L’Allemagne remet le loup dans le droit de chasse

Chasse Actu
date 28 avril 2026
author Richard sur Terre

Après vingt-cinq ans de protection stricte, Berlin acte une bascule politique majeure : le loup reste protégé, mais il n’est plus placé hors de toute gestion.

Le loup allemand entre dans le droit de chasse. Le Bundestag a voté la réforme le 5 mars 2026, le Bundesrat l’a validée quelques semaines plus tard. La nouvelle règle est entrée en vigueur le 2 avril. Le gouvernement fédéral assume le changement : le retour du loup est un succès de la protection des espèces, mais son installation durable crée des conflits avec l’élevage. L’Allemagne ne célèbre plus seulement le retour d’un grand prédateur. Elle organise désormais les conditions de sa présence.

Une espèce installée

Pour l’année de monitoring 2024-2025, l’Allemagne compte environ 276 territoires de loups : 219 meutes, et 43 couples. Les foyers principaux se concentrent dans le Brandebourg, la Basse-Saxe, la Saxe, la Saxe-Anhalt et le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Le loup occupe désormais des paysages, traverse des exploitations, et s’installe dans des zones habitées et agricoles.

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La réforme inscrit donc le loup dans la loi fédérale sur la chasse. Les Länder pourront autoriser des tirs dans certaines régions, sous conditions, notamment lorsque l’état de conservation de l’espèce est jugé favorable. Une période de chasse du 1er juillet au 31 octobre est prévue, avec des possibilités de prélèvement hors période pour des loups ayant attaqué des animaux d’élevage malgré les protections. Le dispositif reste encadré par le droit européen et le droit allemand de la nature, mais le signal est clair : la protection ne suffit plus à elle seule à tenir la politique du loup.

Les associations de protection animale y voient une chasse injustifiée et inefficace contre les attaques. On peut en débattre. Mais le refus de gestion fabrique lui aussi des dégâts. Politiques d’abord, puis concrets. Quand les attaques s’accumulent et que les décisions n’arrivent pas, la colère sort du cadre légal.

Les troupeaux paient la présence du prédateur

Le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale donne une mesure précise de la tension. En 2025, ce Land a recensé 77 attaques présumées de loups sur des animaux de pâturage : 424 bêtes tuées, 39 blessées. Dans le même temps, le nombre de meutes y est passé de 19 à 28. Le ministre régional de l’Environnement a refusé de soutenir le texte au Bundesrat, en pointant des contradictions juridiques entre droit de chasse et droit de la nature, puis a annoncé la préparation d’un plan régional de gestion. Même les responsables réservés sur la méthode fédérale admettent que le dossier ne peut plus tenir sur des principes généraux.

Une attaque de loup ne se réduit pas à une statistique. Elle laisse des bêtes mortes dans une prairie, des animaux blessés à achever ou à soigner, un éleveur face aux constats, aux formulaires, aux clôtures à reprendre. Le débat public parle de coexistence. Sur le terrain, cette coexistence demande du temps, de l’argent, des chiens, du matériel, des nuits hachées, et parfois une perte nette malgré les protections. La question tient dans cette facture. Qui la porte, et combien de temps peut-on demander aux mêmes de l’absorber au nom d’un bénéfice écologique collectif ?

Le cas allemand s’inscrit dans un mouvement plus large. Le statut de protection du loup a été assoupli au niveau européen, ouvrant la voie à des politiques nationales moins rigides. Plusieurs pays passent d’une logique de retour à une logique de régulation. Ce n’est pas la fin du loup comme espèce protégée. C’est la fin d’une fiction : celle d’un animal qu’on admire à distance, dont on célèbre le retour, et dont on laisse les territoires assumer seuls les conséquences.

L’Allemagne n’a pas résolu le dossier. Elle ne garantit pas que chaque Land appliquera la réforme avec justesse, ni que les tirs réduiront effectivement les attaques. Mais elle a posé un acte : un animal revenu dans le paysage revient aussi dans le droit, dans les conflits d’usage, dans les budgets publics, et dans les décisions que personne ne veut prendre à la place des territoires.

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2 Commentaires :
  1. gilbert
    29/04/26

    Mme Lefevre (chroniqueuse des GG sur RMC ), une rubrique lui a été consacrée sur ce site disait qu’en Allemagne il n’y avait pas de difficulté avec le loup. Elle se serait trompée ?

  2. Houlotte
    30/04/26

    Vous parlez de bénéfice écologique: concrètement c’est quoi ce bénéfice? En quoi compense t-il son coût?

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