Ophélie Roque l’a écrit sur X avec une certaine cruauté flaubertienne : Marine Tondelier ne s’est pas seulement fabriqué une image politique, elle s’est composé un roman intérieur. Celui d’une fille du peuple, héritière des corons, enfantée par la suie, le manque et la ferveur populaire. Le problème, c’est que les biographies résistent mal aux légendes.
— Ophelie Roque (@OphelieRoque) June 3, 2026
Fille de médecin et de dentiste, petite-fille de pharmaciens, passée par les classes préparatoires, Sciences Po Lille et les appareils politiques, la secrétaire nationale des Écologistes appartient à ce monde qui connaît parfaitement les codes de la distinction sociale tout en rêvant d’en sortir par le « haut moral ». Roque force le trait (un peu) mais son intuition, à mon sens, touche juste : il y a chez Marine Tondelier quelque chose d’Emma Bovary. L’ennui de la condition réelle, la tentation d’un destin plus grand, et le besoin de s’inventer une origine plus pure que celle que l’état civil lui a donnée.
La veste verte fonctionne alors comme un accessoire de roman. Comme Emma rêvait de bals, de passions et de grands sentiments pour échapper à Yonville, une partie de l’écologie militante rêve de peuple, de terre et de Nature pour échapper à la banalité confortable de son propre milieu.
Tondelier enfile donc malgré elle la veste de représentante d’une bourgeoisie diplômée qui se raconte qu’elle parle au nom du vivant…parce qu’elle n’en dépend pas. Elle aime la Nature en tant que concept.
Alors non, ce n’est pas une faute individuelle. C’est plutôt une position sociale. Quand on n’a jamais vu une rangée de maïs ravagée, un agneau emporté par un loup ou une basse-cour décimée par une martre, le Vivant reste disponible pour les grands récits. On peut alors distribuer à l’envi des leçons à ceux qui composent avec lui tous les jours.
A lire aussi : Marine Tondelier chez les fachos ?
Le militant écologiste (ou animaliste) de cette espèce ne manque pas forcément de sincérité (je le crois en tout cas). C’est même souvent le premier problème : sa sincérité lui interdit de voir la part de fiction qu’elle contient. Il croit défendre la Nature contre les Hommes, alors qu’il défend d’abord l’idée qu’il se fait de lui-même : celle d’un être plus sensible, plus lucide, plus pur que les rustres qui vivent encore au contact rugueux des bêtes, des saisons et de la mort ordinaire.
Ce bovarysme-là produit une politique dangereuse qui transforme l’ignorance pratique en brevet de moralité. Ceux qui connaissent les animaux deviennent suspects précisément parce qu’ils les connaissent. Les éleveurs, les chasseurs, les agriculteurs et autres habitants des terroirs, n’apparaissent plus comme des interlocuteurs, mais comme des survivances embarrassantes d’un monde à rééduquer.
Emma Bovary n’avait que ses dettes, ses illusions et ses amants. Ses héritiers en veste verte disposent de partis, de plateaux de télévision, de cabinets ministériels, de règlements, d’interdictions et de grandes proclamations. C’est toute la différence entre le roman et la politique : quand Emma se racontait des histoires, elle ruinait sa maison. Quand l’écologie bovaryste se raconte les siennes, elle n’en aspire pas moins à gouverner la nôtre. Avec le même résultat j’en ai peur.
A voir en vidéo :











Bonjour, votre récit me fait un peu penser « aux jeunes cadres dynamiques » qui veulent tout révolutionner(toutes ressemblances avec un homme politique aux manettes serait purement fortuite)hélas,sans expériences et sans prendre en compte ce que leurs dit les anciens. Bilan,souvent un an après,on revient à ce qui a bien fonctionné(vu dans une grande entreprise). Vous brossez si j’ai bien compris le portrait d’une fille de bourgeois et elle même l’est.Je ne veux pas l’enfermer dans une « classe »car on peut en sortir ou y entrer ,mais peut-être difficile pour elle de comprendre les difficultés de fin de mois d’une famille, avec pas grand chose dans l’assiette, la galère pour changer les chaussures et vêtements des gamins,conserver la vielle voiture le plus longtemps possible, etc.. etc…,mais le pire apparemment, peu de connaissances ou formations sur la biodiversité de terrain et l’agriculture.)
Ce n’est pas la première personne à donner des conseils et dire comment se positionner dans un univers inconnu. Ce n’est pas la première à expliquer à un bucheron comment couper un chêne alors qu’il travaille sur un hêtre… ou à nous expliquer qu’il ne faut pas chasser le lièvre jusque dans son « terrier » ou que la nature est autosuffisante et se régénère facilement seule. Elle nous dit également que le loup est un bienfait et que les bergers n’ont rien à faire dans l’alpage etc…