Ourse abattue : des chasseurs devant la justice

Chasse Actu
date 17 mars 2025
author Léa Massey

Un chasseur attaqué, une ourse abattue : la justice doit trancher sur la responsabilité des faits survenus en Couserans.

Le tribunal correctionnel de Foix s’apprête à juger une affaire qui, bien au-delà des Pyrénées, cristallise le débat sur la cohabitation entre chasseurs et grands prédateurs. Ce mardi 18 mars, seize chasseurs comparaissent pour avoir organisé une battue en novembre 2021 dans des circonstances qui ont conduit à la mort d’une ourse suitée et à de graves blessures pour l’un des leurs.

Un affrontement fatal

Ce 20 novembre 2021, la battue aux sangliers prend un tour dramatique dans la vallée d’Estours, commune de Seix. Un chasseur de 78 ans, posté en retrait, aperçoit deux oursons avant d’être violemment attaqué par leur mère. L’ourse le mord aux jambes, sectionne son artère fémorale et le traîne sur plusieurs mètres. L’homme, dans un ultime réflexe de survie, tire et abat le plantigrade d’un seul tir. Gravement blessé, il ne doit son salut qu’à son talkie-walkie, qui lui permet d’alerter ses compagnons.

L’animal abattu n’est pas n’importe quel ours : Caramelles, femelle née en 1997, est l’un des symboles du programme de réintroduction de l’ours dans les Pyrénées. Son cadavre, naturalisé, est aujourd’hui exposé au Muséum de Toulouse.

Chasse illégale ou accident de terrain ?

L’enquête judiciaire s’est vite orientée sur la question de la localisation de la battue. Se déroulait-elle à l’intérieur de la réserve domaniale du Mont Valier ? Si la chasse au sanglier y est autorisée sous certaines conditions, elle doit obligatoirement être encadrée par des agents de l’ONF. L’arrêté préfectoral en vigueur en 2021 précisait que seule l’ONF pouvait organiser ces battues, un détail qui pourrait faire basculer la décision de justice.

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Dès le lendemain de l’incident, une information judiciaire pour « destruction d’espèce protégée » a été ouverte contre X, ainsi que pour « chasse dans une réserve de chasse et de faune sauvage » et « chasse sur le terrain d’autrui sans consentement ». L’autopsie de l’ourse a confirmé qu’elle avait été tuée net par une seule balle perforant ses poumons et sa trachée.

Un procès sous tension

Les seize chasseurs, dont l’homme qui a tiré, sont aujourd’hui renvoyés devant la justice. Le tribunal correctionnel de Foix devra déterminer s’ils ont enfreint la réglementation en chassant sans l’aval de l’ONF, ou s’il s’agissait d’un accident inévitable, une rencontre malheureuse entre un homme et une ourse défendant ses petits.

De nombreuses associations de protection de la nature se sont constituées parties civiles, dénonçant une « chasse irresponsable » et réclamant des sanctions exemplaires. À l’inverse, la Fédération des chasseurs de l’Ariège affiche son soutien aux prévenus, dénonçant un procès politique où « la vie d’un ours semble compter plus que celle d’un homme ».

Une décision à fort impact

Au-delà du simple cas juridique, ce procès pourrait influencer durablement la gestion de la faune sauvage dans les Pyrénées. La présence croissante des ours et l’intensification des activités de chasse dans des territoires partagés posent un défi constant. Entre protection des grands prédateurs et sécurité des chasseurs, la décision de la justice pourrait bien redessiner les règles du jeu pour les années à venir.

Verdict attendu ce mercredi.

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