Sangliers : la plage la plus chère de la Costa Brava

Faits-divers
date 20 mai 2026
author Richard sur Terre

En août 2022, une fillette de dix ans jouait avec d’autres enfants sur la plage Gran de Cadaquès. Un sanglier a surgi, l’a percutée et lui a planté un grès à quelques millimètres de l’artère fémorale. Sa famille réclame aujourd’hui 70 000 euros à la commune. L’affaire vient de ressurgir dans la presse espagnole.

L’Alt Empordà (c’est là que ça se passe) jouxte le Parc naturel du Cap de Creus, première réserve maritime et terrestre de Catalogne, classée depuis 1998. Cadaquès en est le cœur touristique : maisons blanches, eaux transparentes, 2 900 habitants l’hiver et plusieurs dizaines de milliers de visiteurs l’été. C’est aussi, selon les données du Programme de suivi des populations de sanglier de la Generalitat de Catalunya, la zone affichant la densité la plus élevée de toute la région : 14,7 sangliers par kilomètre carré lors de la saison 2024-25. Trois fois plus que le seuil que le syndicat agricole Unió de Pagesos juge déjà inacceptable.

Au début des années 2000, la Catalogne comptait environ 106 000 sangliers, soit 3,5 individus par km². Aujourd’hui, les estimations du département de l’Action Climatique atteignent 200 000, avec une concentration particulière dans la province de Gérone. En vingt-cinq ans, la population a presque doublé. La province de Gérone affiche à elle seule une densité moyenne de 12 individus au km², bien au-delà du reste du territoire catalan.

Un parc naturel qui complique la régulation

La présence du Parc naturel du Cap de Creus crée une situation structurelle particulière. La loi de protection de 1998 ne supprime pas la chasse, mais la soumet aux instruments d’aménagement du parc, c’est-à-dire à une gestion spécifique qui ralentit et encadre toute intervention. En été, saison touristique maximale, l’organisation de battues dans et autour d’une zone balnéaire fréquentée est mécaniquement impossible. Les sangliers, eux, ne respectent aucun calendrier. Ils descendent vers la côte, attirés par la nourriture accessible (poubelles ouvertes, restes laissés sur les plages, nourriture déposée pour les colonies de chats), et leur taux de reproduction s’emballe en milieu périurbain. Selon le vétérinaire spécialiste Carles Conejero, de l’Université autonome de Barcelone, une femelle atteint le seuil de reproduction en six mois en zone urbaine, contre un an en milieu naturel. La ville nourrit la surpopulation qu’elle refuse ensuite de réguler.

70 000 euros et trois ans de silence administratif

Le 1er août 2022, vers vingt-deux heures, la fillette jouait sur la plage Gran avec d’autres enfants. Un sanglier a déboulé sur la plage, provoquant la panique. Elle a tenté de protéger un garçon de six ans. Elle est tombée. L’animal l’a percutée de plein fouet, lui plantant un grès dans la partie haute de la jambe, à quelques millimètres de l’artère fémorale. Elle a été hospitalisée à Figueres. Son avocat indique qu’elle est toujours en traitement, souffre d’un syndrome de stress post-traumatique et conserve une cicatrice permanente.

A lire aussi : Messanges : un sanglier attaque une femme dans un quartier résidentiel

La famille a engagé une procédure d’indemnisation auprès de l’assureur de la commune. La mairie, de son côté, a ouvert d’office une procédure administrative parallèle (alors que la fillette était encore hospitalisée), procédure à laquelle la famille n’a pas pris part, ayant opté pour la voie directe. Le dossier municipal a été classé. Depuis trois ans, la commune de Cadaquès n’a donné aucune réponse formelle. L’avocat Xavier Coca parle de labyrinthe bureaucratique et annonce le dépôt d’un contentieux devant la justice avant l’été 2026 si le silence se maintient.

Après l’attaque, la mairie avait reconnu que la présence de sangliers dans le village constituait un problème grave. Une battue avait été organisée avec les « Agents Rurals ». 

Le coût de l’inaction

Ce que révèle l’affaire de Cadaquès c’est le fonctionnement ordinaire d’un système qui tolère la surpopulation au motif que la zone est protégée, que la saison touristique complique les interventions, et que les riverains ont pris l’habitude de voir des sangliers descendre au village. Le sanglier est responsable de 49 % des dommages causés par des animaux sauvages en Catalogne, selon les données du département de l’Agriculture pour la saison 2024-25. C’est la première espèce, loin devant toutes les autres.

À Barcelone, une gestion active et coordonnée a permis de réduire de 70 % les incidents liés aux sangliers en deux ans. À Cadaquès, la réponse à un enfant blessé a été une battue de rattrapage et trois ans de silence institutionnel. La famille demande 70 000 euros. La commune ne répond pas. Le sanglier, lui, est toujours là.

A voir en vidéo :

Partager cet article
Pas de commentaire :
Soumettre un commentaire

Dans la même catégorie

Articles les plus récents