Une fondation californienne a versé près de 12 millions de dollars à L214 en neuf ans. Pendant ce temps, l’État français subventionne indirectement l’association via la déductibilité fiscale des dons.
INFO @Les Z’Homnivores : L214 a reçu 5,8 millions de dollars d’un fonds américain fin 2025, portant le total à près de 12 millions en 9 ans.
— Les Z'Homnivores (@leszhomnivores) May 11, 2026
Ce nouveau don témoigne d’une accélération de l’ingérence étrangère dans la production alimentaire française.
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Depuis 2017, L214 entretient une relation financière régulière avec Open Philanthropy Project, rebaptisée Coefficient Giving fin 2025. Les montants sont publics, publiés simultanément sur le site de la fondation américaine, dans les rapports annuels de L214 et au Journal officiel. Premier versement en 2017 : 1,14 million d’euros sur trois ans, fléché sur les campagnes poulets de chair et le développement des enquêtes. Renouvellement fin 2020 : 1,4 million d’euros sur deux ans. Nouveau don en 2023 : 1,644 million d’euros sur deux ans, auquel s’ajoute une enveloppe complémentaire de 236 000 euros pour le volet politique européenne. Selon Les Z’Homnivores, un don de 5,8 millions de dollars aurait été versé fin 2025 (ce montant n’est pas encore inscrit dans la base publique de Coefficient Giving au moment de la rédaction, mais il est cohérent avec la trajectoire et la montée en puissance générale de la fondation, qui a franchi en 2025 le seuil du milliard de dollars distribués en un seul exercice).
Au total, c’est près de 12 millions de dollars en neuf ans pour une seule organisation française. En 2024, les contributions d’Open Philanthropy représentaient 15% des ressources de L214, soit environ 1,6 million d’euros sur un budget de 10,7 millions.
Une fondation qui sait ce qu’elle achète
Coefficient Giving est une organisation américaine de conseil et de financement philanthropique fondée par Cari Tuna et Dustin Moskovitz, cofondateur de Facebook. Elle fonctionne selon les principes de l’altruisme efficace : identifier les causes « larges, tractables et négligées », y injecter des capitaux, mesurer le retour sur investissement en nombre d’animaux affectés. Elle se définit elle-même comme « le plus grand bailleur mondial du bien-être animal d’élevage. »
Dans son bilan 2025, Coefficient Giving se félicite que L214 ait conduit la campagne ayant convaincu LDC Group, premier producteur de poulets en France, à adopter l’European Chicken Commitment pour ses deux marques phares d’ici 2028 (une décision qui concernerait environ 40% du marché français du poulet, soit jusqu’à 400 millions de volailles par an). L’argent américain a donc produit un résultat concret sur la filière avicole française.
En soi vous allez me dire que c’est du bien-être animal « en plus » et que finalement c’est peut-être pas si mal. Sauf que ça soulève une question d’une autre ampleur.
Une privatisation silencieuse de la politique agricole
Ce résultat n’a pas été obtenu par la voie démocratique. Il a été obtenu par pression directe sur une entreprise privée, financée depuis San Francisco via une ONG française. C’est le modèle que Coefficient Giving déploie à l’échelle mondiale : plus de 467 millions de dollars ont été distribués à plus de 170 organisations dans le monde entre 2016 et 2025, avec une domination des campagnes poulet représentant environ 40% des financements. L214 est une pièce d’un dispositif mondial coordonné. Pas une association indépendante qui aurait trouvé un mécène bienveillant.
D’anciens ministres de l’agriculture britanniques ont alerté sur le fait que cet afflux de capitaux étrangers donne aux ONG un levier qui dépasse les ressources des ministères et des organisations professionnelles agricoles. En France, ce constat n’a suscité aucune réaction gouvernementale comparable.
Le contribuable français dans la boucle
Les dons de particuliers à L214 sont déductibles à 66% de l’impôt sur le revenu. Ce qui constitue, vous aurez noté, une aide indirecte de l’État. Concrètement : pour chaque euro versé à L214 par un contribuable français imposable, l’État en prend 66 centimes à sa charge. Sur les 76% de ressources provenant de la générosité publique (soit environ 8,1 millions d’euros en 2024) une fraction significative est donc subventionnée par le Trésor public français.
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L214 ne reçoit pas de subventions publiques directes, elle le répète à l’envi dès qu’on lui tend un micro.. Mais la déductibilité fiscale est une subvention indirecte, silencieuse et automatique. C’est d’ailleurs la première chose que vous dit un militant en gilet orange qui vous alpague près de la fontaine du centre-ville.
L’État français finance donc une organisation dont la stratégie est pilotée depuis la Californie par une fondation qui se réclame des thèses de Peter Singer, auto-proclamé philosophe australien et père de l’antispécisme (pour qui élever un animal pour le manger est moralement équivalent à un crime).
Cette situation a été soulevée au Sénat dès 2020. Un sénateur demandait alors au gouvernement ce qu’il comptait mettre en œuvre pour établir la pleine transparence financière de cette association, notant que tous les dons de particuliers au bénéfice de L214 sont déductibles des impôts à hauteur de 66%, constituant une aide indirecte de l’État. La réponse du gouvernement fut sans suite.
En octobre 2024, un amendement déposé par le député Corentin Le Fur a été adopté à l’Assemblée nationale à 97 voix contre 95, visant à exclure du dispositif de défiscalisation les associations condamnées pour intrusion illégale dans des exploitations agricoles. Deux voix d’écart à l’Assemblée. Puis plus rien. L214, qui n’a pas fait l’objet d’une telle condamnation à ce jour, n’était pas visée techniquement. Mais la séquence illustre l’absence de réponse politique structurelle à la question posée.
Le sujet du financement américain de L214 circule depuis 2018 dans les milieux agricoles et syndicaux. Il est régulièrement agité comme une preuve de complot visant à détruire l’élevage français au profit de la viande cultivée américaine. Cette lecture est trop courte : Coefficient Giving finance des organisations similaires aux États-Unis et au Royaume-Uni, et ses dirigeants sont des altruistes efficaces convaincus, pas des lobbyistes de l’industrie agro-tech.
Mais réfuter le complot ne doit pas conduire à ignorer le problème réel. L’asymétrie de moyens entre une ONG bénéficiant d’un financement international coordonné de plusieurs dizaines de millions d’euros et des filières agricoles qui défendent leur existence avec des budgets sans commune mesure est un fait politique, indépendamment des intentions de quiconque. Et la déductibilité fiscale qui associe mécaniquement le contribuable français à cette asymétrie est une incohérence que l’État entretient depuis bientôt dix ans sans y répondre.
A voir en vidéo :










Bonjour, vous dites « l214,qui n’a pas fait l’objet d’une telle condamnation « (suite au vote),seriez-vous étonné? !allez ,je pense que non!les donateurs sont au gouvernement et dans les ministères certainement, deuxièmement,cela pourrait s’apparenter à de l’ingérence,(un tiers américain) ce qui est plus grave, à nos députés de mener l’enquête,car comme je dis souvent « une situation n’est pas toujours celle que l’on croit «