Sea Shepherd a raison

Antispécisme
date 07 septembre 2026
author Richard sur Terre

Dans l’affaire du dauphin de Ceuta, Lamya Essemlali demande des preuves avant de désigner des coupables. Je signe. Et je garderai ce texte pour le jour où l’homme sur la vidéo portera un fusil.

Je suis chasseur, et rarement d’accord avec Sea Shepherd. Ça ne m’oblige pas à trouver mauvaise chacune de ses prises de position. Dans l’affaire du dauphin de Ceuta, sa présidente française rappelle une règle que je voudrais voir affichée dans toutes les rédactions : une accusation ne devient pas un fait à force d’être répétée. Elle a raison. Lui donner raison engage toutefois à appliquer cette règle jusqu’au bout, y compris là où elle dérange nos propres convictions.

Le 2 septembre, sur la plage du Trampolín, dans cette ville espagnole d’Afrique du Nord, plusieurs personnes sont filmées en train de manipuler et de soulever un jeune dauphin. Un corps porté à bout de bras, des hommes autour, une scène qui suscite le dégoût. Je comprends parfaitement qu’on soit en colère. 

Le premier article du quotidien local El Faro de Ceuta décrit un animal apparemment mort, dont on ignore ce qu’il est devenu. Deux heures plus tard, le même journal rapporte une tout autre histoire : le dauphin aurait été sorti vivant de l’eau puis frappé à la tête avec un bâton. La différence est immense. Ce qui manque précisément, c’est la certitude. 

L’association environnementale DAUBMA a porté plainte et affirme disposer de photographies, de vidéos et d’enregistrements. Le vidéaste Juan Ruiz soutient avoir assisté à une extraction violente de l’animal et accuse les personnes présentes de l’avoir tué. De leur côté, des hommes filmés répondent qu’il était déjà mort. Au terme des vérifications effectuées pour cet article, aucun rapport de nécropsie ni aucune conclusion officielle publique ne permet aujourd’hui de trancher. Nous avons des accusations, un démenti et des investigations rapportées par la presse. Pas de verdict tout prêt. 

C’est dans ce contexte que Lamya Essemlali publie son communiqué. Elle demande que les faits soient établis, que d’éventuelles violences soient sanctionnées et que les responsabilités restent individuelles. Elle refuse surtout que la mort du dauphin serve à mettre collectivement en accusation les migrants marocains. Sur ce point aussi, je la rejoins. Si des hommes ont tué cet animal, ils doivent répondre de leurs actes. Les Marocains n’ont pas à comparaître avec eux. Il faut encore le dire ça ? A priori oui.

Reste un angle, dans cette histoire, qui mérite une pause fraîcheur :

Je défends la chasse. Je sais donc très bien ce que j’attends d’un journaliste lorsqu’une vidéo met un chasseur en cause. Qu’il cherche ce qui précède la séquence. Qu’il distingue ce qu’on voit de ce que raconte la légende populaire. Qu’il écoute l’intéressé sans considérer d’avance son explication comme un mensonge. Qu’il vérifie la nature de l’acte avant de le qualifier. Et qu’il accepte de dire qu’il ne sait pas tout, même si cette phrase fait moins cliquer qu’une condamnation.

Je ne pourrais pas réclamer ce travail pour un chasseur et m’en passer pour le reste. Ce serait choisir mes innocents et mes coupables. 

J’attends la même cohérence en retour. Lorsqu’un homme porte un fusil, il conserve son droit à une présentation honnête des faits. Son activité ne constitue pas une circonstance qui autoriserait à supprimer le conditionnel. 

A lire aussi : Sea Shepherd dans le viseur du Canard Enchaîné

Et si cet homme a commis une faute, qu’elle soit établie et qu’il en réponde. Je n’ai aucune envie de consacrer mon métier à fournir des excuses à des chasseurs qui se conduisent mal. Ils répondent de leurs actes, comme les autres. En revanche, je refuse que leur faute, réelle ou supposée, serve à régler le compte de tous ceux qui chassent.

Le communiqué de Sea Shepherd oblige à regarder ce qu’on fait d’une image lorsqu’elle semble confirmer tout le mal qu’on pense déjà de quelqu’un…ou pire, d’un groupe de quelqu’un (position intrinsèquement idiote) : migrants, chasseurs, éleveurs, étrangers. 

Avons-nous encore envie de vérifier ? Sommes-nous prêts à publier une information qui affaiblit notre accusation, à reconnaître que nous avons partagé trop vite, à accorder au démenti autant d’attention qu’au premier récit ?

Ces questions dépassent largement la plage de Ceuta. Elles touchent à cette époque qui se vautre dans la post-vérité avec la bonne conscience de défendre une cause. On cherche une image qui donne raison, une phrase qui accable ou un chiffre qui permet de conclure. Le biais de confirmation fait le tri : ce qui conforte nos croyances devient une évidence, ce qui les contrarie devient suspect. Et chacun peut ainsi se croire parfaitement informé en organisant méthodiquement son ignorance.

Le deepfake ajoute à cette mécanique la possibilité de fabriquer jusqu’à la scène dont on avait besoin. Mais une vidéo authentique, amputée de son contexte et surmontée d’une légende mensongère, fait déjà très bien l’affaire. 

Je suis rédacteur en chef d’un média cynégétique, et je défends des convictions. Ça m’oblige à accepter qu’un fait puisse me donner tort. Et si je relaie une contrevérité parce qu’elle sert une cause que je juge juste, je reste responsable de cette contrevérité. La noblesse supposée du combat ne change rien à la malhonnêteté du procédé.

Je prends donc Lamya Essemlali au mot. Son appel à la rigueur mérite d’être appliqué à la prochaine polémique, au prochain animal mort, au prochain chasseur désigné à la vindicte. Car la rigueur n’a aucun mérite lorsqu’elle ne protège que nos convictions. Elle commence précisément lorsqu’elle nous oblige à freiner une indignation qui nous arrange, à vérifier une information que nous aimerions vraie et, parfois, à innocenter quelqu’un que nous aurions préféré coupable.

A voir en vidéo :

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1 Commentaire :
  1. Jean 2
    08/09/26

    Bonjour, rien n’est expliquer du pourquoi? ils brandissent ce dauphin,veulent ils le manger?veulent-ils montrer leurs dextérité Pour l’avoir attraper ?ils nous manquent peut-être un anthropologue, pour une explication, les marocains ou autres ,n’ont pas les mêmes approches concernant les animaux par rapport aux occidentaux ,d’ailleurs que ce soit pour la pêche ou la chasse, rien ne me choque !!chaque civilisation apporte sa pierre à l’édifice « de la vie humaine « ,nous avons tord de vouloir tout unifié ou aplanir les différences (ex:l’europe qui va mal,souvent à cause de ça).et concernant « sea Shepherd », vous perdez votre temps ,ex:les phoques sont en augmentation partout,et sont de nouveau chassés, ils vous diront qu’ils sont en baisse,malgré le constat des scientifiques. Et la majorité des dauphins se portent bien,à part quelques espèces et encore à vérifier !.

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