Fontainebleau : mobilisation massive, compétence absente

Faits-divers
date 20 juillet 2026
author Richard sur Terre

Cinq mille bénévoles mobilisés en quelques heures pour sauver chevaux, ânes et chats de l’incendie de Fontainebleau. Une professionnelle du secours animalier alerte sur les dangers de cette mobilisation non encadrée, entre incompétence de terrain et récupération d’image.


L’incendie de Fontainebleau a suscité un afflux spontané de bénévoles relayé en boucle sur les réseaux sociaux, alors même que l’accès aux zones sinistrées restait interdit. Laura Affortit, vice-présidente de la Patrouille de prévention des risques animaliers (PRAN) et ancienne sapeur-pompier, a détaillé au Point ce que ces images ne montrent pas : des bénévoles en robe et en claquettes, jambes découvertes, embarquant des chevaux dans des vans alors que la fumée était noire et épaisse. Un choix qui, selon elle, aggrave l’exposition respiratoire de l’animal plutôt que de le protéger.

En effet, manipuler un animal en situation de stress extrême exige une formation spécifique. Affortit cite le cas d’un cheval qui, pris de panique, peut écraser le pied d’un bénévole non préparé. Elle rappelle aussi qu’une association du Var a évacué des chevaux sans savoir où ils avaient été déposés, aboutissant à des animaux perdus. La PRAN, elle, travaille avec des lieux d’accueil identifiés à l’avance et des bénévoles enregistrés chaque année, précisément pour éviter ce type de dérive.

Le cas le plus révélateur reste celui d’un chevreuil affaibli, poursuivi pendant plusieurs heures par des bénévoles non formés avant d’être euthanasié dans la nuit. Affortit résume elle-même l’erreur : « Peut-être fallait-il tout simplement le laisser tranquille. » Une évidence pour quiconque pratique la gestion de la faune sauvage au quotidien, mais un réflexe que l’émotion collective écrase systématiquement en période de crise.

Affortit ne se contente pas de pointer l’impréparation individuelle. Elle relève un recrutement massif de bénévoles via les réseaux sociaux, mené sans possibilité de vérifier leurs compétences ni leur capacité à ne pas gêner les secours officiels. Elle conclut sur un constat plus large : certaines structures se servent des drames et des animaux en souffrance pour faire avancer leur agenda politique ou stimuler les appels aux dons.

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Le propos est sévère venant d’une professionnelle du secours animalier, extérieure au monde cynégétique et donc sans intérêt à ménager les fédérations de chasse. Il fait pourtant écho à un mécanisme que Chasses Eternelles documente depuis longtemps chez plusieurs associations animalistes : la capacité à transformer un événement dramatique, incendie, noyade, accident de chasse, en matériel de communication et de collecte, indépendamment de l’efficacité réelle de l’intervention sur le terrain.

Plutôt que la mobilisation de masse, la PRAN développe des fiches techniques par filière animale destinées aux maires et aux services communaux, souvent démunis face aux spécificités de chaque espèce en temps de crise. L’association vise un appui technique en amont, pas une agitation le jour J. Une approche qui suppose l’anticipation, la traçabilité sanitaire et la formation, soit l’inverse de la mobilisation virale.

L’incendie de Fontainebleau aura donc produit deux images contradictoires : celle, spectaculaire, de milliers de volontaires accourus pour sauver des animaux, et celle, plus discrète, d’un chevreuil mort après avoir été traqué par des mains bien intentionnées mais mal formées.

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