RMC & la chasse : l’abêtissement généralisé

Chasse Actu
date 20 août 2026
author Richard sur Terre

Un sondage RMC à deux boutons sur X veut trancher ce que les préfectures et les fédérations de chasseurs discutent depuis trois semaines, secteur par secteur.

Mercredi 19 août, le compte Les Grandes Gueules pose la question à ses abonnés : « Chasse : des associations réclament d’épargner les animaux dans les zones incendiées. » Deux boutons en dessous. « D’accord », pouce levé. « Pas d’accord », pouce baissé. 2000 votants, 10 000 vues, 53 commentaires.

La question elle-même est une insulte à l’intelligence. Voter « pas d’accord » revient à dire qu’on refuse d’épargner des animaux, ce qui n’est la position de personne dans ce dossier, ni des associations, ni des fédérations de chasse, ni des préfectures qui négocient depuis trois semaines des arrêtés à trois vitesses. Le sondage ne mesure rien d’autre que la capacité d’un média à faire cliquer le couillon qui passe.

Le même jour, sur l’antenne, le débat se tient au même niveau. Emmanuel de Villiers appelle à un « modus vivendi » fondé sur le ressenti, « de bon esprit, humain ». Une sophrologue s’inquiète des « mauvais chasseurs » qui viendraient « dégommer de l’animal » dans les cendres. Une cadre de la fonction publique tranche que la situation n’appelle « ni politique ni polémique, juste du bon sens ». Aucun des trois ne cite le texte de loi qui encadre la question, aucun ne mentionne les dispositifs de traçabilité déjà en place, quotas par plan de chasse, déclaration obligatoire de chaque prélèvement, alors que ces informations figurent noir sur blanc dans l’article que RMC publie au-dessus de leurs propos. Le seul intervenant qui apporte un fait vérifiable, un chasseur des Pyrénées-Atlantiques expliquant que le gibier déserte de toute façon les zones brûlées, passe en dernier, présenté en position radicale.

Personne sur le plateau n’est allé lire jusqu’au bas de sa propre page, mais tout le monde se vautre allègrement dans le caniveau de la pensée : le don ô combien précieux de son avis sur la question.

Le même 19 août, la préfecture du Var soumet à la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage un projet d’arrêté pour la saison 2026-2027. Sur les 5 700 hectares brûlés par le feu du Gros Bessillon entre Pontevès et Barjols, toute chasse serait suspendue, sauf la battue au sanglier, maintenue pour limiter les dégâts dans les vignes en pleines vendanges. Le président de la fédération de chasse du Var affirme sur une radio locale que cette suspension du petit gibier a été proposée par les chasseurs eux-mêmes, avant même que l’arrêté ne soit rédigé.

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Une décision par espèce, par massif, par saison agricole. Rien de tout cela ne rentre dans un bouton « d’accord » ou « pas d’accord ». Rien de tout cela n’aura dix mille vues.

L’ignorance n’est pas nouvelle sur les sujets de chasse. Ce qui s’aggrave, c’est l’habitude prise de réduire n’importe quel sujet technique à un réflexe de pouce, et des formats qui prospèrent précisément sur ce réflexe. Un sondage bâti pour faire cliquer n’est pas conçu pour faire comprendre, il est conçu pour faire du chiffre, et le chiffre, ici, tourne autour d’une question qui n’a jamais eu de réponse binaire.

Pendant que 1 896 personnes appuyaient sur un bouton, un arrêté se rédigeait dans le Var, sur mesure, secteur par secteur. Il entrera en vigueur le 13 septembre. Aucun des votants ne le saura, mais tous continueront de croire que la question se résume à savoir s’il faut tirer ou pas sur des animaux perdus dans des forêts brûlées. Fatigue.

A voir en vidéo :

Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
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2 Commentaires :
  1. Damien
    20/08/26

    Bonjour Richard,
    Tu n’aurais pas intérêt à essayer d’intervenir dans ce genre d’émission ? Afin d’expliquer clairement certaines choses. J’écoute régulièrement rmc, et le problème, c’est quand ils font passer un auditeur chasseur à l’antenne, c’est qu’il n’a pas forcément la réponse à tout, et ne sais pas forcément bien s’exprimer, et in fine, cela dessert la chasse…

  2. gilbert
    20/08/26

    Souvent les questions sont posées « perdant perdant » pour argumenter il faut connaitre et pour connaitre il faut lire jusqu’au dernier mot de la dernière phrase et se documenter avoir un veille cynégétique. Les questions oui/non ne servent que celui qui les posent. Rt oui les 1896 participants n’iront jamais au delà et n’iront pas sur le terrain pas plus qu’il iront voir les fédérations pour se renseigner. Mais bien évidemment qu’il faut laisser le petit gibier des zones dévastées et regarder se qui s’y passe.

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