Le Guga n’est pas écossais

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date 09 juin 2026
author Richard sur Terre

À Sula Sgeir, une poignée d’hommes tue des poussins de fous de Bassan depuis quatre cents ans. Des organisations londoniennes veulent les arrêter. Le scénario est familier.

Sula Sgeir est un rocher de l’Atlantique Nord, à soixante kilomètres au large de Lewis. Pas de route, pas d’habitant permanent. Chaque été, dix hommes de Ness font la traversée, campent sur place et tuent des poussins de fous de Bassan (les guga) selon une méthode transmise depuis le XVIe siècle. La chair est salée, consommée localement, et considérée comme un marqueur d’identité dans cette communauté des Hébrides extérieures. Le prélèvement est encadré par une dérogation explicite du Wildlife and Countryside Act britannique, soumis à licence annuelle de NatureScot, l’agence gouvernementale écossaise pour la nature.

En 2025, après deux années d’épizooties de grippe aviaire, NatureScot a réduit le quota de deux mille à cinq cents oiseaux et imposé des conditions de mise à mort. Une demande de licence pour 2026 est en cours d’instruction.

OneKind et la League Against Cruel Sports demandent aujourd’hui une « suppression progressive ». Protect the Wild publie un sondage affirmant que 77 % des Écossais ayant exprimé un avis soutiennent l’interdiction (sondage commandité par l’organisation elle-même et formulé pour produire ce résultat). La plus grande pétition jamais soumise au parlement écossais réclame la fin de la chasse. Des appels téléphoniques menaçants ont été passés depuis le sud-est de l’Angleterre vers des habitants de Ness : la police a été saisie.

Le Scottish Seabird Centre a rendu en mai 2026 un rapport recommandant la fin définitive de la licence, au motif que les preuves d’absence d’impact sur la colonie sont insuffisantes. NatureScot maintient que sa décision sera fondée sur les données scientifiques disponibles et pas sur l’arbitrage moral.

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Ce dispositif, les chasseurs français le connaissent dans ses moindres détails. Une pratique traditionnelle, légalement encadrée, exercée par une communauté rurale périphérique. Une pression médiatique construite sur l’émotion (on parle de poussins). Des sondages produits par les parties prenantes elles-mêmes, présentés comme reflet de l’opinion publique. Des organisations dont le siège social est à des centaines de kilomètres de la pratique qu’elles entendent abolir. Et la même formule rhétorique finale : la tradition ne justifie pas la cruauté.

Ce que OneKind dit aux pêcheurs de Ness, l’ASPAS le dit aux chasseurs français. L’outil change, mais pas le structure : délégitimer d’abord la pratique sur le terrain moral, contourner ensuite le cadre légal par la pression politique.

À Sula Sgeir, dix hommes attendent leur licence. Ils seront peut-être les derniers. La chasse à la glu provençale a disparu en 2021 sous pression européenne, sans que personne à Bruxelles n’ait la moindre idée de ce qu’elle fut. Le guga suivra le même chemin, ou il ne le suivra pas. Ce qui est certain, c’est que la décision ne sera pas prise à Ness.

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21 Commentaires :
  1. Jean 2
    09/06/26

    Bonjour, depuis 400 ans il y a prélèvement et la colonie est toujours là ,sans preuve d’
    impact sur la colonie d’un sens ou de l’autre(ou sont les études?), et gérer(quota abaissé)suite à la grippe aviaire, trop d’oiseaux au même endroit ce n’est pas bon, facteurs de contamination, donc en prélevés un peu ne peut être que bénéfique à mon avis,comme d’habitude on joue sur la sensiblerie ,ce n’est pas nouveau !autre chose ,des oiseaux qui ne mangent que du poisson, j’ai un doute sur le goût (,appréciation personnelle )

  2. Christophe Auroy
    09/06/26

    Face à la sensiblerie, il n’y a, malheureusement, pas d’arguments qui tiennent !

  3. Marc
    09/06/26

    Il n’y a eu personne pour défendre les quelques dizaines de chasseurs à la glu , y aura-t-il quelqu’un pour prendre le partie de ces quelques personnes qui essaient de maintenir une tradition elle aussi ancestrale ? J’en doute ! Comme Jean 2 , j’ai de gros doutes le le côté gustatif de ces oiseaux , à moins que la salaison masque le gout de poisson .

    1. AJH
      10/06/26

      Avec du haggis en entrée une bonne bière bien brune et un whisky pour finir on fait pas plus écossais. Le kilt n’est pas obligatoire pour la dégustation.

  4. Eléonore
    10/06/26

    Cette pratique résiduelle était, d’une manière ou d’une autre, appelée à disparaître. Ce qui se justifiait autrefois par la rareté de la nourriture ne l’est plus aujourd’hui à l’ère des supermarchés et de l’abondance. Tous les oiseaux marins sont déjà durement impactés par la pêche mondiale, qui dévaste les océans, et par la grippe aviaire que nous alimentons via l’élevage. Et puis tuer 500 poussins sur une colonie de 5 000 couples, ce n’est pas marginal du tout. On peut très bien faire preuve de sagesse et laisser tranquille cette colonie de fous de bassan.

