Le piège de Bambi

Anti-chasse
date 16 septembre 2026
author Richard sur Terre

À Compiègne, une photo de faon encore tacheté illustre les prélèvements d’automne. Derrière cette image se cache un vieux procédé : rendre toute régulation des cervidés moralement suspecte.

Tuez un grand cerf mâle et vous voilà immédiatement transformé en chasseur de trophées, obsédé par les bois qui finiront au-dessus de la cheminée. Tuez au contraire des biches et des jeunes, comme l’ONF souhaite le faire davantage cette saison en forêt de Compiègne, et le décor change brutalement : bienvenue dans Bambi.

C’est exactement ce que raconte la publication de « Au cœur des animaux ». Pour annoncer que les chasseurs sont invités à prélever prioritairement des biches et des faons à partir du 20 septembre, le compte choisit la photographie d’une femelle accompagnée d’un minuscule faon encore couvert de taches blanches. L’image est parfaite, sauf qu’elle ne correspond pas à ce que verra un chasseur cet automne.

Les faons de cerf naissent principalement à la fin du printemps et perdent leur livrée tachetée au cours de leurs premières semaines. En septembre et plus encore au fil de l’automne, le jeune cerf n’est plus cette petite créature vacillante sortie depuis quelques jours du ventre de sa mère. Il a considérablement grandi et pris plusieurs dizaines de kilos.

Il reste un jeune animal, évidemment. Personne ne prétend le contraire. Mais l’image choisie ramène mentalement le lecteur au nouveau-né. C’est fait exprès ? Oui. Les grands yeux, les petites taches blanches tout ça…Bambi quoi.

A lire aussi : Ils ont tué Bambi : une bonne enquête qui baisse parfois la garde

Alors revenons au fond du dossier : pourquoi demander davantage de prélèvements de biches et de jeunes ? Non l’administration n’a pas soudain développé une passion particulière pour la chasse aux faons. Quand on veut réellement réduire une population de cervidés, tirer essentiellement des mâles adultes est une méthode d’une efficacité limitée. Un mâle peut féconder plusieurs femelles. Le nombre de femelles reproductrices et le recrutement des jeunes sont donc déterminants dans la dynamique de la population.

Lorsque les chasseurs prélèvent les grands mâles, on leur reproche de rechercher le trophée. Lorsqu’ils prélèvent les femelles, on leur reproche de tuer celles qui donnent naissance. Lorsqu’ils prélèvent les jeunes, on convoque Bambi. La seule solution susceptible de satisfaire cette logique consiste donc à ne plus rien tuer du tout.

Seulement voilà : la nature n’a manifestement pas lu le scénario.

Une population de grands cervidés laissée sans régulation dans un espace forestier limité n’augmente pas éternellement dans une sorte d’harmonie pastorale. Lorsque la densité devient trop forte, la pression sur la végétation augmente, la régénération forestière peut être compromise, certaines espèces végétales régressent et les ressources disponibles par animal diminuent. À terme, les cervidés eux-mêmes subissent les conséquences de cette densité : compétition alimentaire, baisse des performances individuelles et dégradation de leur habitat.

On peut discuter du niveau auquel cette régulation doit intervenir. On peut contester des objectifs de prélèvement. On peut même demander localement les chiffres, examiner les dégâts réellement constatés, débattre des méthodes et de la place respective de la chasse, des grands prédateurs (absents en l’espèce) et de la gestion forestière. C’est même exactement ce qu’il faudrait faire.

Mais encore faut-il accepter d’entrer dans ce débat…et de convenir des évidences.

La photographie choisie par Au cœur des animaux fait précisément l’inverse. Elle ne montre pas la réalité d’un faon au moment où il sera éventuellement tué. Elle montre l’animal qui provoquera la réaction émotionnelle la plus immédiate. Ce n’est pas une démonstration. C’est Bambi, encore une fois, appelé à la rescousse dès que la biologie devient un peu trop compliquée.

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4 Commentaires :
  1. Philippe
    16/09/26

    Un faon peut peser une soixantaine de kg en hiver.

  2. Pineau
    16/09/26

    Est ce qu’il faut apporter autant d’explications ?
    Parce qu’il y a juste à donner le nombre des cervidés en France il y a 30 ans et celui d’aujourd’hui avec la gestion des chasseurs entre ces 2 dates, et un cerveau humain normalement constitué comprend qu’il n’y a pas de sujet s’agissant du danger de la chasse pour Bambi.

  3. quentin
    17/09/26

    Bonjour,
    Si l’Administration « encourage » les chasseurs à tirer plus de biches et faons c’est précisément parce qu’elle considère que les chasseurs n’en tuent pas assez.
    Curieusement, on n’a pas vu les associations animalistes soutenir la demande du président de la fdc68 pour épargner les femelles cette année (biches, chevrettes, daines et chèvres). Dans les faits, cela suppose la révision des plan de chasse ou au moins des minima.

    Une fois de plus, on sort à machine à faire pleurer ; la réalité du terrain, on s’en fout et de toute façon on n’y comprend rien !

  4. Jean 2
    17/09/26

    Bonjour, la photo est pour des néophytes(pour rester gentil)qui ne chercheront pas plus loin,bien sûr c’est mentir aux gens et les prendre pour des incultes ,(le sont-ils vraiment?).

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