Lettre ouverte aux anti-chasse : « Tous tueurs… »

Salut mon pote, toi qui es écolo, toi qui es un ami passionné de la nature et des bêtes, toi qui es révolté de voir disparaitre peu à peu la beauté du sauvage. Tu ne le sais peut-être pas, mais je suis tout comme toi un amoureux de la nature et de la faune, au point en fin de carrière, d’avoir tout foutu en l’air pour vivre enfin mon rêve et m’immerger dans la brousse zimbabwéenne. Sauf que tu ne m’aimes guère parce que je suis un chasseur, donc un tueur. Étant chasseur, je suis forcément un ennemi. Je ne doute pas de ta bonne foi, mais laisse-moi t’expliquer à quel point tu te goures, à quel point on t’a enfumé.

Texte : Pierre Favier

Photo de couverture : Philippe Aillery

Il est vrai qu’on donne parfois nous-mêmes aux anti-chasse le bâton pour se faire battre. Ainsi, ami écolo, quand par hasard tu ouvres une revue de chasse, tu y lis qu’au retour de la battue, on annonce avoir « prélevé » douze sangliers, ou deux chevreuils. Prélevé ! Pas « tué ». Et je te vois d’ici ricaner à lire cette espèce de faux-fuyant. « Les sales cons », penses-tu, ils cachent la merde au chat, ne veulent pas admettre qu’ils ont bel et bien massacré de pauvres bêtes ! Ce sont non seulement des meurtriers, mais aussi des tricheurs !

 Bon, ne t’excites pas. Bien sûr, nous autres les chasseurs étant à présent universellement catalogués meurtriers sanglants, je me mets à la place des rédacteurs, c’est leur façon malhabile de botter en touche, histoire de ne pas trop choquer les lecteurs sensibles. Mais je dois dire que je suis plutôt d’accord avec toi pour taxer ça d’hypocrisie. Je trouve navrant qu’on se croie réduit à pratiquer cette espèce d’autocensure, comme si tuer nous faisait honte. Ce qui revient quasiment à avouer être coupables. Appelons un chat un chat, car les chasseurs ne sont pas plus des tueurs que n’importe qui. Absolument, je t’assure ! Pas plus que n’importe qui… Ok bien sûr, quand on chasse, on tue. Partant de là on a fait croire à des tas de gens que le fait de tuer est l’essence même de la chasse, que nous les chasseurs, on est tous assoiffés de sang.

 

Ouvre les yeux !

Si tu es de cet avis, c’est juste que tu en ignores tout : Pour moi et heureusement pour la majorité des chasseurs, l’intérêt et la beauté de la chasse, c’est d’abord l’amour de la nature, où on va défier le gibier sur son terrain, pour se montrer plus malin que lui, et peut-être remporter un match qui n’est jamais gagné d’avance. Bien sûr la partie se conclut le plus souvent par un animal par terre, mais je t’assure que c’est loin d’être l’essentiel. En fait c’est presque anecdotique. Beaucoup des chasses dont j’ai gardé le meilleur souvenir se sont terminées par mon échec et la victoire de l’animal : Bravo mon ami, good game, mais tu m’as fait vivre des moments fabuleux !

Ce qui me révolte, c’est de voir à quel point une opinion publique grandissante peut être aveugle et hypocrite, souvent même carrément de mauvaise foi, les chasseurs faisant d’excellents boucs émissaires. Chacun devrait savoir que par nature, dès l’origine, l’homme, tous les hommes, dont toi, mon pauvre ami, sont des tueurs. Quand les premiers hominidés sont descendus de leur arbre, de cueilleurs ils sont devenus prédateurs, d’abord pour manger et survivre, mais aussi tout simplement pour ne pas se faire bouffer par des fauves bien plus forts qu’eux. Ce qui les a obligés à devenir plus malins que leurs ennemis. Sais-tu que la chasse a été un facteur essentiel du développement de l’intelligence et du formidable succès des hommes sur la terre ? Mais ceci est une autre histoire.

A présent bien sûr on n’a plus besoin de ça pour vivre, mais à mon sens, il serait bien dommage de laisser se perdre cet art, cet ensemble d’instincts et d’habiletés qui nous a permis jadis de devenir les maîtres du monde. Pour moi, c’est ça, la chasse. C’est un sport merveilleux destiné à préserver et à développer des acquis ancestraux, tout comme le lancer du poids ou bien l’escrime ou bien le rugby, sont des façons de sublimer ses capacités physiques.