    1. Jojo
      10/06/26

      Et la nature,par exemple cet hivers des dizaines de milliers de macareux morts du a de mauvaises conditions climatiques.certaines pratiques qui prelevent,2,3% ne portent pas atteinte a la population mais des l instant que ça touche les animaux il faut interdire .

      1. Eléonore
        11/06/26

        Vous pensez que, comme les oiseaux marins souffrent déjà beaucoup des conditions climatiques, des marées noires, de la pêche et des maladies, il faut en rajouter en allant tuer des poussins sans aucune nécessité? Quel curieux raisonnement.

        1. Jojo
          11/06/26

          Que je sache,ces prélèvements n ont jamais mis ces oiseaux en difficulté attaquer les véritables causes du déclin de certains.les gens comme vous ont refusé la stérilisation des oeufs de goélands alors qu il y en a de plus en plus,d après vous,plus d élevage,plus d agriculture,plus de chasse il nous restera les carottes et les salades et encore.

        2. Jojo
          11/06/26

          Cette pratique est aujourd’hui controlee et s effectué sous licence.quant aux fous de bassan leur population croît de 2% par an.

          1. Eléonore
            12/06/26

            Cette pratique cessera donc quand la licence sera retirée.
            La population croissait effectivement dans les années 90, après l’interdiction d’un pesticide qui décimait les oiseaux, et le chiffre que vous donnez date de cette période. Mais la situation a changé depuis: la pêche industrielle, les rejets d’hydrocarbures et l’influenza affectent sévèrement les oiseaux marins dans leur ensemble.
            Des captures qui étaient inoffensives hier peuvent être problématiques aujourd’hui.
            Les écossais sont attachés à leur patrimoine naturel, il est normal qu’ils prennent des mesures pour le protéger.

          2. Jojo
            12/06/26

            Non elle croit aujourd’hui de 2%,la population se porte bien, après si elle diminuait ce serait normal de la suspendre mais comme certaines espèces en forte croissance , cormorans,choucas ect.et qui cause des préjudices il ne faut pas y toucher.

          3. Eléonore
            12/06/26

            Il faut l’écrire au passé: la population croissait à la fin du XXe siècle, après avoir été décimée par les pesticides. La situation a changé ces dernières années, principalement du fait de la pêche industrielle et du dérèglement climatique, qui impacte les ressources alimentaires. De plus, l’épidémie très sévère d’IAHP de 2021-2023 a décimé de nombreuses colonies et tué des milliers d’oiseaux: -70% sur Bass Rock en Ecosse, -80% sur Rouzic en France, pour ne citer que deux colonies majeures en Europe. C’est bien pour cette raison que le plafond de captures a été fortement réduit en 2025 et pourrait être supprimé à l’avenir.

          4. Jojo
            12/06/26

            La population de fou de bassan se porte BIEN,voir UICN,les exemples que vous prenez sont dus a une mortalité de juvéniles sur une année comme en connaissent toutes les espèces.

          5. Eléonore
            15/06/26

            Il s’agit de mortalité massive d’adultes lors de l’épisode sévère d’IAHP, et non de la mortalité naturelle des juvéniles. Les conséquences de cette mortalité massive et l’effondrement de certaines colonies ont été largement documentés. On voit, sur les photos aériennes prises durant cet épisode, des colonies quasi désertes.

          6. Jojo
            15/06/26

            On doit pas avoir accès aux mêmes documents,si vous voulez

          7. Jojo
            15/06/26

            Quant a m uicn qui dit que la population se porte bien ,ce sont des rigolos d après vous

          8. Jojo
            15/06/26

            Il faut aussi préciser que cette épidémie ne s est produite que l année 2022et que depuis il y a eu un taux de reproduction assez élevé

  5. Eléonore
    15/06/26

    Au contraire, je suis ravie de voir que les listes rouges de l’UICN sont enfin prises au sérieux par les chasseurs! D’habitude, ils s’empressent de dire que les listes rouges n’ont pas de valeur.

  6. Jojo
    16/06/26

    Eléonore,la plupart des chasseurs sont d accord pour des moratoires lorsque les populations sont en déclin,mais pas pour des interdiction car après il est difficile de revenir. en arrière.exemple la bernache cravant qui est revenue a un effectif correct et interdit de chasse pourtant détruite dans d autres pays car elle cause des dégâts.mon accusé souvent la chasse en occultant les autres causes,ex.le chat, évalué a 75millions d animaux tués en france dont beaucoup de passereaux ect.ect.

  7. Eléonore
    16/06/26

    Vous êtes donc d’accord pour les moratoires sur la chasse du courlis cendré et de la barge à queue noire, puisque ces deux espèces sont en déclin avéré et classées sur les listes rouges nationale et mondiale de l’UICN.

    1. Jojo
      16/06/26

      Aucun soucis,mais par exemple pour le courlis,la chasse est un des facteurs de sa diminution mais la principale cause est la disparition de son habitat et la fauche des champs en période de reproduction, l interdiction de le chasser ne va pas changer grand chose si on n agit pas sur le reste.le problème est que bien souvent on sait qu attaquer la chasse.sujet relativement bien médiatisé dont certains en vivent très bien

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