L’opéra migrateur

La migration nous en parlons tous, nous l’attendons, nous l’espérons tous. Certaines grandes nuits, nous l’entendons, la ressentons, la touchons de la main. Mais la voir en plein jour vous éblouir, marque à vie. Cette chance inouïe, je l’ai eue…

Texte : Jean-Marc Fédérer

Jackpot assuré

Au mois d’octobre dernier, sachant le passage des musiciennes lancé, à la suite d’une nuit de gabion dans l’estuaire de la Seine, je profite de l’occasion pour aller les taquiner avec un ami qui les apprécie à leur juste valeur. La nuit fut sympathique, mais la jolie brise d’est qui secouait les mares au jour, disparut la nuit venue. Le brouillard fut léger et nous pûmes mettre dans le U deux jolies sarcelles de début de saison. Le matin venu, dès que le soleil fit son apparition, la grosse brise d’est reprit de plus belle : le fameux vent thermique. Ce dernier berne de nombreux chasseurs de nuit, mais le jour ou plutôt la nuit où il tient ce fichu vent, c’est le jackpot assuré.
Les appelants étaient au sec et dans les caisses, la mare en ordre et le gabion propre et rangé. Direction notre petit couloir à grives. Le timing est serré car les oiseaux passent jusqu’à 10h30 avec une accélération du phénomène autour de 9h.

La brochette patine

Nous sommes en place. Les premiers oiseaux passent. Nous mettons quelques cartouches à trouver le rythme. Surement la faute à notre nuit de gabion et aux deux poses coupe nuit, une à 2h et une à 5h. Et je peux vous dire que pour deux énervés comme nous, derrière le sommeil est compliqué. Une pose peut toujours être le début d’un déboulé de gibier : cette chasse rend fou… En attendant, les musiciennes rigolent et la brochette patine.

A force d’essayer nous finissons par cueillir quelques oiseaux. Le flux devient plus dense. Des draines, la plus grosse des grives, se mêlent aux musiciennes. Quelques paires de ramiers et un petit paquet de colombins, ces magnifiques petits bleus, s’invitent malheureusement pour eux à la fête.

Des pinsons, des gros becs sont de la partie…. La matinée s’égrène douce et heureuse.

Nous nous rendons compte que les oiseaux ont tendance à passer sur notre droite entre trois petits bosquets. Je me décale. Le tir est plus difficile, mais nous couvrons mieux. Les musiciennes continuent d’animer la migration, mais il devient de plus en plus ardu de les distinguer au milieu des nuées de piafs en tout genre qui défilent sous mes yeux. Une sur deux est intirable, sinon je cartonnerais les passereaux au passage.

Je suis sous le tapis roulant de la migration

La matinée s’emballe, je suis sous le tapis roulant de la migration. C’est un flux continue qui me passe sur la tête et comble de ciel. Corneilles noires, pies, choucas des tours, geais rejoignent grives, pigeons, tourterelles ; pour une unité de ces espèces passent 100, 500, 1000 bouvreuils, bruants, mésanges de toutes sortes, pipits, rouge-gorges, chardonnerets, verdiers, tarins…. Et des étourneaux ! David met même des bisets au bout du canon. Dans la marée migratrice qui s’abat sur moi, les espèces chassables deviennent de plus en plus rares ou plutôt mon œil passe du mode prédateur au mode admirateur. Le chasseur s’efface peu à peu…. Je me régale comme jamais !
Je suis au milieu de l’instinct migrateur. Cette force fascinante qui m’attire depuis l’enfance et a fait de moi l’homme que je suis est là devant moi. Le spectacle est grandiose.
Toutes les espèces migratrices se sont données rendez-vous en ce matin d’automne pour m’offrir un opéra sans nul pareil. Ces oiseaux de quelques grammes me font ressentir la puissance du vivant. Ils filent à toute allure dans les terres vent de face quittant ainsi la Manche et son biotope inhospitalier. Par moment David rompt ma contemplation par quelques salves. J’en profite pour arrêter une grive ou deux avant de replonger dans le spectacle.
En deux heures, j’ai vu plusieurs centaines de milliers d’oiseaux me passer sous les yeux et encore je suis en-dessous de la réalité. Si je venais à énumérer toutes les espèces de passereaux que j’ai observées on me traitera de menteur. Peu m’importe ! Je sais ce que j’ai vu et vécu. La récolte de gibiers est bonne et David pourra se régaler de ses brochettes de grives qu’il aime tant.
Pour ma part j’ai vécu le plus beau moment de ma vie de chasseur et d’amoureux de la nature. L’espace d’une matinée, je rêvais éveiller dans le sauvage et dans son plus bel instinct : la migration.

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