Corrida : Jeanne Mas veut la remplacer par la course camarguaise

Autres
date 11 février 2026
author Richard sur Terre

En proposant de substituer la corrida à d’autres pratiques taurines sans mise à mort, Jeanne Mas ouvre un débat qu’elle voudrait apaisé. Mais derrière l’idée d’alternative se pose une question plus profonde : une culture peut-elle être ajustée comme un simple format de spectacle ?

Jeanne Mas ne demande pas l’interdiction brutale de la corrida. Elle avance une proposition : les remplacer par des recortadores, la course camarguaise ou la course landaise. Conserver l’adresse, la confrontation, l’esthétique du face-à-face. Supprimer la mise à mort. Et, après les municipales de 2026, rencontrer les maires des communes concernées pour en discuter.

La démarche se veut constructive. Elle repose sur une idée simple : si l’on retire ce qui choque, le reste peut subsister. Mais cette logique suppose cependant que les différentes pratiques taurines seraient fondamentalement interchangeables.

Une culture plus qu’un spectacle

La corrida ne se limite pas à une séquence de vingt minutes dans une arène. Elle commence bien en amont.

Dans une ganadería de toro de lidia, le veau grandit dans un élevage spécialisé, sélectionné pour un tempérament précis. Les lignées sont suivies sur plusieurs générations. Le travail d’un éleveur s’inscrit dans une continuité familiale. L’animal est destiné à l’arène dès sa naissance. Ce destin structure l’économie de l’élevage, les terres, les emplois, les savoir-faire.

Autour de l’arène, il y a un calendrier. Des ferias qui rythment l’année. Des cafés qui se remplissent aux mêmes dates. Des artisans, des couturiers, des musiciens. Des familles qui reviennent chaque saison, souvent depuis l’enfance. Un vocabulaire spécifique d’une vraie richesse, des gestes codifiés se transmettent.

On peut juger cet ensemble dépassé. Mais il forme, qu’on le veuille ou non, un écosystème culturel cohérent.

Des pratiques parallèles et non substituables

En Camargue, le taureau cocardier affronte les raseteurs, puis retourne au pré. Il court plusieurs saisons, gagne parfois un nom, une réputation. Dans les Landes, les vaches athlétiques affrontent les écarteurs avant de regagner l’élevage. Ces pratiques ont leurs propres règles, leurs propres lignées, leurs propres figures locales.

Elles ne sont pas des versions adoucies de la corrida. Elles existent pour elles-mêmes. Elles se sont développées selon une autre logique, avec d’autres finalités.

A lire aussi : Corrida : même simulée, c’est non

Les proposer comme substituts revient à considérer que l’essentiel réside seulement dans l’interaction homme-animal, et que l’on pourrait ajuster l’intensité en fonction des sensibilités contemporaines.

Or retirer la mise à mort dans la corrida ne revient pas à corriger un détail. Cela en modifie la structure même.

Comprendre avant de réformer

Le point central est peut-être là : proposer une alternative suppose que l’on a compris ce que l’on souhaite remplacer. Or beaucoup d’opposants abordent la corrida uniquement sous l’angle de la souffrance animale. C’est une grille de lecture cohérente, mais très partielle.

La question devient alors simple : le dialogue annoncé sera-t-il un dialogue de conviction ou un dialogue de compréhension ?

Jeanne Mas acceptera-t-elle d’écouter les éleveurs, les ganaderos, les aficionados, non pour les convertir, mais pour comprendre ce qu’ils considèrent défendre ? Acceptera-t-elle d’entendre que, pour eux, la mort n’est pas un accident mais un élément structurant du rite ?

Sans cette étape, la discussion risque de tourner court. On ne peut pas réformer ce que l’on n’a pas pris le temps d’analyser dans sa complexité.

Qui décide qu’une culture est devenue obsolète ?

Le désaccord dépasse la seule question animale. Il touche à la légitimité.

Certains estiment qu’aucune culture ne peut justifier la mise à mort d’un animal dans un cadre festif. D’autres considèrent que certaines pratiques, inscrites dans un territoire et une histoire longue, relèvent d’une autonomie culturelle locale.

La question devient alors politique : qui décide pour qui ? Selon quels critères ? Au nom de quelle autorité symbolique peut-on déclarer qu’un ensemble de pratiques territoriales doit être remplacé ?

Un débat qui mérite d’être posé clairement

Jeanne Mas dit vouloir dialoguer. Le dialogue est possible. Il suppose toutefois d’admettre dès le départ que l’on ne parle pas d’un simple divertissement ajustable. Remplacer une culture par une autre n’est pas une réforme technique. C’est un déracinement pour des dizaines de milliers de gens qui mérite, au minimum, de plonger au cœur de ce qu’ils vivent. Il n’y a pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants. Il y a des gens différents qui peuplent des terroirs variés, et qui tiennent à leurs cultures comme à la prunelle de leurs yeux. Vouloir leur parler passe D’ABORD par le respect qu’on leur doit.

