriculteur, mettant en avant les préoccupations liées aux revenus et à la compétitivité. La rencontre entre le premier ministre, Gabriel Attal, et les représentants agricoles n’a pas abouti à une levée des actions, les agriculteurs exigeant des décisions concrètes pour répondre à leurs préoccupations.

Les agriculteurs dénoncent également la lenteur du gouvernement à mettre en œuvre la « simplification » administrative promise. Ils expriment leur frustration face à l’accumulation de normes au nom de la transition écologique, soulignant le décalage entre la réalité de leur pratique sur le terrain et les décisions administratives centralisées, souvent édictées à Bruxelles ou dans les capitales européennes.

La colère est également alimentée par la hausse des charges, les retards de paiements des subventions agricoles et l’interdiction de pesticides autorisés ailleurs. Les agriculteurs se sentent écrasés par des contraintes réglementaires de plus en plus lourdes à supporter, notamment dans le contexte de la mise en place de normes écologiques. Le rejet du projet législatif visant à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires chimiques et l’interdiction de prolonger les dérogations pour les terres en jachère en 2024 contribuent à exacerber leur mécontentement.

La situation est complexe, avec les agriculteurs critiquant également la stratégie de verdissement de l’agriculture européenne, le refus de Bruxelles de prolonger les dérogations pour la mise en culture des terres en jachère, et d’autres sujets liés à la préservation des prairies et à une nouvelle cartographie européenne des tourbières et des zones humides.

Face à cette crise protéiforme, le gouvernement tente de répondre en promettant un soutien financier, mais les agriculteurs restent sceptiques. L’enjeu politique de cette mobilisation devient crucial à l’approche des élections européennes du 9 juin, bien que l’impact précis sur le vote demeure incertain. Les agriculteurs, résignés mais déterminés, cherchent à faire entendre leurs préoccupations et à obtenir une reconnaissance de la valeur de leur profession dans un contexte complexe et exigeant.

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9 Commentaires :
  1. lanoue
    23/01/24

    C’est vrai , mais pas exactement la raison de la colère …. le principale problème est que l’on ne metrise pas les prix de vente, on ne peut pas répercuter les charges ( merci à de Gaule et Pisani ) et que l’on nous met en concurrence avec des pays qui n’ont pas les mêmes contrainte ni mêmes normes ( merci l’UE). Tous ce qui nous arrive est organisé depuis le traité de Rome et plus particulièrement avec le traité de Maastricht avec l’aval des divers gouvernement successif et accord de la FDSEA …… qui est partie prenante avec l’agro-industrie et la financiarisation de l’agriculture ….

  2. Vergondy Alain
    23/01/24

    Il faut bien que cela éclate car ils ont étés très patients et résistants mais depuis combien de temps souffrent ils sans être entendus. Pour faire un léger parallèle ils sont entre autres maux victimes de l’influence de la frange la plus obscurantiste des verts qui nous a emmené aux problèmes de prix de l’énergie. Il y a 40ans nous avions une agriculture florissante et un système énergétique de production d’électricité que nous enviaient beaucoup de nos voisins.

    1. Frederic B
      23/01/24

      Vous oubliez la liberté du consommateur d’acheter ou pas …..

  3. GUILLAUME MARKUS
    24/01/24

    La France est le premier producteur de l’Union européenne, le 8ème mondial.

    L’agriculture française c’est un excédent commercial de 9,4 Md€ (9,4 milliards d’euros).

    Les aides de la PAC c’est 9Md€ chaque année.

    Les chasseurs apportent aussi leur écot de dizaines de millions d’euros pour les dégâts causés par les animaux sauvages aux cultures.

    Je comprends que pour certains ce soit difficile malgré les aides surtout pour les petits éleveurs, bien qu’on voit des écolos s’installer pour élever quelques caprins et arriver à en vivre et des fois correctement.

