Sécurité à la chasse : que disent vraiment les chiffres ?

Chasse Actu
date 27 janvier 2026
author Richard sur Terre

La peur de la chasse repose sur des images fortes et des chiffres souvent mal compris. Pourtant, dix années de données officielles montrent que le risque encouru par les non-chasseurs en période de chasse est extrêmement faible, localisé et sans rapport avec l’insécurité généralisée régulièrement invoquée dans le débat public.

Une analyse factuelle du risque encouru par les non-chasseurs en France (2015-2025)

À la suite de l’accident survenu le 17 janvier 2026 à Lent (Jura), où une joggeuse de 25 ans a été blessée lors d’une action de chasse, le débat sur la sécurité cynégétique a ressurgi avec une intensité prévisible. Certaines associations (comme l’ASPAS) ont immédiatement avancé des chiffres affirmant que « 70 % des non-chasseurs tués l’auraient été le week-end », pour justifier une interdiction dominicale généralisée de la chasse.

Que valent réellement ces affirmations lorsqu’on se fonde sur les données publiques disponibles ? Une analyse sur dix années complètes, reposant exclusivement sur les statistiques officielles de l’État, permet d’objectiver le débat et d’évaluer le risque réel encouru par les non-chasseurs en période de chasse.

Dix ans de données officielles continues

Les accidents de chasse font l’objet d’un suivi annuel exhaustif par l’Office français de la biodiversité (OFB), successeur de l’ONCFS. Les bilans distinguent systématiquement les chasseurs des tiers non-chasseurs, permettant une analyse spécifique du risque pour les promeneurs, riverains et autres usagers de la nature.

Sur la période 2015-2025, les ordres de grandeur sont remarquablement stables. Chaque saison, on recense en moyenne entre 10 et 25 non-chasseurs blessés, toutes gravités confondues. Sur l’ensemble de la décennie, cela représente environ 180 à 200 blessés non-chasseurs, soit 18 à 20 par an en moyenne.

La mortalité, en revanche, est nettement plus rare. Sur dix saisons complètes, le nombre total de décès de non-chasseurs reste inférieur à dix, avec plusieurs années sans aucun mort. Plus significatif encore : aucun non-chasseur n’a été tué par un accident de chasse sur les trois dernières saisons complètes (2022-2023 à 2024-2025).

Ce point n’est pas un détail : il marque une rupture nette par rapport aux décennies antérieures et témoigne d’une amélioration structurelle de la sécurité.

Week-end : une affirmation contredite par les rapports officiels

L’argument central avancé pour réclamer une interdiction dominicale repose sur l’idée d’une concentration des accidents de non-chasseurs le week-end. Cette affirmation ne résiste pas à l’examen des sources institutionnelles.

Le rapport sénatorial de 2022 sur la sécurité à la chasse — seule analyse officielle de la répartition temporelle des accidents — indique bien que 71 % des accidents de chasse, toutes victimes confondues, surviennent le week-end (46 % le dimanche, 25 % le samedi). Mais le même rapport précise explicitement que cette surreprésentation ne se retrouve pas pour les accidents impliquant des non-chasseurs, lesquels se répartissent de manière diffuse sur l’ensemble de la semaine, sans pic marqué le mercredi ni le week-end.

Aucune publication officielle de l’OFB ni aucun rapport parlementaire ne valide l’affirmation selon laquelle « 70 % des non-chasseurs seraient tués le week-end ». Cette statistique ne figure dans aucun document institutionnel accessible.

Évaluer le risque suppose de mesurer l’exposition réelle

Raisonner en termes de sécurité impose de rapporter les accidents à l’exposition réelle de la population. Or, celle-ci est massive.

Les services de l’État estiment la fréquentation annuelle des forêts françaises à environ 500 millions de visites par an, toutes activités confondues. La saison de chasse couvrant environ 45 à 55 % de l’année selon les territoires et les espèces, on peut estimer environ 250 millions de visites en forêt par an pendant la période de chasse.

Sur dix ans, cela représente environ 2,5 milliards de sorties en milieu naturel en période de chasse.

Cette estimation constitue une hypothèse volontairement large : elle inclut des zones non chassées, des journées sans battue, des horaires sans activité cynégétique et des profils peu exposés. Elle tend donc à surestimer l’exposition au risque, ce qui renforce la solidité du raisonnement.