Ouvre les yeux, cesse enfin de jeter l’anathème sur les seuls chasseurs. Ce que tu ne comprends pas, toi le vert, l’écolo, l’ami de la nature et des bêtes, c’est que l’homme, sans même parler de chasse, tout simplement en tant qu’homme, est toujours, toujours un tueur ! Tu es toi-même un tueur, inconsciemment peut-être, mais un tueur quand même. L’homme moderne est resté un tueur parce qu’il faut bien qu’il mange, non ? Ah oui mais ce n’est pas lui qui abat son bifteck ou son gigot, qui ratisse au chalut des tonnes de poisson. Il peut donc s’en laver les mains, faire semblant de n’y être pour rien. Une belle hypocrisie ! Je voudrais bien quand même qu’on m’explique pourquoi il est légitime d’abattre des milliers de vaches à l’abattoir, mais abominable de tirer un cerf dans la forêt.

C’est vrai pourtant que les espèces disparaissent, et malheureusement ça ne s’améliore pas. Une des raisons les plus pernicieuses et qui fait boule de neige, c’est qu’on a développé dans la population mondiale la hantise du pouvoir d’achat, du prix le plus bas, pour des produits qu’on achète à 90% en grande surface, en cherchant toujours le meilleur coût. Réaction logique des supermarchés : Il leur faut bien lutter contre la concurrence et garder leurs clients.

 

 Donc, ils se voient obligés de pressuriser les producteurs, de les éreinter au max pour obtenir les meilleurs prix. Ipso facto, ceux-ci sont contraints, s’ils ne veulent pas disparaitre, de défricher toujours plus et d’accroitre leurs rendements par tous les moyens. Donc d’utiliser des tonnes d’engrais et de pesticides. D’où un engrenage vicieux qui rase les campagnes, qui tue tout et n’importe quoi, les insectes « nuisibles », mais aussi tous les autres, sans distinction. Un désastre.

 

Quand j’étais gamin, en traversant le pré de ma grand-mère j’étais environné de papillons, mes pas levaient des nuées de sauterelles, les fleurs étaient couvertes d’abeilles. A présent, j’ai l’impression de traverser un désert. C’est une catastrophe, car sans les abeilles, les pommiers, les pêchers, tous les arbres fruitiers ne seront plus fécondés, et sans sauterelles ni papillons, les petits oiseaux, donc les gros par ricochet, disparaissent peu à peu. On tue tout, et tout ça à cause de mauvaises habitudes d’achat !

“Pourquoi crois-tu que tant d’espèces animales soient au bord de l’extinction ?”

Il y a pire : A l’échelle du monde, les bonnes âmes s’insurgent à juste titre contre la déforestation, les défrichages sauvages pour y élever des bovidés, y planter des céréales, des palmiers à huile ou du coton, ou du soja. Des coupes qui réduisent les habitats des animaux à de simples peaux de chagrin en petits territoires segmentés et cernés par les villages, ce qui les isole en troupeaux-croupions, empêche la circulation des gènes et à terme les condamne à l’extinction. C’est dramatique. Mais tu as la solution ? Moi pas. Car la population mondiale explose partout, et surtout dans des régions où la vie est précaire. Il faut aux gens de plus en plus de terres nourricières, il faut de l’espace, il faut du bois pour cuisiner. Comment en vouloir à ces Camerounais que j’ai vus récemment couper à ras de belles forêts pour venir vendre le long de la route des sacs de charbon de bois indispensables aux populations ? Il y avait là des singes, des potamochères, des buffles et même des éléphants. Ils ont disparu avec leur biotope. Bof, en Afrique, on a bien d’autres soucis. 

Pourquoi crois-tu que tant d’espèces animales soient au bord de l’extinction ? Les imbéciles à courte vue mettent ça sur le dos de la chasse, ce qui est d’un ridicule absolu, car au contraire la chasse bien organisée est le meilleur moyen de contrôler, et donc de préserver la faune. Sans parler du succès des « game-ranches » d’Afrique australe, j’y ai connu beaucoup d’endroits (j’y chassais déjà dans les années 60) qui grouillaient jadis d’animaux. Certains sont à présent quasi-déserts, ça me fait mal au ventre, et partout j’ai noté, c’est flagrant, que les seules zones où la faune subsiste sont celles qui sont gérées par des organisations de chasse, tant qu’elles n’ont pas été balayées par l’explosion des populations.

Lorsque j’allais au Cameroun sur la splendide zone 18 bis, le « Wildlife Kingdom » de Guy B., il fallait traverser le Parc National de la Comoé. Une réserve totale sous la responsabilité de l’état camerounais dont les gardes devaient hélas rester la plupart du temps au campement parce que leur 4×4 était en panne ou était à court d’essence ou pire parce qu’ils n’avaient pas été payés. D’ailleurs ils ne se risquaient pas trop à l’intérieur du parc, de peur de tomber sur un des nombreux camps de bracos nigérians armés jusqu’aux dents. En traversant ce parc, avec de la chance on voyait deux-trois cobes, peut-être un phaco. Et c’est tout. Or dès qu’on avait traversé le mayo pour entrer dans la zone de chasse de l’ami Guy, c’était le jour et la nuit, on entrait dans un vrai paradis, avec les centaines d’antilopes, et des buffles, et des lions, et des éléphants. Enfin bon, les vrais chasseurs savent fort bien tout ça, mais ce qui m’exaspère, c’est que les soi-disant écolos, auto-proclamés défenseurs de la faune, non seulement n’en savent rien, ce qui serait excusable, mais et là c’est inadmissible, refusent obstinément de le reconnaitre.

