« Les chasseurs sont masculinistes »

Anti-chasse
date 17 septembre 2026
author Richard sur Terre

« La chasse est un masculinisme rural », affirme Sandrine Rousseau. Voilà bien un procédé débile : prendre un groupe humain immense, lui coller une psychologie collective et appeler ça de l’analyse. Et ça veut être prise au sérieux.

La chasse est un masculinisme rural. C’est la raison pour laquelle Willy Schraen me traite de « folle ». @sudradiofrance.bsky.social

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— Sandrine Rousseau (@sandrousseau.bsky.social) 16 septembre 2026 à 21:56

Il y a une phrase de Sandrine Rousseau que j’aime beaucoup. Vraiment. En 2021, interrogée par Têtu, elle déclarait : « Il y a une grande forme de violence à assigner quelqu’un dans une identité. » 

Je suis d’accord. Quelques années plus tard, sur Sud Radio, la même Sandrine Rousseau explique tranquillement que le mot « folle » employé par Willy Schraen « révèle le masculinisme des chasseurs ». Elle poursuit : la chasse serait une « appropriation virile de la nature », une sorte de « c’est à moi, je tire quand je veux ».

Puis elle résume le tout sur Bluesky : « La chasse est un masculinisme rural. »

Voilà donc plusieurs centaines de milliers de personnes expédiées en trois mots. Affaire classée.

Et cette fois, curieusement, plus personne ne semble s’inquiéter de cette « grande forme de violence » qui consiste à assigner quelqu’un dans une identité.

Voilà qui m’agace prodigieusement.

Mais soyons clairs : ce qui m’agace c’est pas qu’on critique des chasseurs. Je suis chasseur et je passe une partie non négligeable de mon temps à critiquer ce qui, dans la chasse, mérite de l’être. Je connais suffisamment ce milieu pour savoir qu’on y trouve du sexisme, de la beauferie, des postures viriles et quelques spécimens qui donnent parfois envie de raccrocher les gants.

Comme partout où on met beaucoup d’êtres humains ensemble, on obtient de l’humanité. Avec tout ce que ça comporte de magnifique et de consternant.

Mais Sandrine Rousseau ne dit pas qu’il existe du sexisme chez certains chasseurs. Elle dit « le masculinisme des chasseurs ». Et c’est pas du tout la même chose.

Prendre une catégorie humaine. Effacer ce qui la traverse. Faire disparaître les différences sociales, culturelles, générationnelles et individuelles. Lui attribuer quelques caractéristiques communes. Puis utiliser ces caractéristiques pour expliquer le comportement de chacun de ses membres. On appelle ça un stéréotype quand il concerne les autres. Visiblement, quand il concerne les chasseurs, ça devient une grille de lecture.

Et qu’on ne vienne pas me répondre que la chasse est un univers majoritairement masculin. Elle l’est. C’est un fait. Des chercheurs ont étudié ses codes virils, ses sociabilités masculines et les difficultés que certaines femmes peuvent rencontrer pour y trouver leur place. Ces travaux existent et ils sont parfaitement légitimes.

Seulement, ils ne disent précisément pas ce que Sandrine Rousseau leur fait dire. Une étude européenne publiée dans le Journal of Rural Studies décrit au contraire des chasseurs organisés en multiples « communautés de pratique », différentes par leurs méthodes, leurs valeurs, leurs territoires, leurs conceptions morales et leurs identités. Autrement dit : plus on regarde les chasseurs de près, moins cette grande créature collective appelée « le chasseur » existe.

C’est d’ailleurs à ça que sert la sociologie. À regarder derrière les catégories. À découvrir que les gens qui les composent ne sont jamais aussi uniformes que les discours politique bas du front.

Et dans chaque mot, Rousseau ajoute sa petite couche de mépris social. « Masculinisme », d’abord.

Le mot désigne aujourd’hui un courant de pensée qui voit notamment dans les avancées féministes une menace pour les hommes et entend défendre leur position. C’est le sens qu’en donne le dictionnaire de l’Académie française. Ridicule Rousseau ? Oui.

Et puis il y a « rural ». Ce petit mot posé là, presque innocemment. Comme si la campagne venait naturellement compléter le tableau. Le fusil, le mâle, la ruralité, la domination. Tout s’emboîte merveilleusement. Sauf les gens. Les gens, eux, ont cette habitude pénible de ne pas entrer proprement dans les concepts qu’on fabrique pour eux.

A lire aussi : Sandrine Rousseau persiste (presque)

Le journaliste de Sud Radio le sent d’ailleurs très bien. Il interrompt Sandrine Rousseau : « Vous essentialisez ces chasseurs. »

C’est le moment où tout pouvait encore être sauvé. Elle pouvait répondre qu’elle visait certaines attitudes. Certains chasseurs. Certaines formes de sociabilité. Elle pouvait mettre sa connerie sur pause. Que nenni. Elle repart sur son contentieux avec la Fédération nationale des chasseurs et ses anciennes déclarations sur les armes de chasse et les féminicides. Ridicule Rousseau ? Toujours.

Lorsqu’une femme est réduite à son genre, c’est insupportable. Lorsqu’un homosexuel est réduit à son orientation sexuelle, c’est insupportable. Lorsqu’un homme noir est réduit à sa couleur, c’est insupportable. Lorsqu’un habitant des campagnes est réduit à une caricature de rural arriéré, c’est insupportable. Et lorsqu’un chasseur est réduit à un « masculiniste rural », c’est toujours insupportable et tout aussi débile que le reste.

C’est pas demander un traitement de faveur. C’est réclamer le même traitement intellectuel pour tout le monde. Je ne demande même pas à Sandrine Rousseau d’aimer les chasseurs. Franchement de ça, on s’en tape.

Je lui demande simplement de leur reconnaître ce qu’elle exige avec raison pour les groupes qu’elle défend : le droit de ne pas être réduits à une identité collective fabriquée depuis l’extérieur.

Parce qu’on ne peut pas passer sa vie politique à combattre les assignations identitaires, les stéréotypes et les généralisations, puis sortir tranquillement « le masculinisme des chasseurs » sans comprendre qu’il y a comme un problème. Ou plutôt si. On peut. Quand on n’a pas le niveau intellectuel qu’on croit avoir. Je ne crois pas que Sandrine Rousseau soit folle. Je crois qu’elle est bête.

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3 Commentaires :
  1. Jean 2
    17/09/26

    Bonjour, je vous invite tous à regarder la définition du mot « imbécile « il peut s’appliquer aux hommes et aux femmes. A vous de voir à qui il s’applique, en continuant dans l’imbécilité, les chasseresses sont-elles des masculinistes ?les ruraux sont-ils une ethnie qui doit disparaître ?et elle, va-t-elle disparaître de l’hémicycle dans 8 mois environ ?

  2. Fred
    17/09/26

    Je rajouterai bête…. à manger du foin

  3. AJH
    17/09/26

    Il ne lui viendrait pas à l’idée de poser la question aux femmes peu mais de plus en nombreuses.

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