Ce que donnent les chiffres, rapportés aux volumes

Rapportés à ces 2,5 milliards de visites, les 180 à 200 blessés non-chasseurs sur dix ans correspondent à un risque statistique moyen de :

Une blessure pour environ 12 à 15 millions de sorties en forêt pendant la saison de chasse.

Même en adoptant une hypothèse plus restrictive — en ne retenant que des randonneurs réguliers multipliant les sorties — le risque demeure de l’ordre d’un événement pour plusieurs millions de sorties.

A lire aussi : Sécurité à la chasse : une nouvelle PPL déposée au Sénat 

Concernant la mortalité, le constat est encore plus net.
Avec moins de dix décès de non-chasseurs recensés sur dix ans, et aucun sur les trois dernières saisons, le risque de décès relève statistiquement de la catégorie des événements exceptionnels à l’échelle nationale.

Comparaison avec d’autres risques du quotidien

Mis en perspective, ce niveau de risque apparaît particulièrement faible.

Chaque année en France, un individu a environ une chance sur 20 000 de mourir dans un accident de la route, et une chance sur 8 000 de décéder à la suite d’une chute accidentelle. Le risque d’être blessé par un chasseur pour un promeneur est, lui, comparable à celui d’être frappé par la foudre.

Autrement dit, le risque cynégétique pour un non-chasseur est sans commune mesure avec les dangers ordinaires acceptés sans débat public majeur.

Des accidents réels, mais très localisés

Reconnaître la faiblesse statistique du risque ne revient pas à nier les accidents. Les bilans de l’OFB montrent au contraire que ceux-ci se concentrent dans des configurations bien identifiées : battues au grand gibier, erreurs d’identification, non-respect des angles de tir, tirs en direction de zones habitées ou fréquentées.

Ces accidents ne traduisent pas un danger diffus de la forêt en période de chasse, mais un risque ponctuel, spatialement et temporellement circonscrit, largement évitable.

Dix ans de chiffres, trois constats clairs

Sur une décennie complète, les données publiques permettent d’établir trois faits difficilement contestables.

D’abord, le risque absolu encouru par un non-chasseur est extrêmement faible, de l’ordre d’un événement pour plusieurs millions de sorties.

Ensuite, la mortalité des non non-chasseurs est devenue exceptionnelle, au point d’être inexistante sur plusieurs saisons récentes.

Enfin, le décalage entre la perception du danger et sa réalité statistique est considérable, alimenté par la médiatisation de faits rares mais émotionnellement forts.

L’ASPAS (comme bien d’autres associations anti-chasse), peu connue pour s’émouvoir de la sécurité humaine, se sert de l’aspect émotionnel de l’accident de chasse pour instiller dans la population un sentiment d’insécurité qui, le croit-elle, conduira à l’interdiction de la chasse.

Il s’agit donc d’un moyen de propagande aux dépens de la vérité statistique.

Se promener en forêt pendant la saison de chasse n’est pas une activité dépourvue de tout risque. Aucune activité humaine ne l’est. Mais sur dix ans de données officielles, ce risque apparaît marginal, localisé et quantitativement infime, sans rapport avec l’insécurité généralisée largement évoquée dans le débat public.

À ce stade, la question posée n’est plus celle d’un danger statistique majeur, mais celle de la cohabitation des usages, de l’organisation des territoires et de la responsabilité individuelle. Le reste relève moins de l’analyse des faits que d’une construction idéologique.

Méthodologie

Cette analyse repose exclusivement sur les bilans annuels de l’Office français de la biodiversité (saisons 2015-2016 à 2024-2025), le rapport sénatorial sur la sécurité à la chasse (2022), et les estimations publiques de fréquentation des espaces naturels. Les calculs utilisent des hypothèses volontairement larges afin de ne pas sous-estimer l’exposition au risque.

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1 Commentaire :
  1. Lolo0126
    28/01/26

    Presque autant de risque que de croiser la route d’un OVNI…. A non mince LFI laisse se promener Ersilia Soudais et Sébastien DELOGU……. ça fausse drôlement les statistiques !!!! Au temps pour moi !!!!!

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