En juin 2025, le loup passait de « strictement protégé » à « protégé » en Europe. Un an plus tard, les attaques s’accumulent et les dispositifs restent inapplicables. Ce déclassement est-il un affichage ?
Alors que le prédateur n’en finit plus de sévir dans les élevages, la question de la sécurité des habitants, à la campagne comme à proximité des villes, est posée.
— Le Point (@LePoint) May 12, 2026
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Le vote de juin 2025 au sein de la Convention de Berne avait été salué comme un tournant. Pour la première fois depuis des décennies, le statut juridique du loup en Europe reculait d’un cran. En France, cette évolution s’est traduite par un nouvel arrêté applicable depuis le 1er avril 2026 : le quota de prélèvement passe de 19 % à 21 %, et les tirs de défense deviennent déclaratifs dans les zones les plus exposées. Sur le papier, c’est une avancée pour les éleveurs. Sur le papier en tout cas.
Car les fondements du problème restent intacts. Les prélèvements préventifs demeurent interdits en dehors de cas de dommages exceptionnels (là où la Suisse, pourtant soumise aux mêmes contraintes européennes, a su dégager une marge de manœuvre plus opérationnelle). Et la nuit, là où l’essentiel des attaques se produit, le dispositif se heurte à une absurdité réglementaire : le monoculaire thermique est autorisé, mais pas la visée thermique sur arme. L’éleveur détecte le loup, pose le monoculaire, reprend son fusil…et tire dans le noir. Bref.
12 000 brebis par an, et une loi d’urgence qui n’urgence pas
Chaque année en France, plus de 12 000 brebis sont tuées, blessées ou euthanasiées du fait de la prédation lupine. À l’échelle européenne, ce sont 60 000 animaux d’élevage attaqués annuellement, pour une population estimée à 23 000 loups en Europe de l’Ouest.
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Dans ce contexte, le volet prédation de la Loi d’urgence agricole est attendu avec un scepticisme qu’on ne peut pas qualifier de mauvais esprit. Les éleveurs ont déjà vu trop de textes prometteurs se dissoudre dans des circulaires impraticables. Ce que réclament la plupart d’entre eux n’est pas la disparition du loup mais des outils cohérents : des tirs de nuit techniquement viables, une brigade loup aux moyens renforcés, des louvetiers dont le rôle soit reconnu sans délais administratifs paralysants.
La (fausse) question humaine
Dans une chronique publiée le 12 mai 2026 dans Le Point, Jean-Paul Pelras pose la question de la sécurité humaine en convoquant le spectre de meutes s’attaquant à des randonneurs ou des enfants. Les cas italiens qu’il cite (une habitante du Val di Rabbi attaquée en février, un agriculteur du Sud-Tyrol hospitalisé en soins intensifs en mai 2025) sont réels et méritent d’être regardés en face. Mais les habiller de la rhétorique du chaos imminent, c’est prendre le risque de desservir le dossier : les défenseurs du loup n’attendent que ce type de glissement pour discréditer l’ensemble d’un argumentaire qui, sur les faits pastoraux seuls, est pourtant solide.
La vraie question n’est pas de savoir si le loup attaquera bientôt un promeneur en France. Les éleveurs, eux, n’ont que faire des peurs enfouies dans l’inconscient collectif européen. Ils ont besoin d’outils qui fonctionnent la nuit, de procédures qui ne les paralysent pas et d’une politique qui regarde le terrain droit dans les yeux.
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