Sais-tu que chasser, donc tuer, profite bien souvent à la protection animale ? Au Zimbabwe, j’ai moi-même été Conservateur d’un splendide « Conservancy » dévolu à la protection d’un animal en grand danger, le rhinocéros noir. S’il ce dernier est aujourd’hui très menacé, ce n’est certes pas par la chasse, il y a bien longtemps qu’on ne le tire plus, mais par les braconniers, qui les massacrent pour fournir à prix d’or de la corne de rhino à de vieux chinois inquiets pour leur virilité et persuadés de ses vertus aphrodisiaques.

Mais j’ai pu constater que lorsqu’on s’occupe sérieusement de la nature et qu’on fout la paix aux animaux, tout n’est pas perdu, car dans ces conditions ils peuvent se reproduire étonnamment bien, étonnamment vite. Sans entrer dans les détails, sur les cinq années où j’ai été en charge, aucun rhino n’a été braconné chez nous, et ils sont passés de 36 à … 59, de quoi être assez satisfait, non ? 

Alors voilà : Les chasseurs sont bel et bien des tueurs, mais au moins, et c’est ce qui fait toute la différence, ils assument ! Bien loin de la façon cachée, anonyme, hypocrite, avec laquelle l’humanité entière cause sans bien s’en rendre compte l’inéluctable disparition de la faune sauvage, lorsqu’un chasseur tue un animal, c’est en toute conscience, c’est si j’ose dire, les yeux dans les yeux. Un peu comme le torero au moment de l’estocade. La chasse te fait observer, côtoyer les animaux en permanence, au point que tu en viens à les admirer, à les aimer. A l’issue d’une approche souvent très difficile, avec un peu de chance tu parviens parfois à bonne portée. Alors tu décides si oui ou non tu vas presser ta détente ou décocher ta flèche. A condition que la bête soit digne d’être tirée. Et surtout à la condition impérative que le tir ait quasiment cent pour cent de chances d’être létal. Un bon chasseur tue proprement, en toute responsabilité, un animal qu’il aime. Et c’est ce qui fait la noblesse de ce sport.

Tu as sans doute un peu de mal à le comprendre, ami écolo, mais sois assez honnête pour oublier tes préjugés et remettre tes pendules à l’heure. Ne te laisse pas leurrer par le prêt-à-penser de tes collègues anti-chasse. Bien sûr que nous les chasseurs nous sommes des tueurs, mais à toute petite échelle, et beaucoup, beaucoup moins que l’humanité entière. Dont toi !

Si tu te donnais la peine d’aller au fond des choses, tu t’apercevrais que les chasseurs sont tout autant que vous les écolos des amoureux de la nature sauvage. Que c’est un déplorable gâchis de faire de nous des ennemis, alors que nos préoccupations sont si proches, et que nous disposons d’outils bien plus efficaces que les vôtres pour préserver la faune.

Amitiés quand même !

Les Nouveaux Prédateurs

Comment ils menacent les hommes sans protéger les animaux

Un essai engagé qui met en évidence les dérives de l’écologie radicale et des militants antispécistes.
Protéger les animaux, leur assurer des conditions de vie décentes, consommer autrement en respectant notre environnement… Qui serait en désaccord avec ces principes fondamentaux ? Mais, on le sait, l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Aujourd’hui, les activistes antispécistes et les militants écologistes les plus radicaux détournent ces idées partagées par le plus grand nombre. Animés par une idéologie radicale, convaincus que l’intimidation peut remplacer l’échange démocratique, ils imposent, peu à peu, leur vision du ” meilleur des mondes ” : une société dans laquelle l’homme et l’animal seraient égaux en droits. Cette rupture philosophique ne peut être que dramatique, pour les humains mais aussi et surtout pour les animaux dont l’existence dépend en grande partie de nous.
Avec cet essai passionné, Charles-Henri Bachelier, spécialiste du monde rural et directeur de revues consacrées à la chasse et la nature, veut rétablir le débat et sortir des anathèmes. Argument contre argument, il met en lumière les limites et les dérives de la mouvance animaliste. Au fil des pages, il rappelle que la relation entre l’homme et l’animal est plus complexe qu’une accumulation de bons sentiments ou de slogans menaçants : il s’agit d’un lien fondamental, reposant sur des siècles de compréhension, de savoir-faire… bref, de civilisation. Un héritage que ce livre nous aide à mieux comprendre et à protéger.

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