Les chasseurs “primitifs” ont de la mémoire

Anti-chasse
date 24 août 2026
author Richard sur Terre

Samedi matin, je buvais mon café aux Halles de Nîmes, en terrasse, quand j’ai attrapé La Gazette de Nîmes qui traînait sur la table. Tiens, un anti-chasse nîmois ! L’espèce est rare.

Entre deux gorgées de café bien fort comme j’aime, je tombe sur un billet signé Jacques Sarran-Triaire, de Nîmes, consacré à une scène qui venait manifestement de lui causer quelque trouble : à Sumène, le 15 août, après une messe de Saint-Hubert, on avait béni des chiens de chasse.

Il n’en fallait à priori pas davantage pour que cette personne (inconnue de moi), sorte son plumier pour commettre un papier pour la locale feuille de chou.

« On a cru d’abord à un pastiche des Deschiens », écrit notre homme, avant de s’étonner de voir bénir ces « canidés dressés à traquer pour le plaisir de tuer » et de regretter que tout cela nous ramène à de « primitives pratiques ».

Mais Jacques Sarran-Triaire semble aussi perplexe devant la date de cette cérémonie. Saint Hubert, nous explique-t-il doctement, serait fêté le « 3 décembre », tandis que les Suménois ont eu l’étrange idée de célébrer une messe de Saint-Hubert le 15 août.

Aïe ! Saint Hubert se fête le 3 novembre. Un mois d’avance pour dénoncer plusieurs siècles de retard, voilà qui méritait déjà que je repose ma tasse. Alors je l’ai reposée, pensif.

À lire ce billet, on pourrait croire que quelques chasseurs de Sumène ont inventé cet été une cérémonie improbable, quelque part entre l’apéro communal et une poussée soudaine de mysticisme cynégétique.

Or la bénédiction des chiens de chasse est une pratique ancienne. Très ancienne, même.

Elle s’inscrit dans une tradition chrétienne de bénédiction des animaux qui remonte au Moyen Âge, dans un monde où chevaux, troupeaux et chiens partageaient quotidiennement le travail et parfois la survie des hommes. Le culte de saint Hubert s’est lui-même très tôt trouvé associé aux chasseurs, aux chiens, aux chevaux et, pendant des siècles, à la protection contre la rage.

Quant aux bénédictions de meutes et aux messes de Saint-Hubert telles qu’on les connaît encore aujourd’hui, elles sont abondamment documentées depuis bien plus d’un siècle.

Des photographies du début du XXe siècle montrent déjà des chiens de chasse rassemblés devant des églises pour recevoir leur bénédiction. En 1951, Le Monde racontait encore très naturellement une messe de Saint-Hubert à Avon au terme de laquelle plusieurs dizaines de chiens furent bénis avant le départ des équipages.

A lire aussi : France 3 fait le travail anti-chasse

Et à Sumène même, nul besoin d’ouvrir les grimoires. En 2009, à l’occasion des cinquante ans de la société de chasse locale, le programme municipal annonçait déjà une « bénédiction des chiens suivie d’une messe Saint-Hubert », avec fanfare et chorale du village.

Dix-sept ans avant que la scène ne soit découverte comme « primitive », elle faisait donc déjà tranquillement partie de la vie locale. Mais bon. Ne tapons pas sur l’ignorance de la personne (c’est pas le genre de la maison). Après tout, personne n’est tenu de connaître l’histoire des messes de Saint-Hubert. Je pourrais moi-même remplir des colonnes entières avec tout ce que j’ignore.

Ce qui est plus curieux en revanche, c’est de transformer immédiatement sa propre ignorance en incongruité du monde qui nous entoure.

C’est un réflexe assez merveilleux. Ce que je ne connais pas n’a pas d’histoire. Ce que je ne comprends pas est absurde.

Il y a même quelque chose de délicieux à connaître suffisamment mal une tradition pour se tromper sur la date de son saint patron, mais suffisamment bien pour expliquer à ceux qui la pratiquent qu’ils la pratiquent de travers.

Samedi matin, aux Halles de Nîmes, j’ai donc terminé mon café et reposé La Gazette. À Sumène, quelques chiens avaient reçu un peu d’eau bénite. Ils s’en sont probablement remis. L’auteur aussi, je l’espère. Sa découverte du patrimoine local semblait avoir été des plus éprouvantes.

A voir en vidéo :

Richard sur Terre
Richard sur Terre Vidéaste et rédacteur en chef de Chasses Éternelles, Richard sur Terre travaille sur les questions liées à la chasse, à la ruralité et à la biodiversité.
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4 Commentaires :
  1. Herlé Kaigre
    24/08/26

    Bonjour
    Je me permet de demander si la photo est l’image d’illustration de l’article du journal.
    Il me semble que l’image n’a rien a voir avec Sumène.
    Le fait est que l’auteur de l’article, je n’appelle pas ça un journaliste, critique la foi plus que la chasse, il est plus dans le mouvement anti-chrétien qu’anti chasse.
    Dans un soucis d’équité, s’exprime t’il aussi contre l’égorgement des koufars et des moutons et les traditions de l’islam ?
    J’adore ces gens qui surfent sur l’opinion publique et vont dans le sens du courant, malheureusement ce n’est pas du triphasé.
    Encore un woke bienpensant.

  2. gilbert
    24/08/26

    Ce qui est navrant, au delà de l’ignorance de ce « journaliste » sur les coutumes les bénédictions et la chasse etc.. c’est qu’un journal de la PQR publie un article sans vérification. Le rédacteur en chef est peut-être aussi coupable que le « journaliste ». Vérifiez ce qui est imprimé, ou alors je vais signer un article sur « Le rapport de l’église avec les champignons d’arbre à la fin du XII siècle ». Complétement idiot !

  3. AJH
    24/08/26

    Le même s’il n’était pas anti chasse et un tant soit peut cultivé trouverait charmante la bénédiction des bateaux qui se pratiquent ds quelques ports justement au 15 août.

  4. Jean 2
    26/08/26

    Bonjour, ce journaliste est-il peut-être aussi choqué par les chiens militaires recevant des médailles pour bravoure et service à la nation?c’est quoi son problème ?les chiens ?la religion ?les traditions ?les traditions d’un peuple ou d’une région font son identité et sa culture, cet ignorant devrait le savoir!.

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