Le 18 octobre 2024, une femme de 62 ans entend du bruit dans son enclos à poules, à Niederbronn-les-Bains. Elle saisit un bâton. Ce geste instinctif lui coûtera 30 000 euros et trois mois de prison avec sursis.
Strasbourg : une sexagénaire condamnée à payer 30.000 euros pour avoir tué un lynx qu’elle avait pris pour un chat https://t.co/az4SGjGrkS
— CNEWS (@CNEWS) May 20, 2026
Il est difficile de reconstituer exactement ce que cette femme a vu ce matin-là. Un félin dans son poulailler, une poule dans sa gueule. Elle a couru, frappé, et l’animal est mort. Ce que la sexagénaire n’a pas identifié (ou n’a pas eu le temps d’identifier) c’est un lynx boréal, espèce strictement protégée par le droit français et européen. L’animal, jeune et affamé selon les éléments de l’enquête, s’était aventuré dans une zone résidentielle. La rencontre a duré quelques secondes. La procédure judiciaire, elle, a duré dix-neuf mois.
Une femme ordinaire devant un tribunal correctionnel
Le 27 mars 2026, la prévenue comparaît à Strasbourg. Son avocate plaide la relaxe. L’argument est simple : sa cliente n’avait pas conscience de s’en prendre à un animal protégé. Elle voulait sauver sa poule. « Une femme ordinaire qui a agi dans un moment de panique. » Le ministère public avait requis quatre mois de sursis. Le tribunal a tranché : trois mois avec sursis, et 30 000 euros à verser au titre du préjudice écologique, principalement au centre Athénas, structure spécialisée dans la sauvegarde du lynx dans les Vosges.
L’élément intentionnel, pierre angulaire du droit pénal, a pesé peu dans la balance. L’infraction de destruction d’espèce protégée peut être constituée sans intention de nuire à la biodiversité. Il suffit d’avoir frappé.
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Le préjudice écologique, ou comment des associations touchent de l’argent
Ce qui interpelle autant que la condamnation elle-même, c’est le mécanisme qui la sous-tend. Depuis la loi Biodiversité de 2016, le préjudice écologique est inscrit dans le Code civil. Des associations agréées peuvent se porter parties civiles et réclamer réparation au nom de l’intérêt collectif de la nature. Sur le principe, l’idée est défendable : quelqu’un doit porter en justice ce que personne ne possède. Dans les faits, elle produit une situation particulière : ces mêmes associations deviennent financièrement intéressées à l’issue des procédures pénales. One Voice, partie civile dans cette affaire, a estimé publiquement que la condamnation restait « faible au regard de la gravité des faits. » Une femme qui défendait son poulailler. La gravité, visiblement, est dans l’œil de celui qui en bénéficie.
Ce que ça annonce
Cette affaire ne restera pas isolée. Le lynx est appelé à se réinstaller durablement dans l’est de la France, et des lâchers sont prévus en 2027. Les contacts entre l’animal et la population vont se multiplier. La question posée par le tribunal de Strasbourg est donc moins anecdotique qu’il n’y paraît : dans quel cadre juridique ces rencontres vont-elles se régler ?
Pour l’heure, le droit répond par la sanction pénale d’un geste instinctif, sans distinguer l’ignorance de la malveillance, et en confiant la réparation à des structures dont l’existence dépend, en partie, de ce type de contentieux. L’habitant du Bas-Rhin qui entend du bruit dans son poulailler, lui, a un bâton et trois secondes pour décider.
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Et contre qui se retourner quand une espèce protégé hors le loup et l’Ours (procédure prevue)commet des dégâts.
la dame a été dénoncée ?!
Non. C’est elle qui a appelé la police municipale. Étant d’origine thaïlandaise, elle a dit ne pas connaître les lynx. Elle pensait avoir affaire à un chat.
Qu’il ai un préjudice environnemental, je le conçois, mais les seuls victimes de ce préjudice sont le Français. Si il y a dédommagement, ils devrait revenir à leur représentant, en l’occurrence, l’Etat et non à des associations qui vivent de leurs action, en justice et bien souvent contre ce même Etat.
L’article est curieux car il s’agit bien d’une amende environnementale, donc c’est l’Etat qui l’encaisse. Si après, une association demande une réparation de préjudice subi à son encontre, ça devient en sorte des dommages et intérêts. C’est différent.
30000 balles, c’est le même tarif si on met à l’eau une écrevisse américaine, par exemple.
Dans le cas,où on regarde le prédateur tuer les poules,est ce que one voice ou le centre Athéna réparé les dommages,bien sur que non.elle doit regretter de s être dénoncer,elle aurait mieux Fait de le faire disparaitre.cette société,avec l appuis d une certaine justice pousse les gens a devenir malhonnête.
Et si en cas de dégâts causés par une de ces espèces on se retournai contre ces associations pour se faire indemniser ? Puisqu’elles prétendent protéger , surveiller ces animaux , allons au bout du raisonnement , elles en sont responsables . Ce serait un joli retour de bâton …
Bonne réflexion Marc .
Cette condamnation vérifie une nouvelle fois que la Justice se déchaine toujours sur un profil bien particulier: le citoyen solvable qui commet sa première infraction.
A part ça, les destructions lors des émeutes, le trafic de drogue, les atteintes aux personnes….150 euros pour une tentative de meutre sur un policier….