Les semences enrobées de pesticides menacent-elles le petit gibier ?

Les semences enrobées sont une méthode alternative à l’application de pesticides sur les surfaces agricoles : elles réduisent le recours aux pulvérisations, évitent la destruction d’espèces non-ciblées, limitent l’exposition directe de l’agriculteur et la dispersion de polluants par aérosols. Cependant, près d’un dixième des graines ne sont pas enfouies par les semoirs mécaniques, pour le plus grand bonheur des granivores.

Par Guillaume Calu

Les graines disponibles ont tendance à être plus nombreuses en bordure de parcelle. Et dès lors que ces limites sont entretenues en haies ou bordures herbacées, elles sont propices au petit gibier. De nombreux acteurs terrain, que ce soient les fédérations, associations de chasse ou des organisations de protection de la nature, plantent des haies au sein des paysages agricoles. Divers plans cynégétiques mettent également localement l’accent sur la restauration des populations de Faisans ou de Perdrix. 

Mais l’usage de semences enrobées a-t-elle pu impacter les populations d’oiseaux granivores ?

Une question qui interpelle dès lors qu’après semis, ces graines peuvent représenter jusqu’à 89 % de la nourriture ingérée chez la Perdrix rouge (Lopez-Antia et al., 2016) !

Les semences enrobées aux insecticides néonicotinoïdes sont désormais interdites. En effet, les pulvérisations de ces substances actives sont suspectées d’entraîner le déclin des insectes pollinisateurs. Depuis le 1er septembre 2018, l’Article L253-8 du Code Rural interdit l’usage des néonicotinoïdes, que ce soit en enrobés comme en pulvérisations. Seule exception, les betteraviers bénéficient temporairement d’une dérogation. En l’absence d’alternative efficace, l’Arrêté du 31 janvier 2022 autorise encore provisoirement l’emploi de semences de betteraves sucrières traitées avec certains néonicotinoïdes.

La mesure vise à protéger les insectes pollinisateurs, ce qui exclut du raisonnement les semences enrobées qui ne peuvent leur nuire. Mais qu’en était-il pour le petit gibier à plumes, avant même que ces substances ne soient interdites ? Depuis quelques années, le Suivi Temporel des Oiseaux Communs (programme STOC), indicateur de dynamique des espèces aviaires piloté par le MNHN, la LPO et l’OFB, rapporte un déclin d’abondance relative des populations d’oiseaux sentinelles des milieux agricoles. Or la bibliographie scientifique pointe désormais le risque d’empoisonnement des oiseaux migrateurs granivores par ces semences enrobées. Serait-ce une des raisons du déclin des populations d’oiseaux agricoles? C’est du moins la conclusion qu’en tire la LPO, puisque l’association a décidé de porter l’affaire en justice.

Dans un communiqué de presse publié le 21 mai 2021, la LPO annonçait assigner les principaux acteurs industriels de l’imidaclopride (un néonicotinoïde) devant le Tribunal judiciaire de Lyon. L’association de protection de la nature avance que « six graines suffisent à tuer instantanément une Perdrix grise ». D’où vient cette information ? La bibliographie consultée indique que l’ingestion de seulement six graines de betterave enrobées d’imidaclopride suffit à atteindre la DL50 chez une perdrix grise d’environ 390 g (Millot et al., 2017). Pour autant, la DL50 n’est pas synonyme de mort foudroyante.

Voici que l’affaire se corse. Et d’ailleurs, que signifie cet acronyme « DL50 » ? Il s’agit de la  dose létale (DL) nécessaire pour que la moitié (50%) d’un groupe d’animaux témoins succombent à une substance active. Cette dose s’applique statistiquement à une population, mais elle permet de rendre compte de la dangerosité d’une substance chimique. Donc plus la DL50 est basse, plus la substance est considérée comme toxique.

Or si le communiqué de la LPO cite ses sources, il oublie de prendre en compte cette DL50 ! Reprenons d’ailleurs la citation complète de l’étude de Gibbons et al. (2015) le précisait pourtant clairement : « l’ingestion de seulement 6 et 1,5 graines [enrobées d’imidaclopride] aurait 50 % de chances de tuer respectivement une perdrix et un moineau en quête de nourriture ». Et non de les tuer instantanément ! La différence d’argumentaire est conséquente devant un tribunal. Et même le risque d’empoisonnement n’en demeure pas moins élevé pour les oiseaux granivores, revenons aux faits établis. Car d’autres travaux réalisés sur la Perdrix rouge soulignent qu’après semis d’enrobés d’imidaclopride, le risque d’atteindre la DL50 en une seule journée de nourrissage est de 59% (de Tassin de Montaigu & Goulson, 2021). Actuellement, la recherche scientifique s’interroge non pas sur une mortalité immédiate comme le suggère la LPO, mais sur les risques d’effets sublétaux consécutifs à ces ingestions (Lennon et al., 2020). Est-ce pour autant nécessaire de chipoter, puisqu’au final nous parlons dans les deux cas d’effets néfastes sur la bonne santé du gibier à plumes ? Hélas oui, car il apparaît un risque regrettable d’incompréhension des effets toxicologiques directs – ces derniers étant encore scrutés par la communauté scientifiques.

Les semences enrobées aux insecticides n’en restent pas moins dangereuses pour les oiseaux granivores. Précisons cependant qu’il ne s’agit pas de jeter la pierre au monde agricole, loin de là.

L’usage de pesticides répond avant tout à des contraintes agronomiques de rendement qu’il faut aussi prendre en compte dans cette équation environnementale complexe. Cependant, l’impact des substances actives contenues dans les semences enrobées interroge sur la bonne santé physiologique des granivores. 

Dans quelle mesure ces empoisonnements auraient-ils pu contribuer à l’échec de certains plans cynégétiques de réintroduction du gibier à plumes ?

Le retrait de ces semences permettra peut-être d’apporter quelques réponses. Néanmoins, le déclin des oiseaux dans nos milieux agricoles n’en demeure pas moins un sujet complexe. Interdire ces semences enrobées aux pesticides suffira-t-il pour autant à redresser la situation ?

Bibliographie

Gibbons, D.; Morrissey, C.; Mineau, P. (2015). A review of the direct and indirect effects of neonicotinoids and fipronil on vertebrate wildlife. Environ Sci Pollut Res, 22:103-118.

Lennon, R.J.; Shore, R.F.; Pereira M.G.; Peach, W.J.; Dunn, J.C.; Arnold, K.E.; Brown, C.D. (2020).High prevalence of the neonicotinoid clothianidin in liver and plasma samples collected from gamebirds during autumn sowing. Science of the Total Environment, 742, 140493.

Lopez-Antia, A.; Feliu, J.; Camarero, P.R.; Ortiz-Santaliestra, M.E.; Mateo, R. (2016). Risk assessment of pesticide seed treatment for farmland birds using refined field data. Journal of Applied Ecology, 53(5), 1373-1381.

Millot, F.; Decors, A.; Mastain, O.; Quintaine, T.; Berny, P.; Vey, D.; Lasseur, R.; Bro, E. (2017). Field evidence of bird poisonings by imidacloprid-treated seeds : a review of incidents reported by the French SAGIR network from 1995 to 2014. Environmental Science and Pollution Research, 24, 5469-5485.

Tassin de Montaigu, C.; Goulson, D. (2021). Field evidence of UK wild bird exposure to fludioxonil and extrapolation to other pesticides used as seed treatments. Environmental Science and Pollution Research, 29 22151-22162.

Le Salon de la Chasse et de la Faune Sauvage 2023

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