Après l’hécatombe de l’été – 4 000 oiseaux morts du botulisme – la Brière s’ouvre à la chasse dans un silence de mort. Les chasseurs dénoncent une gestion de l’eau absurde qui condamne la deuxième zone humide de France.
Après un été sec et meurtrier pour les oiseaux, comment se porte le marais de Brière, sa faune et sa flore ?
— ici Loire Océan (@iciloireocean) September 22, 2025
Première chasse de la saison et bilan accablant : "le marais est asséché". Montez avec nous en chaland pour constater 👇
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La scène a de quoi glacer. Ce dimanche, alors que partout en France les chasseurs retrouvaient les marais, les Briérons n’ont compté que trois maigres canards migrateurs. Aucun colvert, espèce décimée par le botulisme, cette intoxication liée à la sécheresse et aux eaux stagnantes. Plus de 4 000 cadavres d’oiseaux ont été ramassés cet été. « Quand vous avez ramassé autant de cadavres, vous n’avez plus envie de tuer », résume un chasseur.
Une zone humide en perdition
« C’est un silence de mort dans le marais », souffle Jean-René, 74 ans, écœuré. Lui qui a connu une Brière foisonnante n’a « jamais vu ça ». Le constat est partagé par son fils Frédéric Richeux, président de l’Union des chasseurs de gibiers d’eau de grande Brière (UCGECGM) : « Nous touchons le fond. Sept mille hectares d’eau douce et de biodiversité sont aujourd’hui en péril. La deuxième zone humide française est mourante ».
La tourbe, qui stocke le carbone, s’assèche. Les canaux baissent de vingt centimètres. Et dans ce paysage jadis façonné par l’eau douce, les chasseurs observent désormais… des méduses.
Les vannes ouvertes trop tôt
En cause, selon eux : une gestion calamiteuse de l’eau, au profit d’intérêts agricoles. « Les vannes sont ouvertes trop tôt au printemps. On vide le marais pour laisser passer les tracteurs et faucher la paille », dénonce Frédéric Richeux. Cette paille, utilisée comme fourrage, est ensuite revendue. Résultat : le marais se transforme en champ sec, terrain idéal pour le botulisme.
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« Savoir garder l’eau, ça paraît pourtant simple », martèle le président de l’UCGECGM. Les chasseurs n’ignorent pas la réalité du changement climatique, mais ils accusent les pouvoirs publics d’aggraver la situation en cédant systématiquement « au lobby agricole ».
Un patrimoine sacrifié
Au-delà de la chasse, c’est une culture et une identité qui vacillent. « Nous sommes avant tout Briérons. C’est notre patrimoine, notre héritage, notre mode de vie qui disparaît », s’inquiète Jean-René. Pour lui, le marais pourrait au contraire devenir un atout écologique majeur : une gigantesque réserve d’eau douce, capable d’absorber les aléas climatiques.
Mais encore faudrait-il en avoir la volonté. « Tout est là, c’est gratuit, il suffirait de fermer les vannes plus longtemps. Au lieu de ça, on préfère détruire », conclut Frédéric.
En Brière, la saison de chasse s’ouvre donc avec « le moral à zéro ». Plus qu’un loisir contrarié, c’est l’avenir même d’un territoire qui est en jeu.
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