A voir en vidéo :

Partager cet article
16 Commentaires :
  1. David de Montauban
    11/02/26

    Jeanne Mas a entièrement raison, qui sommes-nous pour décider de la mise à, mort gratuite d’un animal ??

    1. GUERIN Robert
      12/02/26

      Et vous, qui êtes vous pour décider d’interdire la corrida ?

  2. Eléonore
    11/02/26

    Bravo Jeanne Mas!
    La corrida est une pratique dépassée, en perte de vitesse, qui n’attire plus le public et s’éteint petit à petit. Qu’elle rejoigne au plus vite d’autres formes de torture dans les oubliettes de l’histoire, ce sera un progrès moral pour l’humanité.

    1. Billabong
      14/02/26

      c’est ce que vous avez envie de croire, les arênes sont toujours pleines

  3. yann
    11/02/26

    Au moins sa démarche est constructive.

  4. Pineau
    12/02/26

    Elle vit aux États Unis, pourquoi elle n’y demande pas l’évolution des règles du rodéo ?

    Et sinon juste pour comprendre, si tuer un taureau à l’arme blanche dans une arène c’est cruel, l’égorger dans un abattoir c’est qualifié comment dans l’échelle de cruauté chez les opposants à la corrida ?…. Faut faire changer la culture locale pour 1000 taureaux tués à l’épée mais pour la culture nouvelle qui égorge par centaine de milliers une suggestion peut être ?

    1. Enzo
      13/02/26

      Jeanne Mas est végétarienne. Question suivante?

  5. Jojo
    12/02/26

    Derrière la corrida,il y a une économie,un public car certaines affichent complet et il faut réserver sa place bien a l avance.j ai vu une manif anti corrida a Bordeaux,ils étaient une vingtaine.le sort d un taureau qui vit en totale liberté pendant cinq,six,ans est peut être préférable à celui destiné à la boucherie. (je n’ ai jamais mis les pieds dans une arène)cette mise à mort, rarement rapide me pose problème, pourquoi par exemple ,avec un petit pistolet,une balle bien placée,elle serait instantanée.

  6. Jean 2
    12/02/26

    Bonjour, ayant un copain chasseur dans le sud,il m’a emmené voir une corrida,c’était intéressant à voir,c’est un folklore local,et comme vous l’avez expliqué, il n’y a pas que ça derrière,ferias,etc. ,de plus il faut quand même beaucoup de courage pour affronter le taureau, ceci étant dis,il y a aussi des emplois ,maréchal Ferrand, selleries,costumières, élevages de chevaux,taureaux, vente de la viande bovine,restaurant, conservation de cette race bovine,entretien de l’espace(prairies )et j’en passe,celui qui n’aime pas ça, n’y va pas!,pineau soulève une bonne question, je rajouterai égorgé vivant,personnellement cela ne me gêne pas,ce sont des traditions de pays où localement, ou de religions,transmises de générations en générations ,nous sommes tous différents sur cette planète, et il faut l’accepter.

  7. Mike
    12/02/26

    Bonjour, J. Mas n’a qu’a faire comme aux royaume uni, avec la chasse à cour, elle prend une brouette avec une tête et 2 cornes de taureau et elle courre dans l’arène pour taurer, ça l’occupera.

  8. Sylvain
    15/02/26

    Ne se

  9. Sylvain
    15/02/26

    Ne serait-il pas plus simple d’abolir purement et simplement cette pratique? La corrida relève des « sévices graves et actes de cruauté sur animal domestique », qui sont punis par le code pénal de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Elle n’échappe à ces sanctions que par une dérogation injustifiée à notre époque. Nos responsables politiques s’honoreraient en mettant fin à cette exception.

    1. Jojo
      16/02/26

      Injustifié pour vous mais pas pour tout le monde,plus de cirque,plus de delphinarium,plus de chevaux car ils sont exploités (calèche ect.)ect.ect.tout le monde est d’accord pour éviter au maximum les souffrances , améliorer les conditions de l élevage mais pas d interdire.renseignez vous et vous constaterez que la nature est parfois bien plus cruelle.

      1. Xavier
        10/03/26

        Il est incohérent de chasser en se souciant de minimiser la souffrance de l’animal que l’on va manger, et de défendre la corrida qui est exactement l’inverse : blesser l’animal jusqu’à ce qu’il ne tienne plus debout.

        La chasse : oui. La corrida : non. Pas plus que les malades des iles Féroé qui massacrent des animaux par tradition (cette justification étant un sophisme).

  10. Eléonore
    16/02/26

    C’est une excellente chose que les animaux sauvages soient interdits dans les cirques et les delphinariums, on ne peut que se réjouir de ce progrès. L’interdiction complète des corridas viendra un jour, c’est le sens de l’histoire.

  11. Jojo
    16/02/26

    Je parle d animaux n’aient en captivité,comme dans les zoos excepté les mammifères marins,.tout ces spectacles faisaient vivre de nombreuses familles mais comme beaucoup vous en avez rien a foutre.plus de zoo,plus d aquarium,ect.ect.il restera les stupéfiants la game boy pour divertir la jeunesse.

Soumettre un commentaire

Dans la même catégorie

Articles les plus récents