Un fossé, une amende, et un massif qui brûle

Faits-divers
date 29 juillet 2026
author Richard sur Terre

Président de la DFCI Nouvelle-Aquitaine, Bruno Lafon dénonce des normes environnementales qui freinent depuis vingt ans l’entretien des pare-feux, alors que le mégafeu de Gironde impose l’urgence.

Bruno Lafon accorde cet entretien à L’Opinion (Antoine Oberdorff) alors que le mégafeu parti de Saumos, dans l’ouest de la Gironde, continue de progresser. Maire de Biganos et président de la Défense des forêts contre l’incendie (DFCI) de Nouvelle-Aquitaine, il coordonne depuis plusieurs jours les coupes tactiques censées priver les flammes de combustible. C’est dans ce contexte qu’il revient sur un échange avec Emmanuel Macron, lundi, où il a rappelé l’insuffisance des moyens dénoncée après l’incendie de Landiras en 2022.

Interrogé sur les obstacles rencontrés au quotidien, Lafon cite un cas précis. Un entrepreneur a été sanctionné par l’Office français de la biodiversité pour avoir creusé un fossé supplémentaire, non prévu dans l’étude d’impact environnemental du chantier. Le geste, dit-il, relevait du « bon sens paysan » : dégager un passage d’eau pour limiter la propagation d’un feu ne figurait simplement pas sur le document validé en amont. L’amende est tombée malgré tout.

Lafon replace l’épisode dans un cadre plus large. Dès qu’il s’agit d’ouvrir une piste, de curer un fossé ou de créer un pare-feu dans le massif landais, la procédure se heurte aux normes de préservation de la biodiversité. Il dit comprendre que les autorisations relèvent des services de l’Etat, mais pointe un excès de zèle chez certains agents chargés de les instruire.

Pour appuyer sa demande, Lafon a rappelé à Emmanuel Macron la reconstruction de Notre-Dame, menée en s’affranchissant de certaines normes pour restaurer le monument dans des délais resserrés. Il réclame la même détermination pour le massif des Landes, posant la question en termes de proportion : sacrifier quelques milliers d’hectares pour en sauver des dizaines de milliers.

A lire aussi : Incendies : Willy Schraen prend position

L’entretien fournit une illustration de ce que permet l’urgence. Depuis lundi, la DFCI a déboisé une bande de 103 kilomètres de long sur 100 mètres de large, en mobilisant 200 engins. Lafon est direct sur ce que cela suppose : dans l’urgence, la fauvette pitchou ou la grenouille sauteuse ne font pas partie des préoccupations immédiates.

Le contraste qu’il dessine tient en une phrase : ce que l’état d’urgence autorise en deux jours, la procédure ordinaire le bloque en temps normal pour un simple fossé. Une fois l’incendie éteint, ce sera de nouveau l’étude d’impact qui régira le massif des Landes, fossé par fossé. Jusqu’au prochain incendie.

A voir en vidéo :

Partager cet article
6 Commentaires :
  1. Drago
    29/07/26

    Curer un fossé , curer une mare et autre …. c est au bas mot 1 an d étude après dépose du dossier d’ une épaisseur de 10 cm pour avoir l autorisation et quand celui-ci n est pas perdu :
    Contrôle 1 : situation de l’ouvrage
    Contrôle 2: relevé topographique
    Contrôle 3 : qui contrôle le 1 et le 2 pour validation
    Contrôle 4 : estimation du volume des boues à retirer
    Contrôle 5 : relevé de la hauteur d eau avant curage
    Contrôle 6 : estimation de la hauteur d eau après curage
    Contrôle 7 : qui contrôle le 1 , le 2 , le 3 , le 5 etc…..
    Si tout va bien , après passage dans 7 bureaux minimum, dossier toujours vivant mais jamais complet , après avoir passé les épreuves, congés/RTT/arrêts maladie/ formation / etc ….vous avez l autorisation ouffff …
    Contrôle 8 : pendant l exécution des travaux
    Contrôle 9: estimation du volume des boues retirées
    Contrôle 10 : relevé du sens de l écoulement
    Et j en passé et des meilleurs, tout ce cirque pour soi disant préserver le monde aquatique, face ce parcours du combattant ( un merdier innommable ) qui peut éventuellement vous emmener au tribunal ou en taule , les gens abandonnent , et dans ce cas c est tout préservé = pas de curage .

  2. Jean 2
    29/07/26

    Bonsoir, la colère est légitime, et va s’accentuer à mon avis,les écolos,l’ofb,la ddtm,ainsi que l’état, vont se faire tout petits ou « courber l’echine » dans les mois a venir tellement la colère est grande, d’ailleurs il y a déjà des plaintes en cours me semble-t-il .il va falloir que ça bouge!!!sinon l’été prochain risque de ressembler à celui-ci hélas !.

  3. Houlotte
    30/07/26

    La solution est de repartir sur des bases saines en supprimant le ministère et ses ramifications. Répartir le personnel dans d’autres ministères et créer un groupe chargé de réétudier la pertinence des mesures prises dans les dernières années pour proposer une loi de simplification.

  4. Eléonore
    30/07/26

    J’avoue avoir du mal à comprendre certains chasseurs qui disent d’un côté – et ils ont raison – qu’il faut avant tout protéger les habitats pour protéger les espèces, que c’est la première cause d’érosion de la biodiversité, mais qui s’insurgent ensuite contre les dispositions qui protègent les habitats. Heureusement que ces règles existent, pourtant! Sans elles, il ne resterait plus rien à chasser, à part les cocottes en enclos.

  5. Jean 1
    30/07/26

    C est sur, le résultat,des dizaines de milliers d hectares brûlés parce qu il ne faut pas en couper quelques uns pour faire un pare feu,ce que faisait les anciens et je crois que la faune se portait pas si mal .bilan catastrophique pour la faune.vous mélangez tout et je vais pas recommencer a citer des exemples totalement absurdes.bien sur qu il ne faut pas faire n importe quoi mais perso le bon sens fait défaut.quant a toutes ces normes, souvent pondues par des fonctionnaires qui ne connaissent rien du terrain certaines sont loin d être adaptées,.pour info je chasse,ai possédé des chiens courants et je n’ ai jamais mis les pieds dans un enclos.

  6. GUILLAUME
    30/07/26

    ELEONORE nous dit avoir du mal à comprendre les chasseurs.

    Ça, je considère que c’est une vérité.

    Les chasseurs ont leur rôle défini par la loi, qu’ils appliquent consciencieusement avec les plans de chasse, département par département, validés par les Préfets. L’idée générale est de maintenir les espèces dans un bon état de conservation.

    Mais il ne faut pas oublier que la terre, les champs, les bois, les prairies, sur lesquels ils chassent appartiennent à d’autres, agriculteurs, paysans, gros propriétaires, et qu’ils ne gèrent pas ces biotopes, uniquement les espèces chassables dans la limite des plans de chasse.

    Les chasseurs entretiennent bien sûr bien les chemins pour qu’ils restent praticables, participent au nettoyage des déchets laissés par les mal-élevés, etc… mais ils n’ont pas la main pour la gestion des terres qui est l’affaire des propriétaires.

Soumettre un commentaire

Dans la même catégorie

Articles les plus récents