Vautour, ce mal-aimé

Silhouettes suspendues dans le ciel azuré, les vautours nous font frissonner de fascination.

Autrefois quasiment disparus, ces oiseaux de proie ont été réintroduits voici quelques années dans le cadre de programmes de conservation.

Texte : Guillaume Calu

Mais ces rapaces indolents traînent aussi une très mauvaise réputation. Sortent-ils désormais de leur rôle de charognards ? Et quelles sont les bases écologiques susceptibles d’éclairer ce débat ?

Nécrophage opportuniste, le vautour assure avant tout un rôle d’éboueur naturel. Le plus abondant de nos vautours français n’est autre que le Vautour fauve (Gyps fulvus). Il a établi ses quartiers dans les Pyrénées, les Grands Causses du Massif Central ou encore les Alpes du Sud. Ses effectifs, en hausse de 51% en 10 ans, atteindraient 1300 couples.

En éliminant les cadavres, le vautour lutte contre les épizooties. Infatigable adepte du vol-à-voile, Harpagon se précipite au sol dès lors qu’un congénère a repéré le festin. C’est la fameuse « curée » durant laquelle des dizaines de Vautours fauves se disputent une charogne ! Les Vautours déchirent chairs et viscères avec leur bec tranchant, mais ne peuvent s’aider de leurs faibles griffes. Incapables de traquer ni de saisir une proie, ils ne méritent pas le titre de prédateurs.

Ainsi le vautour se fie-t-il à sa vue perçante pour rechercher en vol ses prochaines ripailles. Mais il ne différencie guère les charognes des animaux affaiblis, pour leur plus grand malheur ! Or cet opportuniste alimentaire peut être amené à attaquer une bête moribonde, gravement blessée ou en difficulté lors de mise bas.

Des attaques, mais à quelle fréquence ?

Ces dommages minoritaires sur le bétail sont bel et bien renseignés par des expertises vétérinaires. D’après les données publiées par le Plan National d’Actions « Vautour fauve et activités d’élevage », 37% des interventions de vautours ont lieu sur des animaux encore vivants (ante-mortem). Dans 8% de ces cas, le vautour a joué un rôle déterminant dans la mort de l’animal, soit 3% du total des cas expertisés.

Le Vautour fauve peut donc sortir occasionnellement de son rôle d’équarrisseur naturel.

Les biologistes avancent le chiffre 20 à 25 animaux domestiques par an. Cela reste faible, mais l’impact psychologique est considérable sur les éleveurs. Et pour cause, la bestialité d’une curée ne peut qu’impressionner l’observateur non averti !

Peut-on pour autant y voir un signe de surpopulation ? La fermeture des charniers espagnols (muladares) avait provoquée une hausse des attaques sur le bétail. Depuis, les cas sont plus rares, et les taux de reproduction ont chuté naturellement là où les ressources alimentaires se sont réduites.

 

 

Pas d’indemnisation pour les éleveurs !

Nous sommes vraisemblablement face à un phénomène naturel d’opportunisme alimentaire. Le nier n’apporte rien, et ignore l’écologie complexe de ces oiseaux de proie.

Demeure cependant l’épineuse question de l’accompagnement de la profession. Rappelons que le vautour est une espèce protégée mais qu’en dehors des lynx, loup et ours, les éleveurs ne bénéficient pas de mesures de dédommagements.

 

 

 

 

Barbau R. (2017). Quels discours planent autour des vautours ? Analyse des représentations sociales associées aux vautours, et plus particulièrement au Gypaète Barbu. Programme Life GYPCONNECT, 97 p.

Eliotout B. (2007). Le Vautour Fauve. Editions Delachaux & Niestlé, 191 p.

Poudré et al. (2017). Plan National d’Actions « Vautour fauve et activités d’élevage » 2017-2026.

Les Nouveaux Prédateurs

Comment ils menacent les hommes sans protéger les animaux

Un essai engagé qui met en évidence les dérives de l’écologie radicale et des militants antispécistes.
Protéger les animaux, leur assurer des conditions de vie décentes, consommer autrement en respectant notre environnement… Qui serait en désaccord avec ces principes fondamentaux ? Mais, on le sait, l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Aujourd’hui, les activistes antispécistes et les militants écologistes les plus radicaux détournent ces idées partagées par le plus grand nombre. Animés par une idéologie radicale, convaincus que l’intimidation peut remplacer l’échange démocratique, ils imposent, peu à peu, leur vision du ” meilleur des mondes ” : une société dans laquelle l’homme et l’animal seraient égaux en droits. Cette rupture philosophique ne peut être que dramatique, pour les humains mais aussi et surtout pour les animaux dont l’existence dépend en grande partie de nous.
Avec cet essai passionné, Charles-Henri Bachelier, spécialiste du monde rural et directeur de revues consacrées à la chasse et la nature, veut rétablir le débat et sortir des anathèmes. Argument contre argument, il met en lumière les limites et les dérives de la mouvance animaliste. Au fil des pages, il rappelle que la relation entre l’homme et l’animal est plus complexe qu’une accumulation de bons sentiments ou de slogans menaçants : il s’agit d’un lien fondamental, reposant sur des siècles de compréhension, de savoir-faire… bref, de civilisation. Un héritage que ce livre nous aide à mieux comprendre et à protéger.

Pin It on Pinterest

Share This