    Mais on oublie,et les agriculteurs oublient de dire, quand certains nous annoncent se verser des tous petits revenus, en dessous du SMIC, qu’ils ne comptent pas le loyer qu’ils ne paient pas, ni le capital qu’ils accumulent chaque année en remboursant les emprunts qui permettent de payer leurs hectares de terre et les engins agricoles qu’ils prennent bien gros. Un gros tracteur (et ce n’est pas le seul engin agricole qui est acheté) c’est souvent 150.000€ HT.

    Une ferme c’est vite un gros capital en terres et en engins agricoles.

    Être trop endetté est dangereux. Cela profite aux gros agriculteurs qui s’agrandissent de plus en plus au détriment des petits dont ils absorbent les terres.

  4. Fillioux
    24/01/24

    La plus grosse raison viens du fait que nous ne pouvons pas décider du prix de vente de nos produits c’est toujours un intermédiaire qui le fait a notre place d’où l’intérêt des circuits courts
    Il n’y a pas eut de remise a plat depuis Edgar Pisani et Michel Rocard
    Cela fait juste pour l’air de la fibre

    1. quentin
      24/01/24

      C’est toujours l’acheteur qui fait le prix puisque c’est lui qui décide d’acheter ou pas ! En pratique c’est la loi de l’offre et de la demande donc temps qu’il y a aura des prix de revient suffisamment bas pour arriver à tenir un prix de vente lui aussi bas, on peut toujours décider de vendre plus cher mais le résultat sera de ne pas vendre du tout. LE problème vient donc, pour l’agriculture comme pour les autres domaines des distorsions de concurrence, dans un marché dit « libre ».

      1. GUILLAUME MARKUS
        24/01/24

        Quand l’agriculture française est fortement exportatrice avec un excédent annuel de 9,4Md€ cela se fait avec un marché largement ouvert et des accords bilatéraux d’échanges entre pays. Certains agriculteurs en profitent, d’autres en souffrent.

        Les circuits courts, c’est très bien. Cela permet aux agriculteurs d’avoir un contact avec des clients, individuels ou supermarchés de la région et d’avoir de meilleurs prix de vente, mais cela ne concerne que des petites exploitations ou qu’une partie de la production de certaines exploitations.

        Pour moi, un des problèmes majeurs et qu’on ne veut pas voir chez les agriculteurs, c’est qu’ils s’endettent trop pour acheter les terres et de gros tracteurs (voyez les photos sur les barrages actuels), voulant devenir les uniques propriétaires de la ferme alors qu’au départ ils sont rarement l’unique enfant de la famille. Les fermes se sont faites souvent sur plusieurs générations et là certains veulent le faire en quelques années.

      2. GUILLAUME MARKUS
        24/01/24

        En plus d’être excessivement endettés, beaucoup d’agriculteurs ont établi leur ‘’business plan’’ sur une année type alors qu’en agriculture cela doit être construit au minimum sur des périodes de cinq années, tenant compte des aléas climatiques, qui ont toujours eu lieu même si cela est plus accentué ces derniers temps, ainsi que de la fluctuations des cours, aussi bien des récoltes que des intrants.

        Quelques problèmes qui se cumulent et ils sont dans le rouge avec les banques qui ne suivent plus, d’autant qu’il y a des loups autour qui peuvent être bien placés auprès des mêmes banques pour récupérer leurs terres.

  5. Francoise Leygnac
    27/01/24

    Je trouve que c’est dommage de confondre paysans et FNSEA. Ce syndicat est visiblement l’allié objectif du gouvernement. Si les gilets jaunes, les protestataires contre la réforme des retraites, les « éco-terroristes » avaient fait le dixième de ce qu’ont fait les agriculteurs de ce syndicat, ils seraient définitivement en tôle pour longtemps après s’être pris encore plus de coups de matraque.
    La FNSEA a tué la paysannerie, a amené les malheureux qui restaient à lourdement s’endetter dans du matériel inutile, les livrant pieds et poings liés au Crédit agricole. Ce syndicat se conduit comme une bande de maffieux sûrs de leur pouvoir.
    Attaquer des Sociétés de pêche, vraiment ?
    Au temps pour la défense de la ruralité…

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