En décembre 1946, le garde-chasse Louis Boistard est tué de quatre coups de feu après une battue dans l’Indre ; deux chasseurs avouent sous la torture, puis se rétractent. La Cour de cassation rend sa décision le 2 juillet 2026.
Affaire Mis et Thiennot : 80 ans après, une erreur judiciaire enfin réparée ?
— L'Humanité (@humanite_fr) June 11, 2026
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Le dimanche 29 décembre 1946, dernier jour de chasse de la saison, quatorze chasseurs se répartissent en deux équipes pour une battue au bois Jacques des Bœufs, près de Mézières-en-Brenne, dans l’Indre. Le château du Blizon, propriété de l’industriel sucrier Jean Lebaudy et de son domaine de 2800 hectares, organise ce jour-là sa première fête de Noël pour le personnel. Vers 15h30, un métayer de la régie entend une altercation entre des chasseurs et l’un des deux gardes du domaine, Louis Boistard.
Le soir, Boistard ne rentre pas chez lui. Son épouse alerte le régisseur, qui prévient la gendarmerie. Le 31 décembre, son corps est retrouvé criblé de plombs, à demi immergé dans l’étang des Saules, par un autre garde du domaine. L’autopsie relève quatre tirs distincts, dont deux à bout portant.
Les gendarmes interrogent rapidement les chasseurs présents la veille, parmi lesquels Gabriel Thiennot et la famille Mis (le père Jacob et ses deux fils Raymond et Stanislas, des immigrés polonais installés dans la région depuis six mois). Une perquisition chez Thiennot fait apparaître une bourre de cartouche identique à celle retrouvée dans la blessure du garde.
Commence alors une garde à vue de huit jours à la mairie et à la gendarmerie de Mézières-en-Brenne. Le 5 janvier 1947, après six jours d’interrogatoire, Gabriel Thiennot signe ses aveux. Raymond Mis et Bernard Chauvet suivent le 7, Émile Thibault le 8. Les méthodes employées par le commissaire Daraud et son équipe seront décrites plus tard par les accusés : coups, oreilles décollées, côtes cassées, suspects nus et à genoux sur des règles en fer. Six autres compagnons, considérés comme complices, subissent le même traitement. Les coups sont constatés par le médecin et les gardiens dès leur arrivée en prison.
Dès leur incarcération à Châteauroux, tous reviennent sur leurs aveux. À la mi-janvier, l’avocat parisien André Le Troquer prend leur défense et construit sa stratégie sur la rétractation, signée selon lui sous la torture.
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Le procès s’ouvre du 24 au 27 juin 1947 à Châteauroux. Les journalistes présents le qualifient de « procès de la torture ». Mis et Thiennot sont condamnés à 15 ans de travaux forcés. Deux autres procès suivent, à Poitiers puis à Bordeaux, où la cour d’assises de Gironde confirme la peine le 15 juillet 1950, assortie de 10 ans d’interdiction de séjour. Leurs soutiens relèveront un détail troublant : la pression exercée sur les enquêteurs par Jean Lebaudy lui-même, propriétaire du domaine où Boistard a été tué.
Sous l’effet d’une campagne de presse qui dépasse les frontières de l’Indre, Mis et Thiennot sont graciés en 1954 par le président René Coty. Mais aux yeux de la loi, ils restent coupables pour le reste de leur vie.
En 1980, l’instituteur et écrivain Léandre Boizeau relance l’affaire avec son livre-enquête « Ils sont innocents » et fonde un comité de soutien. Quarante-six ans de combat suivent, marqués par six requêtes en révision rejetées. En 2021, le comité obtient une modification de la loi permettant la révision des procès fondés sur des aveux extorqués sous la torture. Le 19 février 2026, la révision est enfin accordée (Mis étant mort en 2009 et Thiennot en 2003, c’est une procédure posthume).
Le 11 juin 2026, treize magistrats de la Cour de cassation examinent l’affaire à Paris. L’avocat général Pascal Bougy demande la confirmation de la condamnation. L’avocat de la fille de Boistard, partie civile, dénonce un « roman bâti sur des inventions et des rumeurs », tout en rappelant que la Cour elle-même a reconnu les violences subies par les accusés en février 2026. La décision est mise en délibéré au 2 juillet 2026, dernière étape d’une procédure sans appel ni pourvoi possible, quatre-vingts ans après la mort d’un garde-chasse dans un étang de la Brenne.
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