Afrique centrale : interdire la viande de brousse ?

Chasse à l'étranger
date 06 juillet 2026
author Richard sur Terre

Une étude menée par 46 chercheurs sur 12 000 foyers révèle que le gibier reste vitale pour l’alimentation de millions de ruraux d’Afrique centrale, et qu’une interdiction totale ferait courir un risque de crise alimentaire majeure.

Mattia Bessone, biologiste de la conservation au Max Planck Institute of Animal Behavior, a coordonné avec 45 collègues issus de 33 institutions et 12 pays une étude publiée dans Nature. Le travail s’appuie sur la base Wildmeat, alimentée depuis quinze ans par des chercheurs et professionnels du secteur. L’équipe a compilé 30 études menées sur 252 sites répartis dans six pays d’Afrique centrale, couvrant 12 453 ménages.

Dans cette région, la viande d’élevage reste rare : infrastructures de transport défaillantes, maladies du bétail, manque de fourrage. Le gibier et le poisson d’eau douce constituent donc l’essentiel de l’apport en protéines animales pour des millions de foyers autour de la forêt du bassin du Congo, la deuxième plus vaste forêt tropicale humide au monde.

Les résultats chiffrent l’ampleur du phénomène. En moyenne régionale, la viande de brousse couvre 18 % de l’apport quotidien en protéines recommandé par l’OMS. Ce taux grimpe à environ 20 % en zone rurale, contre 13 % dans les villes semi-rurales proches des forêts et seulement 6 % dans les grandes capitales. Dans certaines zones isolées de République du Congo et de République centrafricaine, il avoisine 100 %.

L’étude confirme aussi une tendance de fond : sur les vingt dernières années, la part du gibier vendue plutôt que consommée par les chasseurs de subsistance en Afrique subsaharienne est passée de 34 % à 72 % des prises. Les foyers ruraux vendent aujourd’hui l’essentiel de ce qu’ils chassent, portés par la demande urbaine.

A lire aussi : Les charognards du bien

L’épidémie récente due au virus Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda, transmis par la manipulation d’animaux sauvages infectés, a réactivé les demandes d’arrêt pur et simple du commerce et de la consommation de gibier. Les chercheurs mettent en garde contre les conséquences d’une telle mesure : dans la plupart des zones rurales concernées, elle priverait des populations entières d’une source de protéines sans alternative immédiate accessible ni abordable.

Les auteurs plaident à l’inverse pour un encadrement légal de l’usage des espèces non protégées, construit avec les chasseurs et consommateurs eux-mêmes, plutôt que pour une prohibition générale. Un tel cadre permettrait selon eux à la fois une gestion plus durable des populations animales et une meilleure détection précoce des maladies transmises par la faune sauvage.

L’étude pointe un paradoxe : même dans les grandes villes où des alternatives existent, le gibier continue d’être recherché. Deux raisons reviennent chez les personnes interrogées. Il est perçu comme plus sain que les viandes congelées importées, associées aux antibiotiques et à une chaîne du froid peu fiable. Il reste aussi porteur d’une valeur culturelle et sociale que la volaille ou le poisson d’élevage n’ont pas.

Les chercheurs anticipent une hausse continue de cette demande urbaine avec l’accélération de l’urbanisation du continent, et donc une pression croissante sur la faune des zones forestières environnantes si rien n’évolue dans l’offre alternative en protéines.


A voir en vidéo :

Partager cet article
3 Commentaires :
  1. Jean 2
    06/07/26

    Bonjour, effectivement c’est un moyen de subsistance pour eux(consommation et vente), comme autrefois chez nous,hé Oui,une population en augmentation et le « bétonnage « est un risque pour la biodiversité et leur tradition si ce n’est pas géré ,mais nous n’avons pas de leçon à leur donner, si ce n’est de les avertir de nos propre erreurs .

  2. Yann Moze
    06/07/26

    Le problème est insolvable à l’heure actuelle et il n’est pas certain qu’il soit plus facile à résoudre dans le futur. Même si l’on trouvait un moyen de fournir en viande d’élevage une partie des gens habitant la bassin du Congo, ils préfèreront toujours la viande de brousse. C’est leur façon de se nourrir. La viande de brousse « donne la force ».

  3. Houlotte
    07/07/26

    Ils sont chez eux. Ils vivent selon leurs traditions. Nous n’avons pas à leur dicter quoi que ce soit. Nous payons des chercheurs pour étudier cela? C’est super de gagner sa vie en sillonnant l’Afrique en Land Cruiser et en allant « récupérer » dans les hôtels de luxe des capitales. Scandaleux. De toutes façons les densités de population sont si faibles que la nature ne craint rien.

Soumettre un commentaire

Dans la même catégorie

Articles les plus récents